En ces temps de coronavirus, difficile d’éviter notre Premier Ministre. Édouard Philippe a en effet passé deux grands oraux cette semaine : le mercredi 1 avril à l’Assemblée Nationale puis devant les Français ce jeudi soir lors d’une émission spéciale après le JT de 20h sur TF1. Dans une grande leçon de pédagogie, il a évoqué toutes les questions que l’on pouvait se poser concernant la crise du coronavirus. Et petite nouveauté : la question du déconfinement a été pour la première fois énoncée. On vous fait un résumé de tout ce qui s’est dit ces deux derniers jours.

Un déconfinement pas pour tous et pas en même temps

C’était la grande question de ces deux derniers jours. Sur le sujet, Édouard Philippe a déclaré : « Il est probable que nous ne nous acheminons pas vers un déconfinement général et absolu, en une fois, partout et pour tout le monde ». Il a par ailleurs annoncé qu’une « stratégie de déconfinement » pourra être présentée « dans les jours, la semaine » à venir. Toutes les options sont étudiées mais il précise néanmoins sur TF1 : « Je ne veux pas privilégier telle ou telle hypothèse. L’important c’est d’avoir dans les semaines qui viennent un travail très intense et transparent qui pourront donner lieu à des solutions publiques politiques discutées et partagées par l’ensemble des Français. »

Le seul critère fiable, et qui déterminera sans aucun doute la façon de déconfiner, sera la capacité à tester à grande ampleur la population. Les tests de sérologie incarnent le plus grand espoir : une simple prise de sang sur le bout du doigt permettrait dix minutes plus tard de savoir si l’on a été au contact du virus. En clair, il est possible de déterminer qui a été porteur du Covid-19, même pour les individus asymptomatiques. Et donc de connaître le nombre de personnes immunisées. 2 millions de tests sanguin ont d’ailleurs été commandés par le Ministère de la Santé. Et on vous parlait il y a quelques jours d’un laboratoire strasbourgeois qui est prêt à commercialiser son test sérologique.

Il complète sur TF1 : « On commence à s’interroger sur le déconfinement, mais ce n’est pas pour demain matin. La logique du confinement doit prévaloir jusqu’au 15 avril et probablement plus longtemps. » En effet, il subsiste encore énormément d’éléments essentiels dont le gouvernement ne connaît pas encore les réponses :

  • Existera t’il au moment du déconfinement un traitement reconnu/prescrit qui peut limiter l’impact ?
  • Comment sortir de ce déconfinement en termes de circulation de personnes et donc du virus ?
  • Comment allons nous vivre au déconfinement avec une maladie qui n’aura pas vraiment disparu ? Ce qui pose la question des frontières.

Une chose est sûre : « Le déconfinement sera progressif pour éviter qu’ensuite, nous soyons frappés par une deuxième vague. »

Un baccalauréat 2020 qui ne se tiendra pas dans les conditions normales

Concernant nos bacheliers, Édouard Philippe a repris jeudi soir en substance les mêmes arguments qu’il avait déclarés la veille. « Il ne sera pas possible d’organiser dans des conditions normales le baccalauréat 2020 ». Le Premier Ministre espère encore que la rentrée des classes puisse s’effectuer à la date du 4 mai, donnée il y a quelques jours par le ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer, toujours sujette à évoluer.

Édouard Philippe, ce mercredi 1 avril en audition par une mission d’information de l’Assemblée nationale

Il précise tout de même : « Il est à peu près acquis aujourd’hui que les épreuves du baccalauréat ne pourront pas se dérouler au mois de juin comme elles se déroulent chaque année. Et qu’elles ne pourront pas non plus se dérouler au mois de juillet, parce que ça poserait d’autres problèmes, de compatibilité avec des concours. » La décision concernant les modalités d’épreuve devraient être choisies en fin de semaine, bien que ce soit le contrôle continu complet qui ait les faveurs du Premier Ministre. Une chose est sûre, le Bac 2020 ne ressemblera à aucun autre.

