Tu as probablement croisé l’une de ses affiches dans Strasbourg. Elles se font de plus en plus nombreuses, et égaient le coin d’une rue, d’un arrêt de bus. Rencontre avec un grand souriant : Florimond Mochel, graphiste et illustrateur qui va te mettre de bonne humeur.

Des cigales aux cigognes

Enfant de la Provence, Florimond Mochel rejoint l’Alsace, la terre de ses grands-parents, à seulement 10 ans. Avec son accent chantant, son prénom détonnant et ses tâches de rousseur, il se fait rapidement repérer dans ce petit patelin de 200 habitants : Gingsheim. Il lui faudra du temps pour s’adapter, se faire accepter, mais il m’avoue qu’il ne retournera jamais plus vivre dans le Sud. A la chaleur immédiate des gens de là-bas, il préfère désormais la pudeur des Alsaciens. Froids de prime abord, puis chaleureux quand on gratte un peu.

De son enfance, il retient qu’il s’est toujours senti en décalage. Un « original » bricoleur et créatif. En retrouvant dans des notes d’enfant, datant de ses 4-5 ans, il a découvert qu’il se rêvait déjà « dessinateur professionnel ». Pour s’entraîner, il recopiait, au détail près, les couvertures des BD familiales. Puis, animé par cette envie de créer de ses mains, il se retrouve en 2nde à étudier le bois, la marqueterie et l’ébénisterie, puis lassé de l’aspect technique des machines, retourne dans un parcours généraliste… en Bac S. Un choix atypique mais qui ne l’empêchera pas de se tourner vers des études en communication. Après une année de MANAA à LISAA de Strasbourg, il déboule dans un BTS de 2 ans, en deux étapes : une première année à Metz, par dépit, puis une deuxième, au Corbusier, à Strasbourg, par réelle envie.

Florimond, « Fleur du monde »

A peine diplômé, il boucle ses valises et s’envole pour la Thaïlande où il passera 6 mois, à faire du bénévolat dans un orphelinat où il se prendra « une grosse claque » : le décalage avec ses pairs français, des touristes qu’il trouve sans respect. Il bosse à nouveau 1 an, puis repart vers Hawaï, suivre une formation théologique dans un énorme campus international. Pour lui qui est croyant : afin de mieux comprendre la Bible. En parallèle, il travaille en agence de com’. Mais sa découverte du monde ne s’arrête pas là : sa formation l’envoie 3 mois au Mexique, faire de l’humanitaire, travailler dans les favelas auprès des prostitué.e.s, des démunis…

Un autre détour en République Dominicaine, puis une dernière halte à Genève, et le voilà qui rentre en Alsace en 2011, où il intègre une boîte de design mural pour 1 an.

De son expérience en agence, où il a fini par s’ennuyer, il en revient avec la certitude que dans « le profil d’artiste, soit t’es salarié, soit t’es à ton compte, mais t’es souvent fait pour l’un ou pour l’autre ». Et lui, a choisi la liberté d’entreprendre. Comme ses voyages, au final : la bougeotte, la curiosité et l’envie de faire les choses autrement.

Il me parle de son envie de toujours de « sortir des sentiers battus », « d’être différent ». Et que cela a peut-être commencé dès sa naissance, après tout, avec son prénom. Il m’apprend que celui-ci, donné par ses parents qui en ignoraient l’étymologie, à l’époque, signifie « Fleur du monde ». Je lui dis que pour un voyageur curieux comme lui, finalement, c’était bien trouvé.

Florimond Mochel, un Daddy Cool dans son bureau
Crédits photo : Fanny Soriano

Daddy Cool

A maintenant 32 ans, ce papa de deux bambins, et marié, s’est désormais posé, à Strasbourg, partageant son temps en famille avec ses deux casquettes de designer graphique et d’illustrateur (« 60% » le premier, « 40% » le second). Mais là où il s’amuse le plus, c’est dans le dessin, où il met davantage de personnalité, d’audace. Où il se permet davantage de liberté.

On discute de ses illustrations, et de son univers parfois enfantin. Il m’explique que « dans la créa, [il] peu[t] faire des choses très institutionnelles où y a très peu de marge de créativité, [qu’il] compense, dans les projets perso, ou ceux où [il a] de la liberté, à [s]’éclater dans ce qu'[il] aime et ce qui [lui] plaît ». Sa patte, c’est surtout les couleurs, qu’il essaie de travailler. Il les préfère « clinquantes », mais dans de belles associations. Mais l’illustration, finalement, c’est très neuf.

