Le géant du commerce en ligne devait très probablement s’installer dans deux entrepôts logistiques géants en Alsace. Mais en une journée, jeudi 5 novembre, on a appris qu’Amazon renonçait à ses projets dans la région. Une forte opposition locale s’était mise en place.


Pascal Lacombe savoure la victoire contre Amazon : « Cela prouve qu’il faut se mobiliser. Cette fois-ci, ça a marché ! » Avec son collectif écologiste de centre-Alsace Le Chaudron des Alternatives, il a lutté ardemment contre l’implantation du géant de l’e-commerce sur deux sites dans la région : l’un à Dambach-la-Ville, l’autre à Ensisheim.

Tout est allé très vite. Le jeudi 5 novembre, une réunion préalable à la construction de l’entrepôt d’Ensisheim est subitement reportée. Le même jour, sur BFM TV, Frédéric Duval, le responsable national de l’entreprise, annonce que le groupe n’a aucun projet à Ensisheim. La firme a pour habitude d’imposer des clauses de confidentialité aux élus locaux, pour que ses intentions ne soient pas connues. Officiellement, elle n’a jamais affirmé la volonté de s’implanter à cet endroit, mais de nombreux indices montrent que l’entrepôt présentait toutes les caractéristiques d’une infrastructure d’Amazon. Le soir même, Claude Hauller, le président de la communauté de communes du pays de Barr, révèle aux Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) que la multinationale renonce aussi à son entrepôt de Dambach-la-Ville.

© Thibault Vetter

Une forte opposition locale

Une forte opposition locale s’était mise en place ces derniers mois. Les groupes strasbourgeois d’ANV-Cop21 et d’Extinction Rebellion (XR) avaient réalisé des actions de communication. Le 8 août, des militants d’XR ont même commencé à occuper le terrain de l’entrepôt d’Ensisheim avant d’être évacués par les gendarmes. Pascal Lacombe en est persuadé, la mobilisation locale a fait reculer Amazon :

« On a réussi à détecter Amazon assez tôt pour avoir un impact. Nous avons alors harcelé les élus concernés, en leur demandant quels arguments ils avaient en faveur de cette entreprise. Ce qui est terrible, c’est qu’aucun n’a répondu. Ils ont refusé le dialogue. On a aussi envoyé des courriers à 250 conseillers municipaux de la zone pour les sensibiliser. Il y a eu une grosse manifestation à Barr qui a rassemblé 500 personnes. On avait un très fort écho médiatique avec de nombreux articles sur le sujet. Des recours juridiques allaient être entamés, ce qui allait faire perdre du temps à Amazon. Ils préfèrent avancer dans l’ombre. Là, ça devenait trop compliqué. »

Pour 1 emploi créé par Amazon, 2 disparaissent

Claude Hauller, qui était favorable au projet, estime dans les DNA que cet abandon causera une hausse du chômage. Argument balayé par les opposants, qui évoquent l’analyse commandée par le député LREM Mounir Mahjoubi : pour 1 emploi créé par Amazon, 2,2 emplois du commerce de proximité disparaissent.

Les réseaux de commerçants locaux n’étaient d’ailleurs pas franchement enthousiastes à l’idée de l’implantation de la firme comme l’a révélé Rue89 Strasbourg : Jean-Luc Hoffmann, président de la Chambre des Métiers d’Alsace, souhaitait « les mêmes droits et les mêmes devoirs pour pouvoir se battre à armes égales. » De son côté, Pierre Bardet, le directeur de l’association de commerçants des Vitrines de Strasbourg, a annoncé son « opposition farouche » à l’implantation d’Amazon.

© Thibault Vetter

« Amazon n’avait presque aucun soutien »

Avant ce combat remporté, Pascal Lacombe faisait parti du collectif GCOnonmerci, qui luttait contre le projet de contournement autoroutier de Strasbourg construit par la multinationale Vinci. Pour lui, l’absence de soutien du réseau économique local a aussi joué :

« Le GCO était porté depuis très longtemps par la Chambre de Commerce et d’Industrie Alsace qui avait mené le lobbying en sa faveur. Contrairement à ces entrepôts d’Amazon, qui n’avaient quasiment aucun soutien localement à part quelques élus. »

Du côté de Dambach-la-Ville, Claude Hauller a d’autres pistes d’entreprises plus modestes à la place de la multinationale. À Ensisheim, une autre entreprise de e-commerce pourrait s’installer sur zone, ou le projet pourrait être entièrement abandonné.

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