« Le virus n’est pas en vacances » : la question des vacances scolaires

En parlant des élèves, la zone C est en vacances à partir de samedi, Strasbourg le sera la semaine suivante. Au vu des beaux jours, la tentation de partir en vacances peut être grande. Néanmoins, ce jeudi soir, Édouard Philippe a fermement rappelé que cela ne serait pas une option : « La pire des choses serait que cette discipline (du confinement, ndlr) s’étiole dans le temps. Rester chez soi, c’est aider les soignants. »

Pour une raison toute simple – et une punchline bien placée : « Le virus n’est pas en vacances. » Pour faire respecter cela, il a annoncé des mesures de contrôle strict pour que le début des vacances scolaires ne se traduise pas par des trajets en France qui ruineraient l’effort collectif. Il a également affirmé que les sanctions n’augmenteraient pas en prix : « Plus que les sanctions, je préfère faire appel à la responsabilité et à l’intelligence de nos concitoyens. »

Allons nous bientôt être surveillés ? La tracking en question

Autre point chaud en cette période de coronavirus : le tracking des citoyens et notre peur d’être surveillés. Édouard Philippe a indiqué mercredi 1 avril devant la mission d’information de l’Assemblée nationale que le gouvernement « ne travaillait pas aujourd’hui sur des instruments qui rendraient obligatoire le tracking », à savoir l’utilisation de la géolocalisation pour suivre la circulation du virus.

Crédit Photo : Magnus916

Il n’a pas dit foncièrement autre chose ce jeudi soir sur ces applications qui suivraient à la trace leurs utilisateurs. La Premier Ministre a avoué que « ce dispositif n’existe pas en France, parce qu’il ne serait pas légalement permis ». Néanmoins, il n’exclut pas d’utiliser ce type de méthodes s’appuyant sur « un engagement volontaire ».

La problématique des EHPAD

C’était annoncé : ce jeudi allaient tomber les premiers résultats des décès en Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Il y en a eu au moins 884 depuis le début de l’épidémie. Et notamment 570 dans le Grand Est, dont plus de la moitié dans le Haut-Rhin, selon l’Agence régionale de la santé (ARS). C’est par un dispositif de comptage que l’on est arrivé à ce premier bilan, qui est encore à prendre avec des pincettes car incomplet. Il reste néanmoins nécessaire pour voir de quelle manière le virus se comporte selon le type de population.

Édouard Philippe a par la suite précisé sur TF1 jeudi soir que près de 750 000 Français vivaient dans les EHPAD. Il développe les ambitions du gouvernement : « Nous voulons faire en sorte que dans les EHPAD, il puisse y avoir des tests plus systématiques. » Et rassure également : « Il ne s’agira pas d’ostraciser ceux atteints » mais au contraire « de s’assurer que ceux qui ne sont pas malades ne soient pas en contact avec ceux qui sont atteints. »

Les hôpitaux vont-ils endurer la crise ?

Concernant la question des hôpitaux, Édouard Philippe s’est voulu combatif et rassurant : « Nous sommes dans un combat long et dur, mais la digue tient. » En effet, en Île de France, il y avait avant la crise du coronavirus 1 000 lits. Désormais, il y en a 2 400. Attention toutefois : 2 204 de ces lits sont déjà utilisés, ce qui rapproche la région de la saturation. Pour éviter cette dernière, le Premier Ministre a annoncé accélérer l’ouverture d’un plateau ultramoderne à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, qui puisse ouvrir dans le milieu du mois d’avril pour accueillir 86 patients supplémentaires.

Enfin, sur cette question, on a également eu le droit à des données encourageantes pour le Grand Est. Il y avait en effet 918 patients en réanimation ce matin sur 1 160 lits. On réussit donc à repousser la saturation, grâce à l’hôpital militaire et le soutien de nos pays voisins, comme de certaines régions françaises.

