Des observateurs que l’on entend rarement : quatre photoreporters strasbourgeois, couvrant le mouvement de lutte contre le GCO depuis deux ans au minimum, tentent de proposer une nouvelle approche de ce sujet politique alsacien plus que controversé. Ce soir à 19h au CEAAC, un vernissage au programme assez dense leur permet d’ouvrir un autre regard sur ce projet d’autoroute et les luttes militantes qui tournent autour… tout en lançant un nouveau collectif de photographes nommé « mise au poing« .

Vie et évacuation de la ZAD de Kolbsheim, grèves de la faim, déboisement, début de travaux,  manifestations diverses sur le chantier ou dans les rues de Strasbourg… ces derniers mois, l’actualité autour du GCO (un projet d’autoroute controversé nommé grand contournement ouest) s’est accélérée. En partenariat avec une graphiste Sarah Lang et un artisan sérigraphe Fathi Khémissi, les photographes Sophie Dupressoir, Christoph de Barry, Abdesslam Mirdass et David Geiss reviennent sur des « temps forts de la lutte contre le GCO », sur 12 images documentaires, transformées en affiches sérigraphiées. Il est moins question ici de débattre sur le pour ou le contre du Grand Contournement Ouest, mais plus d’aborder l’approche et la sensibilité de ces photographes sur un mouvement qu’ils ont couvert depuis de nombreux mois/années, au travers d’œuvres photographiques documentaires transformées en affiches artistiques.

Photo: doc remis @Christoph de Barry/miseaupoing

Objectif : conjuguer journalisme et créativité en donnant une dimension plus artistique à leur travail documentaire

Pour Christoph de Barry, l’un des photographes du collectif, cette exposition, c’est « un espace de respiration et de liberté » dans son travail quotidien d’observateur du terrain. « C’est notre manière de participer au mouvement, en revalorisant nos archives. D’habitude on est astreint à la neutralité de par la nature de notre travail. On ne va pas crier les slogans dans les manifestations par exemple. Sur le terrain, on a tous une approche documentaire. On prend et on diffuse des photos sur ce qui se passe autour de cette lutte, qu’on vend généralement à la presse. Dans le cadre de cette exposition, on sort de ce cadre de document d’actualité pour proposer un travail plus artistique et universel.»

L’exposition veut exposer 12 photographies qui « rendent compte du mouvement ». Chaque image est légendée, datée et explique le contexte. L’approche documentaire reste, mais elles ne sont pas présentées dans l’ordre chronologique. L’exposition raconte son histoire propre. « Au delà d’informer, on cherche à intéresser le public. On se sent souvent moins concerné ici à Strasbourg, parce que l’autoroute ne passe pas à côté de chez nous, le paysage qui change, on ne le voit pas. »


Photo: doc remis @Christoph de Barry/miseaupoing

« On veut aussi valoriser des archives qui n’ont pas été publiées à part sur nos réseaux sociaux. »

L’exposition de ce soir ne s’arrête pas à un simple vernissage traditionnel. La première affiche de la série sera sérigraphiée en live sur place. Plusieurs autres créations seront présentées: comme un montage sonore d’extraits de pro et anti-gco, mis en perspective avec un diaporama d’autres photos, mais aussi une série photo sur Germaine, la doyenne des opposants, ou encore la projection de vidéos des moments fort du mouvement, dont un retour sur les initiatives de la metteuse en scène Claire Audhuy qui a abordé de manière critique ce projet d’autoroute, par exemple via des « die-in » au rythme du déboisement des travaux, ou encore en mettant en opposition les noms des lieux sujets aux travaux, face aux noms techniques donnés dans les dossiers d’ARCOS (la filiale de Vinci en charge d’une bonne partie des travaux), donnant lieu à un parallèle sémantique incisif.

La lutte des militants écolos locaux contre le GCO semble s’affaisser suite à quelques échecs judiciaires et l’avancée rapide des travaux. Les principaux recours judiciaires des associations contre les travaux ont été déboutés. Des opposants au projet passent régulièrement devant le tribunal pour leurs actions militantes. Ce mercredi par exemple, trois d’entre eux seront jugés pour avoir décroché des portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies. Les associations et collectifs environnementaux se réuniront devant le tribunal ce mercredi. Pour ce qui est de l’exposition, elle est éphémère sur quelques heures ce soir, mais d’autres dates sont déjà en discussion, la prochaine est fixée au 29 janvier à Ranrupt, lors d’un petit festival engagé local nommé « En Rut ».


Soirée de lancement de l’Exposition Grand Contournement

Par les membres du collectif miseaupoing

Ce lundi 24 juin de 19h à 23h

Au CEAAC – Centre européen d’actions artistiques contemporaines, Rue de l’Abreuvoir, Strasbourg

Photo de couverture: doc remis – Sophie Dupressoir & Sarah [email protected]

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