Qui a dit que les festivals alsaciens n’étaient pas extrêmes ? Ce week-end, la 6e édition du Summer Vibration a secoué les champs de Sélestat. Avec une programmation de plus en plus prestigieuse, éclectique et transgénérationnelle, le plus gros festival de reggae alsacien fut mouvementé cette année encore. Du mercredi au dimanche matin, l’équipe organisatrice de l’association Zone51, tout comme les festivaliers, ont eu le droit à plusieurs ascenseurs émotionnels, notamment à cause de la météo, tantôt éthiopienne, tantôt jamaïcaine. Impossible de contester la diversité de la programmation, allant des légendes du reggae UB40, au rap authentique et passionné de Demi portion, en passant par le « blufunk » de Keziah Jones, les pionniers du Ska les Skatalites, la trance naturelle d’Highlight Tribe ou encore la dub bretonne de Stand High Patrol.

« On dirait que ça te gène de marcher dans la boue ! » Aux allures de woodstock ou d’une freeparty automnale, cette nouvelle belle édition du Summer Vibration s’est terminée dimanche, entre soleil caniculaire, averses et gadoue. La météo l’avait annoncé et les festivaliers l’attendaient avec une certaine impatience. La pluie est enfin tombée vendredi soir, mais avec l’orage et la foudre, contraignant les organisateurs d’annuler les derniers concerts du vendredi  pour des raisons de sécurité, poussant difficilement les derniers festivaliers les plus déterminés vers la sortie du site. Pourtant, le festival avait commencé tout autrement, sous un soleil de plomb.

Le site du festival ouvre ses portes à 15h. Il est un peu plus grand que l’année dernière. Certains sont un peu tristes de ne plus être accueillis par les stands de vêtements et de nourriture qu’on retrouve au fond du site cette fois. Place faite à des toilettes plus grandes, et de multiples points d’eau. Le festival se targue d’ailleurs d’avoir de nouveaux urinoirs féminins, réduisant considérablement la file d’attente pour les femmes.

Soirée musicale de « warm-up » sur le camping dès le mercredi

C’est sur un épisode caniculaire que le festival ouvre officieusement ses portes, mercredi 24 juillet. Les plus motivés des festivaliers, venant parfois d’un peu partout en Europe, s’installent les premiers sur le camping du Summer. Une scène musicale « warm-up » sous le chapiteau est mise en place, préludant une série d’événements spécifiquement prévus pour l’animation du camping, sans oublier les traditionnels jeux de l’équipe de Pelpass (passe-trappe, jeux de société etc), effectuant sa tournée annuelle des festivals.

Le lendemain jeudi, alors qu’à Strasbourg le record absolu de température est battu avec 38,9°C, à Sélestat aussi le soleil brûle au-dessus des têtes des festivaliers. La baignade dans l’Ill, affluant aux abords du festival, est tolérée et surveillée par des secouristes à l’affût. Le bar installé sur la rive s’est encore étendu cette année et une batterie d’animations y sont également prévues, même si certaines seront décalés sur le camping à cause de la chaleur. Le moindre espace d’ombre et de fraîcheur est traqué.

Le concert attendu du rappeur Demi Portion commence à 17h30. Il est une des cautions hiphop du festival, preuve que la programmation ne se cantonne pas qu’au Reggae. C’est assez tôt pour que les personnes travaillant la journée ratent son concert. Heureusement, il fera une deuxième apparition un peu plus tardive. Le temps du concert de Johnny Osbourne puis sur fond de Raggasonic, le reste du site se dévoile. Des tests de réalité virtuelle accompagnent un espace de repos avec des hamacs à l’ombre. Juste à côté, des brumisateurs soulagent les festivaliers, non loin d’un toboggan arrosé pour faire du glisse-ventre sur 25m.

