La semaine dernière, Delphine de Vigan était à Strasbourg, afin de présenter son roman « Les Gratitudes » à la Librairie Kléber. Nous l’avons rencontré au lendemain de sa séance de dédicaces, dans le petit salon de l’hôtel Cathédrale, pour une interview à bâtons rompus. Elle nous a parlé de son sublime dernier ouvrage mais aussi de sa carrière, de ses projets et de sa façon de concevoir ce métier.

« Les Gratitudes » est un court et poignant ouvrage qui nous rappelle l’importance de dire merci, d’exprimer sa gratitude à ceux qui ont comptés avant qu’il ne soit trop tard. Pas ce « merci » galvaudé que l’on distribue sans compter à longueur de journée. Non, un vrai merci. L’expression de notre reconnaissance.

Le livre parle de Michka, cette adorable mamie qui commence à perdre les mots, à les mélanger, à les oublier. Installée dans une Ehpad , « son monde s’est rétréci à un «petit » goûter, une « petite » visite, un « petit » avenir, où le quotidien fait souvent offense à la femme indépendante qu’elle était ». Ancienne reporter puis correctrice, les mots « fuitent » à l’arrivée du grand âge, au moment même où l’on aurait besoin d’en avoir le plein usage pour exprimer à ses proches tout ce qu’on n’a jamais pris le temps de leur dire. Dans le livre, Jérôme l’orthophoniste cite ce passage particulièrement touchant: « Quand je les rencontre pour la première fois, c’est toujours la même image que je cherche, celle de l’Avant. Derrière leur regard flou, leurs gestes incertains, leur silhouette courbée ou pliée en deux, comme on tenterait de deviner sous un dessin au vilain feutre une esquisse originelle, je cherche le jeune homme ou la jeune femme qu’ils ont été. Je les observe et je me dis : elle aussi, lui aussi a aimé, a crié, joui, plongé, couru à en perdre haleine, monté des escaliers quatre à quatre, dansé toute la nuit. Elle aussi, lui aussi a pris des trains, des métros, marché dans la montagne, bu du vin, fait la grasse matinée, discuté à bâtons rompus. Cela m’émeut de penser à ça. J’aime voir des photos d’eux quand ils fixaient l’objectif sans avoir la moindre idée des dommages qu’ils allaient subir-ou quand cette idée n’était que pure théorie- quand ils se tenaient droits et n’avaient pas besoin d’appui. »

Votre premier ouvrage « Jours sans Faim » était un roman autobiographique, vous avez enchaîné avec « Rien ne s’oppose à la nuit » qui parle de la bipolarité de votre mère. Est-ce que l’écriture a quelque chose de thérapeutique pour vous?

Delphine de Vigan : Non, déjà pour moi « Jours sans faim » est une fiction autobiographique. Je me définis comme un auteur de fiction. Après ce premier livre j’ai écrit deux ouvrages de fiction justement, qui s’appellent « Les Jolis Garçons » et « Un soir de décembre ». Mes deux livres à teneur effectivement autobiographique sont « Jours sans faim » et « Rien ne s’oppose à la nuit ». Mais ce dernier est plutôt un livre biographique, qu’autobiographique, puisque c’est surtout la vie de ma mère que j’ai retracé. Je ne crois pas que l’écriture soit thérapeutique, on écrit pas pour se soulager de quelque chose. Un livre comme « Jours sans faim », c’est un livre que j’ai pu écrire car j’avais pris toute la distance nécessaire par rapport au sujet et sans cette distance l’écriture n’est pas possible. En fait, lorsqu’on écrit, avec l’idée qu’on va être publiée, ce qui est mon cas, car j’ai la chance de l’être, il y a un travail de censure qui s’opère. Il y a plein de choses que je n’ai pas dites dans ces livres, parce que ça me semblait trop sombre, trop indiscret, ça me semblait aller trop loin. D’ailleurs, chacun met le curseur où il veut. Mais ne serait-ce que pour ça l’écriture n’est pas thérapeutique. Il y a l’écriture pour soi, ça a été mon cas, j ‘ai tenu un journal intime pendant très longtemps. Cette écriture-là sans aucun doute m’a aidé à me construire, mais elle n’est pas destinée à être lue. Le roman ou l’écriture littéraire, c’est avant tout un travail sur la langue, chercher à accéder à quelque chose d’universel, pour moi ce n’est pas thérapeutique.

