Crédit photos : Jérémie Hertzog


On a tous un rapport différent avec Strasbourg. Selon nos envies, nos histoires et nos expériences. Bien souvent, on voit notre ville à notre hauteur. Et parfois, prendre de la hauteur (et ne jamais en descendre) nous offre de nouvelles perspectives. Tout en haut du Parlement européen, Jérémie est technicien cordiste, un métier que l’on connaît peu, et il a une vue imprenable sur Strasbourg. On est donc parti à sa rencontre pour en apprendre un peu plus.

« On va là où personne ne peut aller » : technicien cordiste, un métier badass

Jérémie Hertzog est Alsacien, cela fait dix ans qu’il est revenu à Strasbourg, après toute son adolescence passée à la campagne. Il est technicien cordiste, un métier qu’il nous explique avec son franc parler et sa bonne humeur : « La base, c’est que l’on va là où personne ne peut aller. On accède là où même les machines ne vont pas des fois. »

Il exerce son métier dans un bâtiment bien connu des Strasbourgeois férus d’Europe. « Je suis employé par le Parlement européen, par une société externe. Je fais du nettoyage de vitres principalement, parce qu’il y en a quand même pas mal là-bas. Mais après c’est divers et varié ; ça m’est déjà arrivé de mettre en sécurité une vitre cassée, de changer une caméra, un drapeau de réparer une nacelle. Partout où ils ont besoin de nous, maintenant on est là. »

Quand il est en haut du Parlement européen, il est vraiment tout en haut, c’est-à-dire à 72m au-dessus du sol. Et ce n’est même pas le sommet le plus haut qu’il ait fait. « Avant le Parlement, où je suis depuis huit ans, j’étais aussi technicien cordiste et j’allais dans toute la France. Je crois que le plus haut c’était une antenne à 110/112 mètres. »

En devenant technicien cordiste, Jérémie a trouvé sa voie

Comment Jérémie s’est-il retrouvé à exercer son métier ? Au départ, il était un peu perdu face à un système scolaire qu’il ne maîtrisait pas. Surtout qu’il avait la bougeotte. « C’était difficile pour moi l’école. J’avais du mal à rester assis sur une chaise. Franchement, j’arrivais pas, c’était plus fort que moi. »

Très loin de se décourager, il s’est alors dirigé vers des études manuelles, où il a pu travailler à l’air libre, loin du carcan des amphis de la fac et des tables du lycée. « Du coup après j’ai fait un BEP Travaux forestiers pour être à l’air libre et tranquille. Ça a très bien marché c’était génial. » Après ça, Jérémie avait trouvé sa voie : il était lancé et ne s’est jamais retourné. « J’ai fait un certificat de spécialisation pour être grimpeur-élagueur : en gros monter dans les arbres et tailler les arbres. C’est comme ça que je suis arrivé à Strasbourg d’ailleurs : j’ai trouvé mon patron, Alexandre Zimmermann d’AZ Elagage, et il m’a appris le métier. »

Dès qu’il a trouvé sa passion, le reste a suivi comme une évidence : « A la suite de l’apprentissage, que j’ai eu « finger in the nose », j’étais major de promo, c’était trop la classe, j’ai dit « allez, on va aller un peu plus haut » et je me suis lancé en tant que cordiste. Un peu comme ça, sur le tas. » Il faut dire qu’il y a trouvé ce qu’il recherchait par-dessus tout : « La liberté, c’est vraiment le point fort. Tu es sur tes cordes, y a personne qui t’embête, t’es tout le temps dehors, pas enfermé dans un bureau. Franchement, ça c’est un luxe. »

Un métier exigeant

Néanmoins, le métier est exigeant. En premier lieu, la sécurité. « Il faut toujours respecter la sécurité, c’est le plus important dans le métier. » De plus, en étant technicien cordiste, tu es forcément soumis aux conditions climatiques. Niveau climat strasbourgeois, pour un technicien cordiste, un mois de novembre sera toujours mieux qu’un mois de juin. «Personnellement, je préfère travailler en cette période. Bon, sans la pluie ça me va aussi hein. Mais quand on a les périodes de canicule, qui sont de plus en plus nombreuses, pouah, c’est dur 36 degrés, la chaleur, la réverbération sur les vitres le béton et tout… C’est tendu. Alors que là bon, il fait froid, on se couvre un peu et on avance. »