« Eco-festival de niveau 2 » et grosse place aux partenaires associatifs

 Après le bar principal, on trouve une autre « chill-zone » où l’on peut déguster du vin et des thés du Jardin de Gaïa les pieds dans l’herbe ou installé dans des « bols de conversations ». Quelques concerts plus intimistes y sont parfois organisés. La nuit tombée l’espace se découvre onirique et illuminé de toutes les couleurs. On débouche sur un autre bar avec des bières spéciales avant d’arriver aux fameux stands de vente de vêtements et accessoires, et un espace de restauration avec de la nourriture issue de différentes régions dans le monde. Des associations comme Sea Shepherd ou Amnesty Internationales ont également leurs stands aux côtés d’autres associations, des artistes et du stand d’information des organisateurs, Zone 51. 

Le festival annonce une volonté éco-responsable avec « 55 actions concrètes visant à limiter l’impact environnemental du festival ». Certifié « éco-manifestation niveau 2 », plein de cendriers-sondage sont disséminés sur le site avec l’association Greenminded, le camping met en œuvre le tri (récompensé par des affiches) et distribue sacs poubelles et cendriers de poche, les boissons sont servies dans des éco-cups et pour les toilettes du camping, c’est de nouveau l’association Nigloo qui implante ses toilettes sèches. Tout le long du festival, une équipe « brigade verte » de bénévoles agissent pour nettoyer et gérer les déchets. Niveau grande scène et dubcorner (un sound système à l’interieur du bâtiment des Tanzmatten où passe essentiellement du dub, comme son nom l’indique), pas grand-chose de nouveau niveau configuration semble-t-il.

Sur la grande scène, le duo énergétique et engagé Raggasonic parle du type de cannabis qu’ils auraient inventé la « mory kush», au nom d’un des membres du duo, Daddy Mory. « C’est pas cher et c’est fort ma gueule ! » On ne sait pas si c’est une blague (probablement pas) mais, oui… vous êtes bien dans un festival de reggae, territoire relativement décomplexé vis-à-vis de la weed. D’ailleurs, ils entament une de leurs chansons phares : Il Faut Légaliser La Ganja. « Et on fait tout ça sans cocaïne ! » A la demande des artistes, quelques « producteurs locaux » déposent des pochons sur scène. « On ne veut pas des spliffs déjà roulés. On ne piège pas Raggasonic ! ».

Pourtant, contrairement aux apparences, c’est loin d’être central au festival. Certes, tout l’attirail de la consommation de cannabis est en vente sur place (sauf le produit illicite), mais tout comme dans sur internet, dans les autres festivals ou même dans les tabacs français. D’ailleurs quelques tabacs de Sélestat ont bien flairé l’affaire, proposant des promotions « pack festival » avec feuilles longues à rouler, briquet et cartons, à prix réduit… Et ils ne sont pas les seuls, les sandwicheries ou autres commerces non-loin du site du festival profitent aussi de l’afflux de festivaliers et affichent en grand leurs « offres spéciales ».

Retour aux concerts, comme souvent, des hommages à Bob Marleys sont régulièrement effectués plusieurs fois par scène, reprenant les airs u universels de One Love ou Jamming par exemple. Ils sont souvent entrecoupés de gimmicks et exclamations typiques du reggae comme « Pull Up ! » ou encore « Run da track Selecta ! ». Après Raggasonic, c’est au tour d’une institution du reggae comme le Summer Vibration à l’habitude d’accueillir : le mythique groupe Third World. Avec plus de 45 ans de carrières et quelques tubes extrêmement connus comme NOW THAT WE’VE FOUND LOVE, le groupe lance efficacement la « good vibe » du reggae classique, chaleureux et prenant, qui enveloppera la première soirée du festival alors que le soleil se couche et que la température commence à redevenir supportable.

S’ensuit le duo Jahneration, jeunes reggaemens français inspirés de hiphop US à l’instar des désormais célèbres Naâman ou Biga Ranx. Ils accueillent le rappeur Demi-portion qui revient sur scène le temps d’une chanson. La soirée se conclue sur le show de Stand Hip Patrol, accompagné de la chanteuse Marina P, malheureusement sans fond vidéo et sans les classiques, mais avec un nouveau projet très envoûtant, entre rubadub, soul et teintes psychédéliques. Fin des concerts, retour au camping avec after pour les plus courageux, sans savoir à quel degré ils souffriront le lendemain.

