Dans le cadre de la sortie du film « Les Crevettes Pailletées », nous avons rencontré Cédric Le Gallo l’un des réalisateurs de cette comédie délurée, ainsi que la joyeuse bande d’acteurs qui y joue. C’est à l’hôtel Boma à l’heure du petit-déjeuner que je rejoins le groupe survolté. Ses membres dégagent une sorte d’énergie positive communicative et on s’aperçoit vite que leur côté sans filtre, libre et insouciant, n’est pas seulement un rôle dans un film, mais fait réellement partie de chacun d’entre eux. Le moment est agréable et léger, on resterait bien un peu plus avec cette bande qui nous fait naturellement ressentir, qu’avec eux on peut être qui l’on veut.

Pour les Crevettes Pailletées , tu t’es inspiré de ta propre équipe de water-polo, qu’est-ce qui t’as donné envie de faire un film à propos de ça?

Cédric Le Gallo : Pour ma part, c’est mon premier film. C’est le troisième pour Maxime avec qui je l’ai écrit et co-réalisé. Le water-polo a vraiment changé ma vie, je n’étais pas malheureux avant, j’avais des amis et tout, mais c’est une deuxième famille, avec beaucoup d’amour, beaucoup d’entraide, aucun jugement. C’est un espèce de petit cocon où on peut être qui on veut, on peut être extravagants, se déguiser, faire les cons. Quand on est ensemble, on a l’impression d’avoir 14 ans et on fait beaucoup de voyages. C’est les gens que je vois le plus (à part l’équipe du film actuellement). Mes coéquipiers je les vois toutes les semaines, les week-ends, en tournoi, en voyage. Je les vois plus que n’importe qui. C’est surtout un univers qui brasse des gens de 20 ans à 60 ans, avec des personnalités très différentes, donc c’est assez cinématographique d’avoir une bande comme ça avec des « personnages » aussi divers et hauts en couleur. Je me suis dit: « Faut qu’on en fasse un film ».

Roland Menou : On en peut plus du « hauts en couleur ».

Michaël Abiteboul : On en peut plus non plus des guillemets (rires).

Crédit photo : David Levêque

Et vous qu’est-ce qui vous a donné envie de faire partie du film?

Roland Menou : Le water-polo (rires). Non je ne sais pas, la confiance, le rôle.

Geoffrey Couët : Travailler en groupe. On est neuf comédiens, neuf rôles principaux. Je trouve ça assez stimulant de rencontrer huit univers différents et de construire des scènes à beaucoup. C’est plus compliqué mais c’est un défi assez génial. Je trouve que c’était chouette.

Michaël Abiteboul : Moi c’est hyper simple, quand on me parle d’un scénario qui s’appelle « La Revanche des Crevettes Pailletées » sur une équipe de water-polo gay en route pour les Gay Games, je me dis :  » On ne me reproposera sans doute jamais ça dans ma vie, c’est inratable. » Quelque soit le risque, l’aventure se tente. C’est hyper stimulant, l’histoire est excitante. Je pense qu’il y a des acteurs qui n’ont pas voulu y aller par crainte du risque. Ce risque pour moi est inratable. Si je n’y étais pas allé je l’aurais regretté, que le film soit un succès ou non. Le défi de faire du water polo, d’apprendre ça pendant des mois, de vivre avec, d’être ensemble, hors film, pendant le film, et maintenant cette amitié qui se passe après le film, qui est une heureuse surprise, oui ça donne envie.

Félix Martinez : Une chose que je me suis dite à la lecture du scénario et que j’aimais beaucoup, c’est d’avoir un film qui prend des héros homosexuels, mais dont l’homosexualité n’est pas le sujet en soi du film. Je crois que c’est assez rare, et ça permet de banaliser un peu l’homosexualité. C’est assez chouette.

Crédit photo : David Levêque

Ça s’est passé comment entre vous sur le tournage?

