Dans les légendaires conflits d’usages au sein de notre belle ville de Strasbourg, les automobilistes semblent perdre du terrain. De nouvelles places se créent, remplaçant des parkings, la piétonisation du quai des Bateliers est entérinée depuis lundi dernier et tous les véhicules diesel seront interdits à Strasbourg dans 5 ans. Ce n’est donc pas étonnant que les premières conclusions de l’Enquête mobilité menée depuis janvier par l’Eurométropole témoigne d’une baisse de l’utilisation des quatre roues. On rentre un peu plus dans le détail de cette enquête, pour t’expliquer les nouvelles tendances strasbourgeoises, so 2019.

Quelques petits détails sur l’enquête

Puisque l’on aime connaître les sources que l’on utilise, intéressons-nous un peu à cette enquête mobilité. Menée dans le périmètre du Bas-Rhin (avec 6 communes du Haut-Rhin qui ont complété le tout), elle se fonde sur un échantillon de 6 312 personnes, de 5 ans et plus.

La précédente enquête de ce type datait de 2009, ce qui permet une comparaison dans le temps plutôt espacée – et donc pertinente. Elle a pour but de quantifier, suivre, comprendre la mobilité des habitants du territoire. Enfin, elle a coûté près de 300 000 euros, financés par l’Eurométropole de Strasbourg, la Région Grand Est et l’État.

“Get out of my dreams, get into my car”

Partons du chiffre choc, qui fera réagir tout le monde occultant même les autres résultats : entre 2009 et 2019, l’usage de la voiture dans l’Eurométropole a diminué de 9 points, passant de 47% à 36%, soit une baisse de 19,56%. Si l’on compare même à 1997 (date de la deuxième enquête mobilité), l’usage de la voiture a diminué de 16 points (53% d’utilisation de voiture) ! Les transports en commun en sortent gagnants : en 22 ans, ils sont passés de 9 à 15,5 % ! Si on compare même avec 1988 (date de la première enquête mobilité), on passe même de 7 à 15.5%.

Capture d’écran de l’Enquête mobilité 2019

Dans le même temps, les mobilités douces ont gagné pas mal de terrain : le déplacement à pied est passé en 22 ans de 31 à 36,5%. C’est une évolution croissante régulière, puisqu’en 2009, le taux était de 33%. C’est particulièrement le vélo qui a vu son utilisation grimper en flèche : en 1997, seulement 6% des gens dans l’Eurométropole utilisait la bicyclette comme moyen de locomotion. En 2009, ils étaient 8%. Et en 2019, ils sont désormais 11% ! En 22 ans, on a donc une utilisation du deux roues qui a quasi doublé.

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Comme le note l’ADEUS, qui pilote l’enquête, « ces résultats sur l’Eurométropole de Strasbourg confirment les tendances observées depuis la bascule initiant la réduction de l’usage de la voiture opérée à la fin du XXème siècle ».

Des volumes de déplacement qui augmentent

Pourtant, cette diminution de l’usage de la voiture ne s’accompagne pas d’une baisse des volumes.de déplacement. C’est même le contraire qui se produit : ceux qui utilisent la voiture dans le Bas-Rhin le font plus souvent. Il y a 4 350 000 déplacements/jour, contre 3 950 000 en 2009, soit une augmentation de 9,2%.

Quand on s’intéresse au Bas-Rhin sans l’Eurométropole, le volume de déplacement augmente, mais moins vite : en effet, il augmente de 5%. La conclusion logique est donc que ce sont les déplacements dans l’Eurométropole qui ont grimpé en flèche. Les chiffres ne nous disent pas le contraire : + 17% en 10 ans, avec 1 780 000 déplacements.

Ces augmentations peuvent être à la fois expliquées par le développement des mobilités individuelles, mais également par la démographie. En tous les cas, toujours selon l’ADEUS, « en 10 ans, les collectivités doivent gérer 400 000 déplacements par jour en plus. »

De la sociologie du déplacement

La mobilité n’est jamais vide de sens. Il y a toujours un but lorsque l’on se déplace, et cette mobilité peut éclairer nos choix de prédilection quant à nos modes de déplacements.

Les raisons de se déplacer n’ont pas énormément évolué en 10 ans. Ce qui permet tout de même de comprendre que les activités et modes de vie n’ont pas foncièrement changé dans la dernière décennie.