A côté, ce « Daddy cool » m’avoue qu’il a un bon feeling avec les enfants qui « naturellement, viennent vers [lui]». Pour une fresque participative réalisée pour les bureaux de campagne de l’un des candidats à la mairie de Strasbourg, il s’est retrouvé au contact de petits gamins curieux et volontaires à qui il passait, très pédagogue, outils et pochoirs. Bien plus appliqués que leurs parents, m’avoue-t-il.

Une com’ qui TAPS fort

Côté inspiration, malgré des affiches qui se remarquent dans le paysage strasbourgeois, et une vraie patte, il confesse qu’il a « une culture graphique, visuelle et même générale, quasi-nulle » et qu’il fait ça « au feeling », « au regard », avec « une logique interne » : sa femme dit de lui qu’il a « beaucoup d’instinct ». Et ça fonctionne plutôt très bien.

Une fresque réalisée dans le cadre du NL Contest avec Strasbourg Aime ses Etudiants

Arrêts de bus, affiches 4×3 : on commence à voir de plus en plus de Florimond Mochel, un peu partout dans Strass. Il rajoute qu’on peut le retrouver aussi dans les kiosques et librairies, dans des tirages nationaux ou régionaux. On peut citer la comm’ colorée pour un festival de contes en Alsace, cet automne (VOOLP – Vos Oreilles Ont La Parole), à l’été 2018, un magnifique visuel autour du street-art fait pour le Crous Strasbourg dans le cadre du NL Contest et de Strasbourg Aime ses Etudiants, peint en atelier participatif avec les étudiants. Mais sa campagne la plus présente, celle qui claque le plus actuellement, c’est celle du TAPS dont il s’occupe depuis 2 saisons. Et si tout va bien : encore deux autres. Pour le graphisme du théâtre, qu’il gère « de A à Z » : des photos décalées issues de banques d’images d’amis photographes, et des aplats de couleurs, de formes géométriques. Et ça TAPS dans l’œil.

L’affiche pour le festival Vos Oreilles Ont La Parole (VOOLP)

Longtemps discrète, la com’ du TAPS se démarque à nouveau. Quand on pense aux campagnes épurées de l’incontournable TNS, aux jeux de mots sur l’opéra de l’ONR, ou à la patte graphique et décalée du Maillon, avec ses pastilles rouges et son désormais iconique Glouton (ce gros smiley rouge au sourire griffonné), que le TAPS se distingue dans une esthétique reconnaissable, ça s’applaudit. Enfin ! Le « Théâtre Actuel et Public de Strasbourg », souhaite que les Strasbourgeois se réapproprient ce théâtre qui est, avant tout, public. Et cela passe par une forte identité visuelle, qui s’inscrit et se remarque dans le paysage urbain.


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Florimond, sur tous les fronts

En parallèle, un projet d’illustration de bouquin de pensées et une expo en préparation pour début 2020 dans les locaux de l’agence de communication My Client is Rich, où Léontine Soulier exposait à la rentrée. Et après sa fresque dans le café associatif Oh My Goodness, dans lequel il s’est investi à l’ouverture… il s’affichera sur les murs d’un futur bar près de la gare : le Quai 67. Tu n’as pas fini de croiser son travail.

Une illustration réalisée en souvenir de l’annonce de sa paternité

Ses projets, nombreux, il les doit souvent à sa force de volonté, sa pugnacité. « Ultra entrepreneur », « sans filtre » et plein d’ambition, il ose démarcher les boîtes qui l’intéresse, toquer aux portes, même quand elles semblent fermées. Il a fait un bouquin de 40 pages, sur sa vie, ses émotions, la découverte de sa paternité, etc., avec des illus pleine page et des textes de lui, qu’il a envoyé à une bonne trentaine d’agences pour se créer un réseau. « Ca passe ou ça casse ». Dans le même esprit : sur un coup de tête, Florimond a décidé de faire des featuring avec des « pontes » du lettering du monde entier. Sur 10 démarchés, 4-5 lui ont répondu positivement pour collaborer sur des projets. Juste « pour le fun ». Pour le challenge.

Son envie du moment ? Réaliser des collages dans Strasbourg autour d’une série d’illus qu’il a développée : Botanic People. Mélanger des personnages avec des plantes. Et son ambition folle ? A l’instar de l’une de ses camarades de promo, Missy (dont on te parlait ici et ici) : se retrouver à illustrer un des trams de la CTS et égayer la ville de ses illus. A son actif : un bus tagué pour la ville de Marseille et le dessin du tram pour la campagne de com’ du TramFest, pour l’inauguration de la ligne Kehl-Stras.

Alors, qui sait ? Avec sa volonté, on croisera peut-être Florimond Mochel, sur le tram C.
Leçon du jour : se lancer.


Plus d’infos sur Florimond Mochel ?
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[Crédits des illustrations : Florimond Mochel]


>>Fanny SORIANO<<

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