Cédric Le Gallo : C’était un bordel, c’est super dur, comme disait Geoffrey ce ne sont quasiment que des scènes de groupes. On a privilégié en plus les plans séquences car c’est une écriture qui nous plaisait. Ça donne un petit côté documentaire comme ça. Il fallait que tout soit coordonné parfaitement et en terme de placement il ne fallait pas qu’ils se gênent, mais il ne fallait pas que ça semble trop posé non plus. Pareil quand ils parlent, il ne fallait pas que ce soit le bordel, mais pas non plus qu’ils s’attendent, ça n’aurait pas été naturel. C’est d’ailleurs pour ça qu’il y a très peu d’improvisation dans ces séquences-là parce qu’il est impossible à neuf de sortir du cadre. Ce qui était difficile, c’était également de filmer du sport. Du water polo ça l’est d’autant plus car c’est dans l’eau. Les caméras étaient à la fois dans l’eau et hors de l’eau, puis il y a des équipes adverses aussi. Pour eux, c’était très dur parce que c’est un sport où on a pas pied, c’est un sport de contact, de combat même. Très physique. Un match de water polo c’est 4 fois 8 minutes, c’est relativement court mais c’est épuisant. Il faut réaliser qu’une journée de tournage c’est 8 heures et ils n’avaient aucune doublure. Donc tout ça fait que oui on a eu des fous rires extraordinaires sur le tournage mais on était aussi épuisés. D’ailleurs, on a eu des fous rires, parce qu’on était épuisés.

Geoffrey Couët : Y a un truc sur le fait de jouer à plusieurs, j’ai entendu une interview de François Ozon, qui parlait de Fanny Ardant quand elle avait joué dans « Huit femmes ». Au début elle avait refusé en disant : « Je n’ai pas envie de me retrouver avec un troupeau de vaches ». Et nous, 9 mecs, , je pense qu’au début on se regardait à la fois avec quelque chose de respectueux, de pudique, et avec beaucoup d’envie, puis après on a réussi à trouver cette symbiose à plusieurs.

Cédric Le Gallo : Surtout qu’ils viennent d’univers extrêmement différents.

Michaël Abiteboul : Certains ne se connaissaient et d’autres pas, mais de toute façon les deux mois d’entraînement de water polo qu’on a fait avant le tournage nous ont déjà liés. Bien sûr que ça n’a pas été simple, neuf comédiens, deux réalisateurs. Mais dans cette complexité il y a eu une recherche constante d’amélioration, de ne pas se noyer, de trouver le bon dosage. Ce qui fait je crois la sincérité de ce film. Je l’espère.

Crédit photo : David Levêque

Tu disais : « J’ai envie que lorsque le public sorte de la salle de cinéma, il ressente l’envie de partir avec nous ».

Cédric Le Gallo : Oui c’est vrai. Le road trip est très important. Moi c’est un truc que j’adore voir au cinéma, dans  » Little Miss Sunshine », par exemple ou « Priscilla ». C’est une aventure et c’est une aventure qu’on peut tous faire. Prendre une bagnole et aller sur les routes. Sur la route, il se passe toujours quelque chose, c’est pour ça que la partie du road trip est très conséquente dans le film.

Le bus est sympa aussi. Vous avez vraiment fait ça du coup? Traverser l’Europe en bus tour parisien?

Cédric Le Gallo : Oui, il n’y a pas de fond vert, tout est réel. On a pas vraiment fait le trajet Paris-Croatie. Mais on est passé dans la région entre Strasbourg et Mulhouse. Vos paysages sont très variés et ressemblent beaucoup à ce qu’on va retrouver entre Paris et la Croatie. En terme de richesse de paysages. On a fait plein de routes dans votre région, on a même bloqué une autoroute une fois, on avait pas le droit, (rires). On a pu donner l’illusion de traverser l’Europe tout en restant basé ici.

Geoffrey Couët : C’est beau quand même la magie du cinéma, parce que tout le monde nous dit : « Le bus ça avait l’air génial ». Alors que concrètement, en-bas ça sentait l’essence, on ne s’entendait pas. En haut on manquait de passer par dessus bord. Et le bus prenait l’eau. Un jour, on s’est pris une tempête c’était le Titanic, l’eau sortait par les hauts-parleurs qui refonctionnaient le lendemain étonnamment. Très étrange. Un soir de Coupe du Monde d’ailleurs.

Michaël Abiteboul : Le chauffeur a beaucoup de mérite de nous avoir ramenés en vie. On a du abandonner le bus en Croatie, on ne pouvait pas le ramener. C’était le camion de l’enfer. Le producteur a essayé de me le revendre le dernier jour de tournage mais j’ai eu l’intelligence de dire non.

