Le camp de demandeurs d’asile des canonniers a été démantelé ce matin. Une grande partie des 150 personnes qui y vivaient ont été amenées vers un gymnase où des services sociaux traitent leurs dossiers. Des hébergements seront accordés à ces personnes, mais ceux-ci seront souvent temporaires.

La rumeur courait depuis quelques jours, et elle s’est concrétisée en cette matinée du mardi 18 juin. Vers 8h, des camionnettes floquées Eurométropole arrivent en nombre au camp des Canonniers dans le nord du Neuhof. Le démantèlement va commencer. Environ 150 personnes, dont beaucoup de familles avec des enfants, principalement originaires d’Europe de l’Est, y vivaient depuis deux mois et demi, en attendant une régularisation de leur situation.

Sur le trottoir, à côté des camionnettes, des dizaines de personnes s’agitent avec leurs sacs remplis de tout ce qu’ils possèdent comme affaires. Des questions fusent dans diverses langues : russe, géorgien, albanais. « On ne sait pas ce qui va se passer. Normalement, on devrait avoir un hébergement, mais on ne sait pas pour combien de temps » déclare Gilaj Heledan, un demandeur d’asile albanais, les traits tirés.

Des logements à Strasbourg ou ailleurs

Chaque personne ou chaque famille est emmenée en camionnette, avec ses affaires, dans un gymnase qui se trouve à environ 2km, le Centre Sportif Sud. Durant 2 jours, les services de la préfecture examineront chaque cas individuellement. Progressivement, ces migrants seront dirigés vers des logements, parfois en dehors de Strasbourg, voir dans d’autres régions.
Impossible d’accéder au gymnase, « surtout pour un journaliste », s’exclame une agente du service de la ville qui s’occupe du démantèlement. Les membres des collectifs et associations qui soutiennent les demandeurs d’asile depuis plusieurs semaines en leur apportant à boire, à manger ou encore des coups de pouces administratifs sont aussi froidement refoulés.

Gérard Baumgart, membre du collectif Canonniers qui s’est formé spécialement pour venir en aide à ce camp, est loin d’être rassuré : « Rien n’est réglé temps que ces personnes ne sont pas régularisées. Ces hébergements sont souvent éphémères donc la situation va se répéter. » Pourtant, en théorie, pendant le traitement de leur demande d’asile, les migrants ont droit à un logement.


Aucune certitude pour l’avenir

Marie-Dominique Dreyssé, adjointe à la solidarité du maire de Strasbourg est présente également. Elle explique que « cette situation problématique est causée par la politique de l’Etat. Pour avoir une situation viable, il faudrait bien plus de créations de places d’hébergement, et évidemment plus de régularisations de situation. Il ne faut pas non plus oublier que certains individus ont probablement quitté le camp avant qu’on arrive parce qu’ils se savent en situation de clandestinité. »

Les personnes du camp des Canonniers provenant d’Europe de l’Est, pays considérés comme sûrs par la France, il est très difficile pour elles d’obtenir le statut de réfugié suite à la demande d’asile. Gilaj est débouté par exemple. Il est censé quitter la France mais il a décidé de contester la décision. Une procédure juridique est en cours. Ouvertement menacé de mort dans son pays par son beau-frère, il préfère encore vivre dehors en France que de rester en Albanie. Gilaj et sa famille n’ont aucune certitude de ne pas être expulsés dans les semaines ou mois qui viennent. Avant d’entrer dans la camionnette de la ville, il lance « je suis fatigué, mais j’ai du courage, c’est ce que nous avons de plus fort ici. »

La politique de l’Etat, une fois de plus mise en cause

Dans un communiqué diffusé pour l’occasion, le collectif des Canonniers, se veut très critique quant au rôle de l’Etat : « on s’interroge sur la qualité de l’hébergement qui sera proposé : Est-ce que ça sera une histoire de quelques jours, ou un hébergement durable et de qualité ? L’Etat a gravement dérogé à ses obligations vis-à-vis des habitants du camp des Canonniers ». Le collectif interpelle également Roland Ries, le maire de Strasbourg : « Pourquoi avoir attendu plusieurs semaines pour installer un point d’eau pour ces nombreuses familles, alors qu’un raccord d’eau se trouvait à quelques mètres du campement ? Allez-vous à nouveau clôturer le secteur comme vous l’avez fait au Quai de Malte suite à un autre démantèlement ? Les migrants doivent avoir un point de chute quelque part en attendant que l’Etat les prenne en charge. »

Les camionnettes s’enchainent à l’entrée du gymnase. Une nouvelle étape va commencer pour ces personnes. Elles espèrent évidement ne pas être contraintes de revivre dehors dans quelques semaines, comme ça a été le cas pour d’autres…

 >> Photos et texte de Thibault Vetter <<

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