Ça y est, la magie de Noël à Strasbourg, c’est officiellement terminé. Depuis le lundi 18 janvier, le beau et grand sapin, roi des rues strasbourgeoises illuminées, ne trône plus en boute-en-train. Mais en cette année 2021, le conifère va avoir un autre destin : une grande partie de son tronc va être transformée en instruments de percussion !

Un projet dans l’air du temps

Derrière cette initiative ? Stéphane Roth, directeur du festival Musica, un festival de musique contemporaine qui existe depuis 1983 : « C’est parti d’une discussion, d’un échange avec différentes personnes. Au cours d’une discussion, je me suis dit pourquoi on n’utiliserait pas le sapin pour en faire quelque chose, et donc pourquoi pas des instruments de musique ? »

L’idée de réutiliser le sapin est pile dans l’air du temps. Aujourd’hui, le débat du recyclage ou de l’écologie sont de plus en plus présents dans la sphère publique. Et il ne faut pas se le cacher : chaque année, le grand conifère de la place Kléber, que ce soit à cause de sa coupe ou de la persistance de la tradition, se montre être une source de débats. « Il y a toujours des débats sur le sapin : est-ce que c’est bien d’en couper pour les ramener sur une zone urbanisée, est-ce que ce n’est pas la meilleure idée… En bref, ça agite un peu les esprits. », précise Stéphane Roth. Ce dernier a donc pris contact avec des luthiers et des spécialistes du bois pour savoir ce qu’il était possible de faire. « On a imaginé tout un ensemble d’objets et d’instruments qu’on pourrait réaliser. », explique-t-il.

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La minute Bob le Bricoleur

Pour faire hommage au sapin et le réutiliser de la meilleure des manières, il va falloir bien travailler le bois. Stéphane explique un peu plus en détail les différentes étapes que va traverser notre beau sapin version 2020. « On utilise une partie du sapin, qui a été découpé hier – lundi 18 janvier, ndlr – sur la place Kléber. Nous on utilise les cinq premiers mètres, soit la base du tronc, au diamètre plus important. Il faut savoir que, ce sapin, quand il est monté par la Ville, il a des branches qui sont rajoutées et clouées à partir de 3/4 mètres, et donc qui ne sont plus utilisables par après. » Bilan du gros bébé touffu qu’ils ont récupéré ? Trois tronçons de 1m50, avec chacun d’entre eux qui pèse 800 kilos. Cela nous donne donc 4m50 de sapin pour plus de 2 tonnes au garrot. Pas mal.

Pour le travailler, il va falloir se lever tôt et, ça tombe bien, les travaux vont bientôt commencer : « Ce matin – mardi 19 janvier, ndlr – la Ville a livré les morceaux du tronc dans un lieu de stockage qu’on a. Là, on le met à sécher ; on va en retirer l’écorce, car si le bois sèche à l’extérieur il y a des risques de champignons. Dans dix jours, on va le scier dans des tronçons en forme de camembert, car le bois travaille. En le sciant de cette façon, on casse les nervures du bois pour qu’il n’explose pas. Le tout va sécher jusqu’à l’été et pendant ce temps, on va étudier ce que l’on va pouvoir en faire. »

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La transformation en instruments de musique

En tant que directeur d’un festival, on pouvait se douter que les douces notes musicales ne seraient pas très loin de ses idées. Plus que de la simple musique, le projet le plus ambitieux est de faire des instruments grâce au bois du sapin. Une pratique insolite, puisque le bois du sapin n’est pas considéré comme un bois noble. Dès lors, point de guitare ou de violon, mais plutôt des instruments de percussion : « Parmi les idées que l’on a, il y a faire des instruments de percussion en bois. On peut aussi imaginer qu’il y ait aussi une transformation symbolique du sapin : s’interroger sur comment résonne une planche de bois, qu’est-ce que ce sapin peut nous raconter sur ce qu’il a été et sur ce qu’il est devenu. Une sorte de stratégie poétique. »

En plus du projet de ce projet, le directeur du festival Musica a plus d’un tour dans son sac : « On a encore plusieurs idées de test : fabriquer des disques, comme des vinyles, peut-être même dans l’exact format du vinyle. Peut-être même également inventer une sorte de gramophone qui pourrait lire les disques de l’arbre. Je ne sais pas quelle musique en sortira par contre (rires). Mais on veut sonder le son du bois lui-même. »

Tous ces objectifs devraient prendre doucement forme dans les mois qui vont suivre. Le tout culminera lors d’un concert le 25 septembre prochain, dans le cadre du festival, principalement dans sa version jeunes publics. « On va mettre en place un groupe de travail de luthiers, musiciens et bricoleurs pour produire différentes choses, dans la perspective d’un concert qui aura lieu le 25 septembre prochain, pour le festival Musica. » Ce dernier, jamais le… eh bien dernier pour tester de nouvelles pratiques, a ici trouvé un nouveau défi à la hauteur de son inventivité.

C’est donc une belle initiative qu’on apprend en ce mois de janvier. Réutiliser le sapin de la place Kléber, icône de Strasbourg à Noël, pour assurer sa continuité, est un joli symbole en ces temps où les bonnes nouvelles sont rares. Alors vivement le 25 septembre pour écouter les plus gros sons du sapin strasbourgeois !

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