Des tags faisant l’apologie d’un parti néonazi allemand et de la « race blanche » ont été retrouvés sur le campus de Strasbourg ce mois-ci. Régulièrement, des affiches d’organisations d’extrême droite sont découvertes sur les murs de l’université. Celles-ci adoptent souvent un discours modéré, en exposant notamment des convictions écologistes.

Le 28 mars 2018, sur le campus universitaire de Strasbourg, 6 étudiants sont roués de coups par une vingtaine d’individus se revendiquant du Bastion Social. Certains sont équipés de gants coqués, l’un d’eux a une barre en fer. Les 6 étudiants sont des antifascistes qui viennent de décrocher des affiches de cette organisation politique, ancêtre du GUD (Groupe union défense), connue pour promouvoir une idéologie raciste. Nombre de ses membres ont été condamnés pour violences, souvent sur des personnes « non blanches » ou bien sur des « gauchistes. » Le 29 septembre 2018, la vitrine de l’Arcadia, bar associatif du Bastion Social, est brisée par une vingtaine de personnes. Depuis, l’organisation d’extrême droite a été dissoute, mais ses militants se sont regroupés sous une nouvelle dénomination : Vent d’Est.

Cette histoire ressurgit à la suite de la découverte, le 1er novembre 2019, de tags prônant le nazisme et le racisme sur le campus. Aux abords de la faculté de droit ce jour-là, les étudiants trouvent les inscriptions suivantes : « Zone raciste », une croix Celtique (symbole du christianisme Celtique régulièrement utilisé par des mouvances racistes), WPWW (White Pride World-Wide, Fierté blanche globale), et NSDAP (Acronyme du parti nazi allemand).

La bataille des murs : tags et collages

Sur le campus de Strasbourg, comme sur beaucoup d’autres dans le monde, se joue une bataille des murs entre les « Antifas » et les « Fachos ». Les tags des uns sont recouverts par ceux des autres, et vice-versa. Globalement, à Strasbourg, ce sont les « Antifas » qui gagnent. Mais les tags racistes, même s’ils sont peu nombreux, font leur effet. Ce premier novembre au matin, Alya est tombée dessus :

« C’est surtout le tag « zone raciste » qui a attiré mon attention au début parce que je ne comprenais pas les autres. C’est incroyable que des personnes se revendiquent fièrement racistes. Je suis choquée de voir ça sur un campus universitaire. »

Le syndicat Solidaire Étudiant-e-s Alsace dénonce la situation :

« On ne sait pas, à l’heure actuelle, quelle organisation fasciste a mis en œuvre cet affront. Il est visible par contre que celui-ci était prémédité, et non pas l’oeuvre de “quelques personnes alcoolisées”, comme on aurait initialement envie de le croire. Le tag “Zone Raciste” est fait avec un pochoir, ce qui montre que ces individus étaient préparés. L’université de Strasbourg accueille chaque année plus de 50 800 étudiant.e.s, parmi elleux des étudiant.e.s racisé.e.s, 20% d’étudiant.e.s étranger.e.s, tou.te.s susceptibles d’être ciblé.e.s par l’islamophobie et/ou le racisme. L’université de Strasbourg se doit de prendre en charge leur sécurité. »

« Pour que vive la France, vive le Roi ! »

Il n’est pas à exclure que les tags ne soient pas l’œuvre d’étudiants ou d’une organisation politique officiellement déclarée. Concrètement, en ce moment, deux collectifs d’extrême droite sont présents sur le campus universitaire de Strasbourg. Ils affichent des convictions anti-immigration et nationalistes. L’Action Française est un mouvement royaliste qui a été fondé à la toute fin du XIXe siècle. « Pour que vive la France, vive le Roi ! » peut-on lire sur certaines de leurs publications, et puis des messages anti-immigration. La Cocarde étudiante est une organisation de droite, qui fait part d’un discours nationaliste et très hostile à l’immigration avec de nombreuses publications sur son site internet et sur sa page Facebook. Les deux organisations seraient composées d’un peu plus d’une dizaine de personnes chacune.

Des revendications écologistes

L’Action Française, longtemps ouvertement antisémite, adopte un discours bien plus policé maintenant, presque entendable pour un public étudiant avec des tracts comme « Manger local, penser national ». L’écologie serait « au centre de leurs préoccupations ». Mais plus ou moins subtilement, le discours se débride parfois. Les universités d’Été 2019 de l’Action Française étaient annoncées sur Facebook avec la phrase : « les chances pour la France, on ne les importe pas d’Algérie, on les forme à nos camps d’été. » On trouve aussi régulièrement des critiques de l’islam : « Le paysage français s’islamise chaque jour un peu plus » peut-on lire dans une de leurs publications. Même Vent d’Est, l’ancien Bastion Social, se met à l’écologie et sensibilise à la « consommation juste et équitable. »

« Ces partis se disent modérés afin d’attirer le plus grand nombre. »

Béatrice Giblin, auteure de l’ouvrage « Extrême droite en Europe : une analyse géopolitique », s’inquiète de la montée des discours nationalistes et surtout leur banalisation :

« Ces partis se disent modérés afin d’attirer le plus grand nombre possible d’adhérents. C’est pourquoi ils se sont éloignés à la fois des accoutrements des skinheads, des discours ouvertement racistes et tentent d’interdire à leurs militants de provoquer la bagarre avec les Arabes et les Juifs. Le FN nouveau prône le rôle actif et protecteur de l’État contre les capitalistes prédateurs qui appauvrissent les plus faibles. C’est presque un bouleversement dans l’idéologie classique de l’extrême droite où les faibles sont méprisés et les forts glorifiés. »

Les deux organisations politiques d’extrême droite présentes sur le campus n’ont pas répondu à nos questions. Ce phénomène n’est pas exclusivement strasbourgeois. Dans d’autres villes comme Lille, Montpellier, Lyon ou Paris, ce type de discours s’immisce sur les campus universitaires, à l’heure où le Rassemblement National a fini premier aux dernières élections européennes en France avec 23,34% des voix.

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