Cédric Le Gallo : On est quand même allé en Croatie avec, c’est-à dire qu’on a pas tourné toute la route , mais on l’a amené en Croatie, pour filmer le pont, toutes les scènes avec la piscine gonflable… Ce qui était un énorme challenge. Malheureusement on a dû le laisser là-bas, alors qu’on voulait le ramener pour faire la promo en bus.

Félix Martinez : Il y a quand même eu à la fin de ce tournage une tentative de brûler ce bus afin de récupérer l’argent de l’assurance (rires)

Michaël Abiteboul: Ça c’est vraiment entre guillemets alors hein !

Cédric Le Gallo : Ça c’est même rayé!

Geoffrey Couët : Le bus est nommé en meilleur espoir masculin pour les Césars 2020 et ça ça fait vraiment plaisir.

Crédit photo : David Levêque

Vous devez avoir des anecdotes assez drôles qui se sont passées sur le tournage.

Michaël Abiteboul : Sexuelles ou autre?

Cédric Le Gallo : Des anecdotes y en a plein, chaque jour y en a 12. Chaque jour était un challenge, car on changeait de décor continuellement, de costumes, de situation. Il n’y a jamais eu de confort , on ne s’est jamais habitué à un décor. C’était dur. Une des plus belles scènes, c’est celle de la fête qu’on a tourné dans les Bains de Mulhouse. C’était particulièrement émouvant pour moi, car les vraies Crevettes, sont venues faire de la figuration dans cette piscine. Qui elle aussi est un challenge puisque je crois qu’à l’écran la scène dure sept minutes et on a réussi à la boucler en une journée. Au cinéma ça n’existe pas. D’habitude, c’est deux minutes tournées par jour, mais on arrive jamais à sept minutes tournées en une journée. Il y avait des scènes qui se passent dans l’eau, des plans séquences, énormément de figuration. En plus de ça c’était une scène de fête, donc un challenge technique assez incroyable. Et sept minutes utiles en une journée c’est beaucoup. On avait une double équipe. C’était fou. On a beaucoup prié pour rentrer cette scène et finalement à 20 h on avait tout ce qu’il fallait.

Geoffrey Couët: On peut rendre hommage aux figurants qui ont joué le jeu de ouf, entre les costumes, danser de manière hyper désinhibée, très corporelle, sexuelle. Lâcher prise. Ils ont tenu toute la journée alors qu’il faisait 400 degrés pour ceux qui n’étaient pas dans l’eau. 13 degrés pour ceux qui étaient dans l’eau. Et je ne te dis pas pour ceux qui étaient en latex. Quand t’as autour de toi 150 personnes qui font semblant de s’éclater, qui jouent le jeu, t’as pas grand chose à rajouter, parce que déjà quand tu rentres dans le lieu, tu as l’impression d’être à une vraie fête.

Cédric Le Gallo : Puis il ne faut pas oublier qu’on avait pas le budget pour faire ce film, à priori il fallait le double pour le faire confortablement. Il y avait beaucoup d’envie mais beaucoup de doutes aussi. La région a beaucoup aidé et c’était super, il faut le souligner.

Félix Martinez : Y avait beaucoup de pd?

Cédric Le Gallo : Non la région a beaucoup aidé… Moi je fais les liaisons. Mais c’est vrai que la scène de la piscine est dingue. Dans les retours qu’on a tout le monde veut savoir où se passe cette fête et veut y aller.

Si vous pouviez organiser votre propre festival de cinéma façon Crevettes Pailletées?

Cédric Le Gallo : Un de mes rêves ce serait de faire une projo dans une piscine. Pendant le tournage on s’est dit que ce serait génial de projeter le film sur un écran avec tout le monde dans des fauteuils gonflables.

Ils l’ont fait à Strasbourg, avec les Dents de la Mer.

Cédric Le Gallo : Ça c’est génial ! Si on pouvait projeter dans une piscine, et en plus dans le lieu où on a tourné qui est sublime et finir en pool party comme dans le film, ce serait assez génial. Comme le film est très excessif, un endroit atypique comme celui-là ce serait parfait. Il est sublime en plus, on a tous halluciné, tout est beau, la moindre poignet de douche est magnifique. Cet endroit est dingue, j’en suis tombé amoureux.

