Le ciel est bleu azur quand Julius Pepperwood regarde à la fenêtre. Les derniers mois l’ont un peu accablé, dans une actualité toujours plus lourde. Alors qu’il aime se plonger dans des enquêtes longues, intenses et perplexes, le beau temps actuel lui donne comme une envie de légèreté. Alors il se penche sur un dossier qui sent bon la transpiration, le dépassement de soi et le chauvinisme assumé : dans quels sports collectifs Strasbourg a-t-elle été championne de France. Un petit verre de Pastis maison à la main, il se replonge dans l’histoire de notre ville, qui peut se targuer d’avoir quelques titres accrochés à sa besace.

Water-polo : le Team Strasbourg en 2018 et 2019

Eh oui, surprise surprise, ce ne sera pas le football qui sera mis en premier dans cet article ! Pourquoi ? La réponse est plutôt simple : le Team Strasbourg est le seul club strasbourgeois plusieurs fois champion de France d’une discipline ! Dans ce cas précis, on parle de double champion de France, puisque le Team Strasbourg triomphe en 2018 et en 2019. Le Team Strasbourg n’existant que depuis 2013, ça nous place la performance. Un mélange de talent, d’homogénéité et de régularité, que l’on vous faisait découvrir ici.

Par ailleurs, niveau performance, avant le Team Strasbourg, son prédécesseur, la Société de Natation de Strasbourg, avait glané cinq titres de champion de France de water-polo en 1958, 1959, 1960, 1961 et 1963. On ne le met pas assez souvent en avant, mais niveau résultat sportif, c’est le water-polo qui décroche le titre de champion de Strasbourg !

La petite anecdote en plus : la saison 2019/2020 du championnat étant considérée comme blanche, le Team Strasbourg est donc encore double champion de France en titre. Il aura donc la possibilité cette année de faire le triplé !

© Cyril Gife Photography – Document remis

Badminton : le CEBA Strasbourg et l’ASPTT Strasbourg

Cela vous paraît peut-être étrange de voir un club de badminton dans la liste des champions de France. Pourtant, chaque année se déroule le Top 12, qui est un championnat interclubs regroupant douze clubs de France. Et Strasbourg pèse plutôt bien dans le game des fous du volant, puisque deux clubs ont été champions de France une fois !

Tout d’abord, parlons du Cercle de Badminton de Strasbourg (CEBA Strasbourg). Club pionnier du badminton à Strasbourg, c’était longtemps le seul club de l’Est de la France. Il a permis l’ouverture de nombreux autres clubs à Strasbourg et ses alentours et est champion de France en Interclubs en 1993. Il finit également 3ème en 1996, 1999 et 2000. Et le déclin du club au niveau national n’a pas créé de trou d’air dans les performances strasbourgeoises puisqu’un autre club a très vite pris la relève : l’ASPTT Strasbourg.

Dès 2001, le club termine 3ème, une performance qu’il répètera en 2003, 2007, 2012 et 2018. Il termine même deuxième en 2009. Cette présence au haut-niveau est finalement récompensée en 2013, à Tours. L’ASPTT s’impose contre le tenant du titre Issy-les-Moulineaux par cinq victoires à une et s’en va défier Chambly. Après un simple homme et un double femmes maîtrisés, l’ASPTT se détache 2-0. Mais un double mixte et un autre simple homme plus tard, revoilà Chambly à hauteur de nos Strasbourgeoises et Strasbourgeois, 2-2. Ce jeu de chat et de la souris va continuer, l’ASPTT se détachant 4-2 après un double mixte et un simple femme remportés. Chambly revient faire trembler le club strasbourgeois en gagnant un simple femme, portant le score à 4-3. C’est finalement le double homme strasbourgeois, par un 21-17 contrôlé dans la dernière manche, qui libère l’ASPTT et lui offre sa première et seule couronne française.

La petite anecdote en plus : l’ASPTT a bien choisi son moment en battant Chambly. Depuis leur défaite en finale, le club de l’Oise a gagné les six derniers championnats de France !

Football : le Racing Club de Strasbourg en 1979

Bien évidemment, en termes de résonance régionale, pas grand-chose n’est équivalent au titre de champion de France décroché par le Racing Club de Strasbourg en 1979 sous la houlette de Gilbert Gress. Déjà parce que le football reste le sport le plus populaire en termes d’audience et de population qui s’y intéresse, encore plus dans les années 70. Ensuite, parce que le Racing de cette saison-là ne pourra sûrement plus jamais être retrouvé aujourd’hui : c’était un Racing « populaire », dans le sens premier du terme. L’équipe était majoritairement composée d’Alsaciens, comme Léonard Specht, meilleur jeune joueur français de l’année 1978, comme Mbappé quarante ans plus tard, René Deutschmann, l’international espoir Yves Ehrlacher, l’attaquant international Albert Gemmrich, Jean-Jacques Marx et Roland Wagner.