Des conditions difficiles dont peu de gens se rendent compte. « Le métier de cordiste, les gens nous voient d’en bas et se disent « wow c’est génial ! » mais c’est dur réellement. Il faut réussir à tenir toute la journée suspendu comme ça. Tout le monde a envie de le faire mais c’est pas si évident. C’est beau, mais aussi physique

En plus d’être exigeant au niveau des organismes, le métier de technicien cordiste est extrêmement complet. « Une fois que t’es cordiste t’apprends un peu tout : maçonnerie, lavage de vitres, électricité. Franchement on te donne tout un tas d’outils et à toi de te débrouiller. T’as les consignes en bas et t’appliques en haut. »

Et la peur du vide dans tout ça ?

Il ne faut tout de même pas avoir peur du vide avant de se lancer dans une telle aventure. Surtout qu’ils sont en quelque sorte livrés à eux-mêmes : « Ah nous on zéro nacelle. C’est vraiment un harnais et deux cordes. »

Mais pour Jérémie, il n’y a aucune peur, juste du kiff ! « J’adore quand j’enjambe, quand je suis accroché et tout, pff. A chaque fois que je le fais, si je le fais cinq fois par jour, c’est toujours la petite seconde de « aaah, c’est bon ça ! ». »

Là-haut : Strasbourg édition

Opérant donc à 72m de hauteur, Jérémie possède une vision de Strasbourg assez unique. « J’ai une très très belle vue. Tous les matins j’ai une vue différente. C’est vraiment magistral. » En outre, travaillant souvent tôt le matin, il voit la ville s’éveiller : « Je commence vachement tôt, vers 6h : il n’y a rien, y a que les oiseaux qui passent. Au fur et à mesure il y a les trams, les klaxons, les écoliers… Tous les gens quoi. »

Il peut également témoigner du rythme effréné auquel Strasbourg change ces derniers temps. « Franchement, ça bouge à mort. Tu imagines même pas. Tous les ans, je pourrais même dire tous les trois mois, tu as de nouvelles grues à droite à gauche. Ça évolue mais à une vitesse… c’est impressionnant. »

Mais Strasbourg, c’est aussi et surtout une attache personnelle. Une histoire d’un début de l’âge adulte, du moment de tous les possibles. « J’ai l’impression que quand je me balade ça me fait repenser à quand je suis arrivé il y a dix ans. Je suis venu de la campagne, tout était beau, tout était magnifique. Bon c’était la merde en bagnole mais tu prends ton vélo. Je suis comme tous les Strasbourgeois, j’ai dû me faire voler cinq fois déjà mon vélo. » Un rite de passage désormais passé, qui fait de lui un Strasbourgeois pur cadenas !

Revenir à la campagne pour se reposer de la ville

Désormais bien installé à Strasbourg, Jérémie n’a pas changé et a toujours les mêmes envies qu’il y a dix ans : « Franchement, je veux juste être à l’air libre et profiter. Maintenant j’ai des enfants, donc être avec eux c’est ma principale priorité. Faire de l’escalade, me promener en forêt, monter dans les arbres avec eux, leur montrer comment faire… c’est vraiment génial. »

Plus de dix ans plus tard, il prend un nouveau plaisir à revenir à ses racines : « C’est toujours super sympa de revenir. J’étais à la campagne pendant mon adolescence, c’était un peu naze. Mais avec les enfants, ça fait du bien, d’être au calme, d’aller voir les voisins et leurs chèvres, les tracteurs. Ça leur fait des yeux comme ça. Et moi ça me repose un peu quand même. »

C’est néanmoins Strasbourg qui reste la plus belle dans son cœur, avec ces jolis mots de fin : « Quand je suis arrivé à Strasbourg, tout ce que je n’avais pas à la campagne, je l’ai trouvé ici. Strasbourg ça vit, c’est rayonnant. Pour moi c’était le début d’une vraie vie d’adulte, où tout bouge, tout va vite et où tout est sympa. »

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