Félix Martinez : Il y a plein de petites cabines, alors ça c’est parfait (rires).

Ce doit pas être simple d’organiser une vraie fête dans un endroit comme ça.

Cédric Le Gallo: Avec les vraies Crevettes, on fait des fêtes partout. On transforme des endroits, on se déguise.

C’est ton premier film, tu voulais transmettre un message à travers ce dernier?

Michaël Abiteboul : Fais du water-polo ! (rires).

Cédric Le Gallo : L’idée c’est vraiment un hymne à l’amitié, une déclaration d’amour à mes amis. Et c’est assez amusant de voir qu’une histoire personnelle finalement est très universelle. Quand on voit les gens qui viennent pendant cette tournée ça va de 7 ans à 95 ans. On a un gros succès auprès des mamies par exemple qui sont complètement hystériques par rapport au film. C’est très étonnant. Les valeurs sont très universelles et vont bien au-delà de l’homosexualité, c’est la liberté, l’amitié. Je ne pensais pas toucher un public aussi large donc ça j’en suis content. Et après d’un point de vue sous-jacent, ça prône la tolérance, toute forme de tolérance. Au-delà de l’homophobie, je voulais aussi montrer que parfois il peut y avoir des tensions au sein même de la communauté LGBT. On est pas que des bisounours, il y a aussi de la lesbiennophobie, de la transphobie, et c’était important de montrer que ça existe, qu’il faut la combattre. Que cette peur de l’autre est en chacun de nous. Après tout ça est enveloppé dans une comédie qui fait que je ne qualifierais pas le film de militant, mais de manière plus masquée, il transmet des messages de tolérance.

Félix Martinez : Mais Cédric arrête moi si je me trompe mais il y avait quand même une envie que ce ne soit pas un film qui se cantonne à un public LGBT. Qu’il soit le plus grand public possible.

Cédric Le Gallo : Oui bien sûr, il y avait la volonté du grand public mais ce qui m’a étonné c’est l’hétérogénéité du public. La tranche d’âge hyper large, les profils hyper différents. Les mamies ça m’a surpris. Il y en a qui nous ont dit à l’Alpes d’Huez : « On s’est trop identifiées à nos groupes de copines, on va essayer de vraiment en prendre soin. » Et je trouve ça génial que des mamies de 80 ans s’identifient aux Crevettes Pailletées. C’est fou, et tant mieux. C’est qu’au delà des sexualités elles ont vu des personnages touchants.

Crédit photo: David Levêque

La scène où vous vous déguisez et où vous faites un playback sur Céline Dion et Garou est énorme aussi.

Cédric Le Gallo : Il suffit de le faire!( rires). Ça c’est un truc qu’on fait vraiment par exemple dans la réalité, ce genre de délire. Dans un resto, on met une robe, une perruque et on se met à chanter. Et surtout « Sous le vent » c’est la bande originale de notre vie, on la fait tout le temps.

Michaël Abiteboul : C’est vrai que si à la fin du film les gens se disent : « On a envie de partir avec eux, on a envie que ce soit nos potes ». Nous on est contents. Il y a une partie du boulot qui est faite.

Cédric Le Gallo : C’est vrai qu’on a déjà ça en nous, cette envie d’exubérance, mais en plus on a le groupe qui permet de le faire. Tout seul on ne serait pas aussi exubérants mais on est entourés de gens qui nous incitent à être qui on veut.

Félix Martinez : On s’est entraînés avec les vraies Crevettes pailletées et finalement dans le film on est moins exubérants qu’ils ne le sont dans la réalité. C’est a dire que Maxime Govare disait parfois à Cédric: « Bon là on baisse le curseur sinon on ne va plus y croire du tout. » Alors que la réalité est beaucoup plus folle que le film.

Cédric Le Gallo : Ça les gens ont du mal à le croire. Tu vois le passage de Fred qui a des tenues complètement dingues, bah on est beaucoup à être des Fred dans l’équipe. On est 4, 5 à avoir plus de costumes que de vraies fringues dans nos armoires et nos valises. (rires).

>> Propos recueillis par Emma Schneider<<

Merci aux Crevettes Pailletées, à l’équipe de l’UGC, de l’hôtel Boma et à David Levêque pour les photos.

2 COMMENTAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here