Arrivera-t-on à une pénurie de médicaments ?

Pour les médicaments, certains hôpitaux européens ont effectué un appel, inquiets d’une possible pénurie de stocks. Édouard Philippe s’explique : « Pour les huit molécules jugées indispensables pour les soins de réanimation, il y en a un certain nombre des molécules est en stock suffisant soit dans les hôpitaux soit chez les industriels. Dans la durée on va pouvoir faire face. »

Néanmoins il n’a pas éludé le fait que pour d’autres molécules, les tensions et inquiétudes sont réelles car le stock est limité. D’où de nombreux appels passés aux industriels pour s’assurer de leur aide. A ce sujet, Anthony Chauvin, médecin urgentiste à Paris a expliqué que chaque jour ces stocks étaient regardés et que les médecins se montraient très consciencieux sur la prescription des médicaments, même sur ceux qui peuvent paraître très bénins, comme les Doliprane.

Quid des municipales ?

Édouard Philippe n’a pas pris dévoilé de solutions concernant les municipales lors de son grand oral ce jeudi soir sur TF1. La décision finale sera prise le 23 mai. « Si c’est possible ça se fera (le deuxième tour fin juin, comme précédemment annoncé, ndlr). Si le constat est différent, alors il faudra décaler les élections, peut-être en octobre, peut-être après. »

Peut-être un résultat bientôt invalidé

Il précise également que les 30 143 communes françaises sur 35 000 en France qui ont vu une victoire au premier tour ne verront pas leurs résultats changer. Pour le reste, les résultats seront probablement invalidés. Ce qui concerne Strasbourg, où Jeanne Barseghian était arrivée en tête le 15 mars dernier. On peut encore une fois se demander pourquoi il avait été décidé qu’elles se sont tenues il y a maintenant près de 3 semaines…

Devra-t-on payer plus d’impôts en sortie de crise ?

Édouard Philippe a fini sa longue intervention sur TF1 sur le sujet de l’économie. Premier thème : l’impôt. Une nouvelle rassurante : non, il n’y aura pas d’augmentation des impôts. « La crise sanitaire va devenir une crise économique. Je pense que nous devons nous organiser pour que le pays tienne, pour que les entreprises subsistent et qu’un plan de relance national, européen je l’espère, puisse permettre à l’économie de repartir. Mais cela ne passera pas par une augmentation des impôts. »

« Prime Macron » et « geste » pour les fonctionnaires

Deuxième thème : la « prime Macron », allant de 1000 à 2000 euros et qui sera versée pour ceux qui travaillent durant cette période de confinement. A ce sujet, Édouard Philippe détaille : « C’est une aide indirecte de l’Etat et une aide directe de l’entreprise. » En d’autres termes, il s’agit d’une prime versée par les employeurs privés mais qui sera exonérée de charges sociales.

De plus,  les fonctionnaires devraient également avoir le droit à ce que le Premier Ministre appelle « un geste financier significatif ». Pour le moment néanmoins, pas d’explications supplémentaires sur ce geste.

Une nouvelle attestation de déplacement sur smartphone arrive le 6 avril

Enfin, une bonne nouvelle pour celles et ceux qui n’ont pas d’imprimantes chez eux : à partir du lundi 6 avril, une nouvelle attestation de déplacement arrive sur smartphone. Cette attestation dématérialisée ira parfaitement dans votre collection avec les deux autres, parfaites pour montrer à vos petits-enfants comme reliques d’un temps passé.

« J’ai la conviction que notre pays peut faire face à cette crise ». Édouard Philippe a donc passé ses deux grands oraux de la semaine. On en retiendra un déconfinement qui commence à venir dans la conversation, une stratégie de tests qui va s’axer sur la sérologie et un baccalauréat qui ne ressemblera à aucun autre. En attendant d’autres informations dans les jours à venir, continuez de prendre soin de vous. On se reverra tous bien assez tôt. 

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