Le lendemain, rebelote, la chaleur et le soleil viennent réveiller les festivaliers aux aurores. Il fait tellement chaud que c’est difficile de faire quoi que ce soit, même des activités proposées sur le camping. Un documentaire français indépendant sur le reggae nommé Bleu Blanc Roots est diffusé sous le chapiteau en présence du réalisateur. Un beau panel d’artistes y sont présentés, dont certains figurant dans la programmation du festival. Après visionnage, on se rend compte du caractère populaire de ce genre musical, qui arrive à garder une belle scène underground. La France apparaît aussi comme un grand pôle du reggae mondial, comme si les Français en étaient réellement tombés amoureux. Peut-être est-ce dû aux valeurs régulièrement transmises par cette musique… Ou la proximité de la Jamaïque avec certains des territoires d’outre-mer.

Ce vendredi soir, c’est Taïro qui joue, fer de lance du reggae français qui a plongé toute une jeune génération dans le reggae. Il est suivi par des légendes internationales et pionniers d’un genre très particulier : The Skatalites. A eux tout seuls, ils sont un gros morceau de la riche histoire musicale jamaïcaine, en inventant et exportant le ska depuis leurs débuts en 1964 (!). Ils étaient accompagnés d’un autre pilier du genre, Stranger Cole.

C’est sur la fin de ce concert et le début de celui de Don Carlos  (autre figure légendaire du reggae, voire du mouvement rastafari et fondateur du groupe Black Uhuru) que l’orage éclate. De la pluie en festival ? Pff. Aucun problème ! « Singing in the rain » comme on dit. Et bien pas tant que ça tout compte fait. Les rafales à 70km/h et les éclairs en série ont eu raison de la fin de soirée, dont la programmation avait déjà été remaniée à cause de problèmes de transport. Un marécage se forme devant la scène et le champs se gorge de boue, le rendant parfois impraticable. Tous les espaces abrités sont envahis, notamment l’entrée du dubcorner, rempli à ras-bord de monde. Certains réussissent à s’infiltrer dans l’espace VIP, d’autres dansent sous la pluie, mais le chaos météorologique s’intensifie très vite. Les organisateurs sont contraints d’annuler la suite des concerts par sécurité, subissant les foudres de certains festivaliers peu compréhensifs.

Samedi, dernier jour du festival, sera celui de la pluie, mais certainement pas de la mauvaise humeur. Certains redoutaient de nouveaux orages, et quelques festivaliers décident de fuir le camping, couvert de boue. La grosse majorité reste et la tête d’affiche UB40 verra son concert remplir quasiment la totalité de l’immense champs de la grand scène. Auparavant, les anciens de Zebda, Mouss & Hakim, proposent une version remaniée en sound-system de leur tube « Motivés ». Ensuite, c’était le talentueux Keziah Jones qui débarque pour la caution éclectique de la journée à coup de riffs sévères et groovy.

Après UB40, la pluie revient par moment, mais ne gâche pas toujours la fête. La boue, on s’y fait. L’Ensemble National de Reggae et quelques performances pyrotechniques prévues sont interrompues et reportées. Le temps d’une accalmie, les anciens grenoblois de Sensimilia prennent la scène et l’enflamment avec une joie et bonhomie contagieuse, sautillant sur scène les pieds dans l’eau. Le public est trempé, mais se maintient en place grâce à la force du groupe, et l’attente d’Highlight Tribe, un groupe francophone célèbre du milieu psytrance qui clôture le festival. C’est au réveil difficile et aux chaussures trempées et pleines de boues que les festivaliers quittent le campement le lendemain matin, mais avec le sourire aux lèvres.

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