Capture d’écran de l’Enquête mobilité 2019

Dès lors, intéressons-nous plutôt au volet sociologique du déplacement. La comparaison entre l’enquête mobilité de 2009 et celle d’aujourd’hui permet de mettre en avant trois facteurs : les jeunes sont plus autonomes dans leur capacité de déplacement, tandis que les trentenaires se déplacent davantage. Petite « surprise » également : les seniors gagnent également en mobilité.

Vers un nouveau rapport à la mobilité ?

On vient de voir que les profils sociologiques changent quant au fait de se déplacer, mais aussi que les modes de transport évoluent. Dès lors, ne serait-on pas à une époque où l’on repense totalement notre rapport à la mobilité ?

Les premières conclusions de l’enquête affluent dans ce sens. Déjà, les 18-24 ans ont moins le permis en 2019 qu’en 2009 (57% contre 63%). « Mais ce sont des fainéasses ! » diront certains. Néanmoins, la hausse des abonnements aux transports en commun tout comme l’augmentation des vélos dans l’Eurométropole et le Bas-Rhin tendraient plutôt vers l’explication d’un changement de cap sur la façon dont on se déplace.

Capture d’écran de l’Enquête mobilité 2019

Nos modes de déplacement ne sont en effet plus auto-centrés. En 2019, la voiture est en retrait partout, au profit des modes alternatifs : marche, vélo, transports collectifs, comme le montre le graphique ci-dessus.

Néanmoins, il existe une dernière caractéristique à prendre en compte pour avoir un panorama exhaustif : la mobilité choisie, selon la distance. Si l’on regarde les premières conclusions de l’enquête, on voit que l’usage de la voiture est en baisse, quelque soit la distance retenue. Si elle reste très largement majoritaire dans les trajets allant de 5 à 20km, d‘autres mobilités alternatives commencent à gagner du terrain.

La marche à pied passe par exemple de 51 à 65% sur les trajets entre 0 et 1km., ainsi que de 14 à 21% sur ceux de 1 à 3km. Le vélo gagne lui du terrain sur les petits et moyens déplacements : son utilisation passe de 3 à 8% sur des distances allant de 3 à 5km et même de 0 à 3% sur des trajets entre 5 et 10km. Le reste des données peut-être trouvé ci-dessous.

Capture d’écran de l’Enquête mobilité 2019

Dès lors, avec ce développement appuyé depuis maintenant des années des mobilités douces, il n’est pas surprenant de voir que l’Eurométropole a changé de braquet par rapport à d’autres agglomérations. Selon l’enquête, elle se place en troisième position des agglomérations, en termes de ce qu’on appelle les « mobilités durables ». Bientôt un nouveau label à rajouter à la liste !

En conclusion, que nous disent vraiment ces premiers résultats ? Premièrement, l’usage de la voiture diminue un peu partout dans le Bas-Rhin et l’Eurométropole. Cela peut être lié à la part décroissante de jeunes ayant le permis, le développement poussé des mobilités alternatives comme le vélo ou le transport en commun ou encore des décisions administratives de piétonniser certaines artères à Strasbourg. Cependant, il ne faut pas négliger le fait que le volume des déplacements automobiles a beaucoup augmenté en seulement 10 ans, ce qui remet quelque peu en cause les partisans du « le vélo gagne du terrain ».

Ce qui est sûr néanmoins, c’est que notre rapport à la mobilité a évolué. On se pose désormais plus de questions sur nos modes de déplacement et sur ce que cela implique pour l’environnement. Strasbourg est une ville en mutation et le développement des mobilités douces accompagne cette évolution. Reste maintenant à trouver des solutions pour accompagner les automobilistes, pour ne pas juste les stigmatiser et les laisser sur le carreau…

3 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    Permettez-moi d’apporter une précision : la baisse de l’usage de la voiture est de 9 points entre 2009 et 2019. Soit une baisse de 19,56% (9/46).

    Pour rappel : l’écart entre pourcentages s’exprime en points (et non en %)

  2. « des solutions pour accompagner les automobilistes, pour ne pas juste les stigmatiser et les laisser sur le carreau »… les dernières décisions de l’Eurométropole et la pression sur les motorisations thermiques ne suivent guère ce schéma. J’attends avec curiosité non pas l’évolution des modes de transport privés, mais celle de la logistique nécessaire à l’Eurométropole, à ses habitants, et aux 4 millions de touristes annuels. Le retour des péniches, bateaux à fond plat et des charrettes à chevaux ? Le pousse-pousse a assistance électrique peut-être ?

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