Quoiqu’il en soit, pour cette saison, le Racing arrivait lancé, avec sa belle troisième place lors de la saison 1977-1978. Tout cela alors que le club remontait à peine de Division 2. Dès la cinquième journée, le Racing est en tête de la Division 1. Pour ne rien gâcher, la 6ème journée voit le Racing mettre un petit 3-0 des familles à Metz, tandis que la 18ème voit Nancy prendre le même tarif, sans un certain Michel Platini, qui était blessé. Néanmoins, on ne va pas se mentir : mettre deux raclées à nos voisins, ce ne fait jamais de mal.

Malgré une défaite face au PSG lors de la 19ème journée, mettant fin au passage à 28 rencontres sans défaite, le record à l’époque, et une contre Nantes à la 21ème, le Racing s’accroche à sa première place, qu’il ne lâche plus. À deux journées de la fin, Strasbourg se retrouve avec deux points d’avance et ne peut pas se permettre de perdre un match, ses adversaires rôdant derrière comme des bêtes assoiffées de sang. Mais vous le savez, la pression, nous les Strasbourgeois, on la boit et le Racing terminera sa saison avec deux victoires 3/0, contre le PSG à domicile et contre Lyon à l’extérieur, par un doublé de Roland Wagner suivi d’un but d’Ehrlacher. Emballé c’est pesé : 22 victoires, 12 nuls et 4 défaites, Strasbourg a une jolie tête de champion.

Un titre qui a été amplement fêté dans notre capitale alsacienne et qui fut suivi d’un très joli parcours en Coupe des Clubs champions – la Ligue des champions de l’époque – avec une défaite en quarts de finale face au grand Ajax d’Amsterdam. Un souvenir qui restera longtemps encore dans le cœur des fans du Racing, qu’ils l’aient vécu ou qu’on leur ait raconté.

La petite anecdote en plus : le Racing Club de Strasbourg est le seul club de l’histoire française à être champion de Ligue 1, de Ligue 2 et de National.

© Archi-Wiki (collection M. Dahan)

Basket : la SIG en 2005

Je me souviens encore quand j’étais gamin, à seulement 10 ans, devant la télé et Sport + à l’époque, qui diffusait le basket. Les yeux énamourés, non pas devant les Kobe Bryant, Tim Duncan ou Dirk Nowitzki, mais plutôt Ricardo Greer, Aymeric Jeanneau et John McCord. Cette équipe de Strasbourg rigoureuse en défense, joueuse en attaque, emmenée par le sérieux Éric Girard, qui va tutoyer les étoiles lors de la finale face au rival régional nancéien.

Avant cela néanmoins, il y a eu la saison 2002/2003, tout simplement catastrophique, où la SIG termine à la dernière place. Mais tout comme le Racing a connu des miracles administratifs, le club de basket strasbourgeois bénéficie du passage de 16 à 18 clubs en Pro A pour rester dans l’élite. Après ce coup du sort en leur faveur, les Strasbourgeois se ressaisissent. Deux ans plus tard, ils terminent 3ème du championnat et se préparent pour les play-offs – tournoi entre les meilleures équipes de la saison, qui détermine le champion, ndlr.

Premier adversaire : Pau-Orthez, champion de France des deux dernières années et tombeur de la SIG en play-offs l’année précédente. Malgré sa sixième place en saison régulière, il ne faut jamais sous-estimer le cœur du champion. La SIG, en confiance, ne se laisse pas prendre au piège. Après la première manche perdue 70-69, ils déroulent au Rhénus en gagnant 88-75 grâce au premier quart-temps divin de Ricardo Greer (13 points sur la période) et un Dieu qui s’était déguisé en Afik Nissim (27 points en 20 minutes). Le vainqueur se décidant à la différence de points, la SIG part en demi-finale !

Deuxième étape : l’ASVEL, deuxième de la saison régulière. Ballotés à la mi-temps du premier match à domicile (44-43 pour les Rhodaniens), les joueurs strasbourgeois décident de passer à la vitesse supérieure, inscrivant 45 points et limitant leurs adversaires à 26 ! Une victoire 88-70 qui leur ouvre tout grand les portes pour la première finale de leur histoire. S’ils ont perdu le match retour, ils ont limité la casse, ne perdant que de 8 points en terre adverse (85-77). Désormais, c’est l’heure de la finale !

L’adversaire ? La surprise Nancy. Tombeurs du premier de la saison régulière Le Mans, les Nancéens sont l’insouciance même et ne craignent rien ni personne. Un match piège pour la SIG, première fois favorite dans ces play-offs. Une finale ne se joue pas, elle se gagne, et dès le départ, la tension tend les bras strasbourgeois dans un Bercy chauffé à blanc. Nancy verrouille sa défense et la SIG n’a pas de solutions, se retrouvant menée de 11 points à la mi-temps (39-28). Un petit goûter au Nutella pour l’enfant que j’étais, pour faire passer sa tristesse et c’est reparti pour une deuxième mi-temps. Elle sera largement plus en faveur des Strasbourgeois, qui remontent petit à petit, Nancy se délitant petit à petit aux portes d’une victoire qui devenait de plus en plus réelle. Encore menés de 5 points à l’entame du dernier quart-temps, la SIG passe enfin devant à cinq minutes du terme grâce à la main chaude d’Afik Nissim. Pour finalement s’imposer, dans la douleur, 72 à 68. Qu’importe que l’année d’après Nancy nous élimine. En 2005, le titre est strasbourgeois et j’ai pu prendre un rab de crêpes au Nutella !

