Après 195 années dédiées aux ondes et aux vibrations sonores, Wolf Musique, le plus vieux magasin de musique de Strasbourg situé rue de la Mésange, fermera définitivement ses portes le 13 juin prochain. Retour sur la triste fermeture d’un magasin historique qui n’a pas pu résister à la crise actuelle, et petit focus sur les vocations et l’énergie musicale qu’un tel lieu a su insuffler à plusieurs générations de mélomanes et de musiciens passionnés.

Des partitions des plus grands classiques des siècles passés, des 45 ou des 33 tours, des cassettes, des CD, des cordes en métal, en nylon, des guitares sèches ou électriques, des harmonicas, des guimbardes, des batteries, des billets de concerts, des cahiers pour les profs de musique, des claviers, des casques, des amplis, des rêves de gosses… Tout, absolument tout ce qui a touché de près ou de loin l’univers de la musique est un jour passé par Wolf Musique. Mais aujourd’hui : rideau, on baisse les volets, ciao, c’est terminé.

Une maison historique foudroyée par la crise

Seligmann Wolf. Voici le nom de l’homme qui a donné son nom à cette boutique en 1825, à une époque où la France était alors une monarchie et Charles X notre roi. Depuis ces temps lointains, à des années lumières d’Amazon Music, le magasin a su s’adapter, non sans peine, au marché de la musique. Un marché bouleversé par le gigantisme des centres commerciaux, puis l’accès 24h/24 et les prix cassés d’internet. La chute vertigineuse de l’industrie du disque, après les années 2010, a également porté un coup terrible aux magasins de musique qui n’ont pas pu lutter contre les nouvelles plateformes de musique en ligne, parfois gratuites, une véritable révolution pas si lointaine.

YouTube, et plus tard Spotify, Deezer ou encore Soundcloud ainsi que les boutiques d’instruments en ligne (en plus du tentaculaire Amazon), ont donc étourdi fortement les boutiques comme Wolf Musique. Par la suite, les attentats et le quadrillage militaire du marché de Noël ont fait fuir les clients au mois de décembre, historiquement le mois le plus rentable pour la boutique. Encore un coup dur de plus qui s’ajoute au prix du bail trop lourd à supporter. Wolf est alors très affaibli.

Puis, c’est l’arrivée toute récente d’une crise sanitaire puis économique sans précédent. En effet, si la boutique était en position de baroud d’honneur jusqu’alors, la crise du Covid lui a porté un coup fatal. D’ailleurs, les propriétaires n’hésitent pas à afficher sur leur devanture l’une des raisons, il y en a peut-être d’autres, qui expliquent la violente fermeture de la boutique.

© Bastien Pietronave pour Pokaa

Une boutique qui a marqué des générations de mélomanes

« Allez, dépêche-toi on y va ! ». Voilà ce que ma chère mère m’a dit il y a presque 20 ans lorsqu’elle m’a emmené chez Wolf Musique pour ma première virée à Strasbourg, c’était à bord de notre R19. À cette époque, internet n’avait pas encore le poids qu’il a aujourd’hui et l’achat d’un instrument de musique, un geste réfléchi des mois voire des années à l’avance, ne pouvait évidemment se faire qu’en caressant de ses doigts timides l’objet convoité. Alors, au début des années 2000, nous avons fait 60 kilomètres en famille direction Wolf Musique pour acheter la toute première guitare de mon cher frère: une Fender Affinity Stratocaster noire.

Metallica, Guns N’ Roses, Nirvana, Motörhead, les Red Hot Chili Peppers, voilà quelques noms de groupes iconiques qui ont poussé mon frère Maxime à se passionner pour le rock, le métal, le hard rock et tout ce qui se joue, de près ou de loin sur une guitare qu’on branche brutalement à un ampli. Des groupes et des instruments hurlants qui lui ont insufflé, en musique et en pure folie, la passion du son mais surtout celle des instruments : le bois, le métal, les vibrations, les dorures, les larsens qui hérissent les poils. On aimait le rock mais on aimait surtout ce qui lui donnait toute son aura : les guitares mythiques qu’on pouvait apercevoir chez Wolf Musique. Celles avec lesquelles tous les plus grands morceaux ont été créés, des Pink Floyd aux Creedence en passant par Jimmy Hendrix.

© Bastien Pietronave pour Pokaa

Alors, après avoir regardé Lemmy Kilmister, Kurt Cobain ou encore Slash faire pleurer les cordes de leur guitare sur MTV et MCM, nous n’avions qu’une seule envie : aller chez Wolf Musique pour voir et toucher les mêmes instruments de ces légendes du rock. Wolf Musique était alors pour nous la caverne d’Ali Baba. Pas un magasin cool où l’on trouve des trucs sympas, non. La putain de vraie caverne où chaque centimètre carré brille de mille feux. Un lieu incroyable dans lequel tout le monde touchait à tout et où l’on voyait, toujours avec nos yeux d’enfant, les plus belles guitares du monde. Nous avions découvert une passion, celle de l’objet, et Wolf Musique, ainsi que les passionnés qui y travaillaient, savaient nourrir nos rêves, et ils l’ont fait pendant des décennies pour des centaines de gamins comme mon frère et moi. C’est un pilier de l’histoire de Strasbourg qui s’effondre avec Wolf Musique.

Pour cela, aussi, nous voulions leur dire simplement bravo… et merci.


WOLF MUSIQUE

FERMETURE DÉFINITIVE LE 13 JUIN

24 rue de la Mésange
67000 Strasbourg

1 commentaire

  1. Encore un magasin qui ferme pour cause de loyer de folie !
    Encore une place libre pour une enseigne de luxe, de la restauration rapide ou autres franchises sans intérêts !!!
    Pourquoi venir au centre ville puisque on y trouve les mêmes enseignes que dans n’importe quel centre commercial.
    Une place Kleber horriblement triste et de nombreux magasins fermés, sans compter des restaurants qui vont faire faillites et la réduction des festivités de l’été 2020 il n’y a pas de quoi se rejouir à Strasbourg.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here