Et si à Strasbourg, on faisait rimer 2020 avec pénis, clitoris, vulves et vagins ? La galerie d’art/librairie/café L’Oiseau Rare accueille dès aujourd’hui, et jusqu’au 25 janvier, dans ses murs l’artiste plasticienne Solène Dumas. Une exposition Singulier.e, mais aussi curieuse, provocatrice et intimiste : il n’en fallait pas plus pour attiser notre curiosité.

Couvrez ce sein sexe que je ne saurais voir

Drôle d’époque que la nôtre : tiraillés entre des envies de liberté des corps, des mœurs et une certaine pudibonderie ambiante, on est, sur internet, à un clic de tomber sur un site X quand les réseaux sociaux censurent eux, des tétons féminins qui s’affichent ou des œuvres d’art iconiques quand un poil dépasse. Rappelons les quelques scandales médiatisés provoqués par le trop timide Facebook face à L’Origine du Monde de Courbet ou encore devant La Vénus de Willendorf, une figurine issue du paléolithique.

Heureusement que les artistes ne se sont jamais embarrassés des conventions afin de continuer à explorer les sujets qui dérangent, interroger les spectateurs, et à les provoquer. La plasticienne strasbourgeoise Solène Dumas fait partie de ceux-là. Elle présentera, du 9 au 25 janvier, Singulier.e, une série de dessins anatomiques réalistes et de sculptures bi-matières autour du sexe. Ou plutôt des sexes. Dans leur pluralité, leur singularité. Chacun, accompagné d’un témoignage « permettant de réaliser la singularité de chacune de ces individualités ».

Crédits : Solène Dumas

A la frontière des genres

Et quoi de mieux qu’un lieu lui-même hybride qui joue avec les codes tel que L’Oiseau Rare, mi-galerie d’art, mi-librairie, mi-café, ouverte courant 2019, pour accueillir cette expo ? Le public découvrira dans ce local atypique de fragiles sculptures de sexes en porcelaine blanche, dans leur écrin de fourrure, entre délicatesse, érotisme et animalité. Une expo qui confrontera le spectateur à ses propres certitudes : « Un univers déroutant et envoûtant qui pousse à la réflexion ». Dans ses œuvres, Solène Dumas cherche à exploser les clichés et stéréotypes, à déconstruire les attentes, à surprendre.

Elle explique que « [sa] vision du genre se représente plus par un ensemble de curseurs variants entre féminin et masculin et changeant dans le temps. [Une] variabilité [qui] ne s’arrête pas aux personnes intersexes, transgenres ou non-binaires » et qui, en conclusion : nous concerne, tout un chacun.

La question de l’identité de genre, de sa construction, son expression et des frontières poreuses qu’il existe entre les genres, et par-là même, la dissociation sexe/genre est, depuis quelques années, au cœur des réflexions et des pratiques artistiques actuelles. En photo, on peut citer Gender Studies de Bettina Rheims (2012), et en plus médiatisé : sur le petit et grand écran, la liste des films, des séries, des docus mettant en scène des personnes non-binaires s’allonge, et ça fait du bien. En libérant notre regard, en déconstruisant nos attentes, on se dirige vers un affranchissement des codes et une plus grande liberté individuelle de sa propre expression. …De genre, de corps, et de soi.

Singulier.e se place dans cette mouvance actuelle : l’art au service de l’être. A Strasbourg, 2020 commence donc plutôt bien.

Crédits : Solène Dumas

Vernissage : le jeudi 9 janvier de 19h à 21h
[Plus d’infos]
Exposition : du 10 au 25 janvier
[Plus d’infos]

L’Oiseau Rare (Galerie d’art – Librairie – Café)
23 quai des bateliers 67000 Strasbourg
Du mardi au vendredi 10h-12h45 / 14h-19h
Samedi : ouvert en continu de 10h à 19h

Site
Facebook


Pour en savoir plus sur Solène Dumas :
Site
Facebook


>>> Fanny SORIANO<<<

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here