La petite anecdote en plus : la SIG a prouvé être une place forte du basket français dans les années 2010, sans malheureusement remporter de deuxième titre. Ce n’est pas faute d’avoir essayé : cinq défaites de suite en finale.

© Nicolas Kaspar pour Pokaa

Handball : Racing Club de Strasbourg handball en 1977

Cela fait un moment que Strasbourg n’est plus une place forte du handball français. Si l’on veut voir le gratin du handball mondial, il faut aller à l’Eurotournoi organisé au Rhénus, ou encore à Sélestat. Néanmoins, deux ans avec leurs collègues footballeurs, les handballeurs strasbourgeois ont conquis le titre de champion de France, en 1977. Et pas contre n’importe qui, mais on vous laisse le suspens.

Avant de gagner le titre de champion de France, le Racing Club de Strasbourg handball, de son ancien nom le RP Strasbourg-Meinau, a connu quelques déceptions. En 1972, il termine premier de sa poule, mais doit ensuite s’incliner face au Stella Saint-Maur, le grand club de l’époque, en demi-finale. En 1976 rebelote : Strasbourg termine premier de sa poule et affronte l’ASPTT Metz en demi-finale. Face au rival messin, les Strasbourgeois s’impose sur le fil (29-28) et nourrissent de grands espoirs pour la finale. Malheureusement, tel un roc, un cap, une péninsule, s’érige entre eux et le titre le Stella Saint-Maur, qui les battent 18-14.

Nous sommes désormais en 1977 et Strasbourg ne commence pas bien sa poule de championnat, dominé par l’ASPTT Metz. Néanmoins, ils se qualifient en demi-finale et dominent Dijon 33-30 pour accèder à la finale. Cette fois-ci, pas de Stella Saint-Maur, mais leur rival de l’ASPTT Metz. Une finale ça ne se joue pas, ça se gagne, et la vérité de la saison n’est pas la même que celle d’une finale. Strasbourg s’impose assez largement 21-15 et devient champion de France pour la première et seule fois de son histoire !

La petite anecdote en plus : désormais, pour trouver un club strasbourgeois de haut-niveau il faut compter sur l’Eurométropole Strasbourg Schiltigheim Alsace Handball (ESSAHB), pour le moment en Division 2.

Une exception pour confirmer la règle : l’ASPTT Mulhouse en volley-ball en 2017

Ce n’est pas un club strasbourgeois, mais c’est un club féminin qui porte haut les couleurs de l’Alsace en France et le monde entier. Depuis une vingtaine d’années maintenant, l’ASPTT Mulhouse fait partie du paysage du volley-ball français et se hisse régulièrement dans la bataille pour remporter le titre de championne de France. Sauf que, pendant très longtemps, les Mulhousiennes sont tombées sur un os. Et pas n’importe lequel : le RC Cannes, double vainqueur de la Ligue des champions. Pour faire simple, entre 1995, date de leur premier titre, et 2019, leur dernier titre en date, les Cannoises ont gagné 21 fois le championnat de France sur 25 éditions ! Portées par leur emblématique capitaine Victoria Ravva, 19 titres au compteur, les Cannoises ont roulé sur tout le monde.

Mulhouse s’est cassée les dents non pas une, non pas deux, non pas trois… mais huit fois contre Cannes en finale des championnats de France de volley ! En 1998, en 1999 puis six fois de suite entre 2007 et 2012. Loin d’abandonner, toujours dans la recherche de vaincre le signe indien, les femmes de Magali Magail ont enfin réussi à battre Cannes en 2017, en demi-finale. Lors de ce match décisif, les Mulhousiennes n’ont pas tremblé et ont fait passer dix-neuf ans de frustration en les battant 3 sets à 0. Dans cette finale où tout pouvait arriver, face au Canet, les Mulhousiennes ont fait vivre un match fou à leurs supporters.

Et quel match ! L’ASPTT Mulhouse s’est imposée en 5 manches, dans un match d’une intensité exceptionnelle. Rendez-vous bien compte : le 4ème set s’est conclu sur le score de 36-34, alors qu’il faut 25 points pour gagner une manche ! Cette dernière a duré plus de 40 minutes et elle a surtout vu Le Cannet manquer cinq balles de match ! Finalement, l’ASPTT Mulhouse s’impose 15-9 au dernier set, remportant enfin son premier titre de championne !

La petite anecdote en plus : avec 2 heures et 21 minutes de jeu, la finale remportée par Mulhouse est la finale féminine la plus longue de l’histoire du championnat de France.

Julius Pepperwood renferme les livres d’histoire, se détend le dos et les muscles et se pose enfin dans son fauteuil, un verre de whiskey à la main. Il soupire d’aise : cela fait du bien de se changer les idées et de parler sport de temps en temps. Strasbourg n’a beau ne pas avoir le palmarès auquel une ville de sa taille et de son histoire devrait prétendre, mais elle a su nous procurer des émotions depuis des années. Et ce n’est sans doute pas terminé.

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