Qu’est-ce qui nous marque en premier quand on arrive dans une ville ? Qu’est-ce qui nous y émeut ? Fait que l’on s’y sent chez soi ? De quoi se souvient-on quelques années plus tard, lorsqu’on en vient à connaître par cœur la géographie des rues ? Lorsque sa cartographie repose sur les lieux où l’on a vécu ? Nous avons posé la question aux Strasbourgeois. Trois d’entre eux nous racontent leur rencontre avec Strasbourg.

« L’eau potable dans la rue », « les pistes cyclables » et la « belle cathédrale »

« Je suis arrivée à Strasbourg à l’été 2014, pour mes études. Le programme de ma première journée, c’était surtout visite d’appartements ! [sourire] J’en ai fait cinq en une journée. Avant cela j’étais déjà venue une fois, en formation avec ma maman. Après les visites, en fin de journée, je me suis promenée un peu. Je suis allée à la Petite France, et c’est là que j’ai compris que je n’avais vraiment pas visité Strasbourg la première fois. J’étais surtout restée du côté de la gare. Je me souviens que je trouvais tout très beau et que je me suis tout de suite sentie bien dans cette ville. J’étais très enthousiaste à l’idée d’y vivre. Avec ma cousine, on s’était posées à un moment de la journée au Dreher, rue des Grandes-Arcades pour prendre un goûter. Je regardais vers la place Kléber et elle vers Gutenberg. Il y avait du soleil. On a fait une liste des choses chouettes à Strasbourg, parce qu’elle hésitait entre faire ses études ici ou à Nancy. Finalement, elle les a faites ici. Mais la liste, je l’ai encore. » – Joséphine, 28 ans.

« Il y avait des reliquats de barricades calcinées un peu partout, des pavés sur la route »

« La première fois que je suis venu à Strasbourg, c’était en 2009. J’étais en école de photo à Paris. À l’époque, avec quelques camarades de promo, on se faisait la main sur les manifs qui avaient tendance à dégénérer. Nicolas Sakozy venait de réintégrer la France dans le commandement de l’OTAN et un gros sommet était organisé à Strasbourg. On a vu qu’il y avait pas mal de contestation alors on a pris la bagnole et quitté Paris vers 5h du matin pour aller voir ce qu’il se passait. On est arrivés vers 12h, je ne sais même plus vraiment où on s’est garés. Mais je me souviens qu’on a marché pendant plus d’une heure et demie pour rejoindre les manifestations Port du Rhin. On a presque suivi l’itinéraire du tram.

On est arrivés sur un terrain vague, entre le quartier Port du Rhin et les sites industriels. À l’époque il n’y avait que des immeubles anciens, type HLM. Il y avait des reliquats de barricades calcinées un peu partout, des pavés sur la route. Des pancartes par terre. D’abord on a cru qu’on était arrivés après la bagarre, et puis on a continué à marcher et on a vu les manifestants. On s’est retrouvés sur la place où se trouve l’église avec des gens qui allaient et venaient dans tous les sens. Il y avait une espèce d’énorme feu dans un immeuble à côté, un hôtel de mémoire. Des épaisses colonnes de fumées noires montaient vers le ciel. Les portes de l’église avaient été taguées. On a sorti nos appareils. L’ambiance était électrique. On a suivi des manifestants qui partaient sur le pont en direction de l’Allemagne. Je me souviens de l’ancien poste de douane désaffecté, en flammes. Au début il n’y avait pas de flics. Lorsqu’ils ont fini par arriver c’était en opération commando, avec flashballs et des grenades dans tous les sens. Ça sentait le cramé et la lacrymo.

En 2015, je suis revenu à Strasbourg pour y habiter. La petite histoire, c’est que l’auberge de jeunesse dans laquelle j’ai dormi le premier soir était au Port du Rhin. Tout au long du trajet en bus pour y aller, j’ai eu vaguement l’impression de reconnaître le coin sans en être sûr. C’est quand j’ai vu l’église que j’ai compris où j’étais. Tout avait tellement changé ! L’évolution du quartier Port du Rhin, c’est finalement la première chose que j’ai vue. C’est après seulement que j’ai découvert le joli Strasbourg que tout le monde connaît, la cathédrale, la Petite France… » – Adrien, 32 ans.

« Je suis tombée amoureuse de cette vue »

« Je suis arrivée à Strasbourg il y a quasiment quatre ans jour pour jour. C’était en octobre 2016. Je ne connaissais rien ni personne : j’y allais pour un entretien d’embauche qui devait permettre de me rapprocher de mon copain de l’époque, qui vivait en Allemagne. Avant de venir, je me souviens que j’avais annoncé ma visite sur Twitter en mode : « Je débarque à Strasbourg, du monde pour prendre un café ? ». C’est comme ça que je me suis retrouvée à passer des moments avec des gens super sympas : autour d’une tarte flambée, à une rencontre du Club de la Presse… Grâce à ces rencontres virtuelles puis réelles, je me suis tout de suite dit que j’allais me sentir bien ici. Mais le souvenir qui m’a marquée, c’est le moment où je suis arrivée devant Gallia. Je suis tombée amoureuse de cette vue. Il y avait des feuilles oranges un peu partout. L’eau, les quais, les péniches aussi, je pense que ça a joué pour moi qui venait de quitter ma Bretagne natale. Je suis restée là un bon moment, espérant que mon entretien se passe bien. Je me suis sentie chez moi. Finalement j’ai été prise et je me suis installée ici. Aujourd’hui, c’est un endroit que j’aime vraiment beaucoup et où je reviens souvent. » – Coraline, 29 ans

© Coraline Lafon

« On est restés bouche bée devant la cathédrale »

« Je suis venue à Strasbourg pour la première fois en avril 2016, passer un concours. J’avais pris un Air BnB place Gutenberg pour deux nuits. Je me souviens être sortie de la gare et avoir marché tout droit, remonté ce que je sais être aujourd’hui Grand’rue mais qui me semblait être un dédale interminable à l’époque. J’ai réussi à me perdre en arrivant place Gutenberg j’ai continué vers le pont aux Corbeaux pour me retrouver sur les quais, avant de revenir sur mes pas grâce à mon GPS. Le soir même, je suis sortie manger avec des camarades de prépa. On est restés bouche bée devant la cathédrale illuminée. Après le resto ils sont rentrés, mais moi je suis restée à la regarder. Il y avait un violoncelliste qui jouait sur le parvis. J’ai passé près d’une demi-heure plantée là à l’écouter. Hypnotisée.

Le lendemain, jour de mon concours, j’ai failli me perdre à nouveau pour trouver le campus. Lorsque je suis sortie de mon épreuve, je me suis promenée en ville. Et je me souviens m’être dit : « C’est dommage que je n’ai aucune chance d’avoir ce concours, j’aimerais bien vivre ici. » Lorsque je suis revenue deux mois plus tard, pour les oraux, je me suis fait exactement la même réflexion à nouveau. Finalement, je l’ai eu ce concours. Et bien que j’ai longtemps été très chauvine quant à ma région d’origine, cela fait quatre ans que je me sens chez moi à Strasbourg. Quand je sors de la gare, revenant de l’ouest, et que je remonte Grand’rue, je me sens de retour à la maison. «  – Marijo, 28 ans.

© Marijo

Et vous, c’était comment votre premier jour à Strasbourg ?

Victoire Pirot

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