Le coronavirus n’est pas encore derrière nous, malheureusement. Et alors que les peurs d’une deuxième vague continuent de se faire de plus en plus présentes, bien alimentées par une psychose médiatique ambiante, il est important de pouvoir perfectionner nos méthodes de détection des cas. Pour cela, une équipe d’irréductibles chercheurs strasbourgeois met en place un projet : dépister le coronavirus par l’odorat des chiens. Son nom ? Covidog. On vous en dit un peu plus.

Une super-team

Derrière ce projet qui met en avant le meilleur ami de l’homme, trois chercheurs : Philippe Choquet, vétérinaire et spécialiste de médecine nucléaire à Hautepierre, Christophe Ritzenthaler, spécialiste des virus et notamment sur les virus des plantes, et enfin Yves Rémond, professeur à l’ECPM. Ce dernier, joint au téléphone, nous raconte la genèse de Covidog : ‘« L’idée vient d’un de mes collègues, Philippe Choquet. Quand l’épidémie a démarré il m’a appelé et m’a demandé si des chiens seraient capables de sentir les gens qui seraient infectés. On était alors fin février/début mars, et il y avait peu de cas, et on n’était pas encore dans la question de guérir, mais plutôt dans celle de détecter. »

La team derrière le projet Covidog.
© Document remis – Yves Rémond

Chemin faisant, ils se sont associés à leur troisième compère, Christophe Ritzenthaler. mais il a fallu encore compter sur d’autres soutiens : « Tous les trois, on a commencé à construire un projet et il fallait d’autres gens, donc on a contacté une vétérinaire qui est à Nantes et qui est une spécialiste du comportement des chiens. Par son biais, on a pu contacter des maîtres-chiens pompiers à Marseille et à Chambéry, qui sont les référents nationaux de la formation des chiens et des maîtres-chiens de pompiers. »

Deux start-ups strasbourgeoises pour étoffer le projet

Par la suite, cette équipe de choc a trouvé ses derniers alliés : deux start-ups strasbourgeoises, provenant de l’esprit fécond des ingénieurs à l’école de chimie de Strasbourg. La première s’appelle Twistaroma et est spécialiste des analyses des molécules aromatiques, qui sont dans l’air. Quelque chose de très utile pour l’équipe de chercheurs : « Nous ce qui nous intéresse ce n’est pas de sentir les personnes mais les molécules particulières que des cellules infectées par le virus peuvent diffuser ».

Ta mère le polymère.
© Document remis – Yves Rémond

C’est là que rentre en jeu la seconde start-up Biodesiv, qui a conçu des polymères capables d’absorber les odeurs et de les restituer au cours du temps. Yves Rémond précise : « C’est fort pratique parce que si quelqu’un est malade, on peut piquer les molécules aromatiques qu’il va expirer, que le polymère va ensuite absorber et après, on met les chiens en contact avec ce polymère. »

Le chien, pire cauchemar du coronavirus

Il semblait néanmoins qu’au début de cet article, on vous avait parlé de toutous. Eh bien vous n’êtes pas sans savoir que le chien a un odorat bien plus développé que celui de l’homme. Ce qui fait qu’il est déjà utilisé par les policiers, les douaniers, les pompiers ou encore pour détecter les punaises de lit. Dans le cas de Covidog, les chiens seraient donc très utiles pour détecter ce qu’on appelle le volatilome, à savoir l’ensemble des molécules aromatiques qui caractérisent un virus ayant infecté une cellule.

Des chiens de pompier.
© Document remis – Yves Rémond

Ce projet nécessite néanmoins de régler deux questions scientifiques essentielles, que nous synthétise Yves Rémond : « Tout le monde sait que les chiens sont capables de détecter quelque chose, ce qu’on doit absolument rechercher c’est à partir de quel seuil de virus le chien peut détecter quelque chose. Ensuite, il y a la sélectivité. Il faut que, quand le chien s’arrête devant quelqu’un, ce soit bien ce virus-là qu’il sente, pour ne pas confondre avec la grippe par exemple. Il y a un travail scientifique à faire pour que quand le chien marque un arrêt, ce soit bien le coronavirus qu’il repère. »

Un chien clairement motivé à détecter le coronavirus.
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Avec ces deux questions résolues, il y aura la possibilité d’une mesure instantanée à coût très bas, qui pourrait s’avérer plus que précieuse en cas de retour de l’épidémie : « En effet, s’il y avait un retour du virus, dans ces cas-là, il est très important de détecter très vite les premiers porteurs. On pense que cela a un intérêt très important. »

Un besoin de dons

Si le projet vous parle, il ne faut pas hésiter à participer pour le financer, par ce lien. Parce qu’aujourd’hui, la team d’irréductibles chercheurs a encore besoin de financements. « Aujourd’hui, la fondation de l’Université de Strasbourg nous a offert une place parmi des projets sélectionnés, qui est ouverte aux dons des particuliers. On commence aussi avec de la publicité à avoir des dons d’associations variées et on commence aussi d’avoir des dons d’autres fondations de grandes entreprises et on va continuer à les contacter. De plus, la revue nationale du CNRS a publié un article sur le projet ce qui montre son sérieux. »

Un chien qui cherche.
© VK

Il faut dire que ce beau projet a un coût, et pas n’importe lequel. « Il nous faut environ 100 000 euros pour le projet, on a des dizaines de milliers d’euros pour l’instant. » Une situation d’attente pas forcément facile à gérer selon Yves Rémond : « C’est un peu crispant de pas avoir la possibilité de démarrer maintenant. Notre projet est scientifiquement clair, mais il y a également une partie sociétale, qui est claire elle aussi. » Par ailleurs, si vous vous demandiez pourquoi ils ne faisaient pas d’appel aux dons via des plateformes de dons, Yves Rémond vous donne l’explication : « En tant qu’universitaires ou chercheurs CNRS, donc fonctionnaires de l’Etat, nous ne pouvons pas engager nos institutions respectives et nos travaux dans ces plateformes, car nous ne sommes pas des chercheurs indépendants mais de la fonction publique. »

En tous les cas, les chiens sont porteurs de plein de promesses pour ce beau projet : «Tous les chiens de pompiers, douaniers, police… il y a beaucoup de chiens formés à détecter plein de choses, et en six semaines à deux mois, on peut former ces chiens s’ils ont la signature du virus. Après, cela ne dépend pas que de nous, mais aussi des politiques. Et comme notre projet est inter-disciplinaire, il est difficile à mettre dans une seule case. En tous les cas, on est prêt à démarrer tout de suite. »

Covidog est un beau projet, mettant en avant les chiens qui ont plus de cartes dans leur truffe qu’on aurait pu penser aux premiers abords. Cela montre également que la recherche strasbourgeoise a de la suite dans les idées et il est important de soutenir ces initiatives !

Si vous souhaitez apporter votre aide pour financer le projet, c’est par là !

3 COMMENTAIRES

  1. Super projet, mais depuis le début de cette pandémie, nous avons été informé que la chauve souris était porteuse saine du Covid 19, cette dernière possède un système immunitaire fort intéressent pourquoi ne pas orienter des recherches de traitements dans ce sens ?

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