« Jours sans faim », a d’abord été écrit sous un pseudo, qu’est-ce qui vous a décidé plus tard à le rééditer sous votre vrai nom?

Delphine De Vigan : Je l’avais écrit sous pseudonyme pour différentes raisons. A l’époque je travaillais encore en entreprise et ça me semblait plus simple de distinguer mes deux vies. C’était une manière de faire un peu la part des choses. C’était lié aussi au fait que ce livre ait un aspect autobiographique. Plus tard, pour mon deuxième livre, on s’est posés la question de garder le pseudonyme, puis j’ai choisi d’écrire cette fois-ci avec mon vrai nom. Par la suite, un éditeur m’a proposé de reprendre « Jours sans faim » et de le publier sous mon vrai nom, et là le temps avait passé, j’avais envie d’assumer totalement ce roman comme les autres et de le reprendre à mon compte.

Dans « les Gratitudes », y a t-il aussi une part autobiographique ou pas du tout?

Delphine De Vigan : Cette question me semble assez artificielle, je sais que ça occupe beaucoup les lecteurs et souvent les journalistes, mais c’est fabriqué de dire que c’est autobiographique ou que ça ne l’est pas. Tout est autobiographique et rien ne l’est d’une certaine manière. Je milite beaucoup pour cette idée que les frontières sont beaucoup plus floues que ce que l’on pense. D’abord, je ne crois pas au récit, je ne crois pas qu’on puisse raconter sa vie. Quand on raconte sa vie, on la transforme forcément, la mémoire et l’écriture sont des fabriques de fictions de toute façon. Donc même quand on cherche la vérité, ce qui est mon cas, dans « Rien ne s’oppose à la nuit »; la vérité que je recherchais, celle de l’histoire de ma mère, était inaccessible. J’ai forcément comblé des trous, refabriqué des choses, j’ai choisi une version plutôt qu’une autre. Parce que quand on interroge les gens, ils ne vous racontent pas tous la même histoire, et en ça c’est une fiction. Maintenant de savoir si le livre est autobiographique ou non? Non, cette histoire de Michka n’est pas autobiographique, je ne connais pas cette femme et je ne suis pas Marie. Mais bien-sûr que si j’écris un livre comme ça, c’est que quelque chose probablement, qui m’est arrivé ou que j’ai vu ou qui m’a touchée, m’a conduit à écrire ce livre. Cette question de la gratitude, cette idée que quelqu’un peut changer vraiment votre destin, c’est une question qui me concerne, qui m’a concernée. C’est comme les « Heures souterraines », moi-même j’ai connu une situation difficile dans mon travail mais ce n’est pas la mienne que j’avais envie de raconter, j’avais envie d’écrire un livre qui soit plus universel, qui soit plus exemplaire, de ce que peut-être la souffrance au travail. Et donc j’ai fait des recherches, j’ai interviewé des gens qui avaient été harcelés. Là c’est pareil, Michka est un archétype de vieille dame. Elle est sans doute inspirée des vieilles dames que j’ai connues. De même que quand je décris l’entreprise dans un roman, je la décris avec ce que j’en connais, et ce que j’en connais c’est que j’y ai travaillé pendant 20 ans, mais c’est pas pour autant que le livre est autobiographique.

Dans les Gratitudes, il y a des passages où Michka cauchemarde d’une directrice d’Ehpad glaciale et autoritaire. Est-ce une manière de faire un rapport avec son passé? La période de guerre qu’elle a vécue pendant son enfance? Elle l’imagine souvent comme si la directrice l’espionnait, la surveillait, un peu comme sous une dictature.

Delphine De Vigan : Oui c’est vrai, c’est un rapprochement qui est intéressant. Pour moi la méchante directrice, incarne toutes ses peurs. Ses souvenirs et ses peurs. Dans ses souvenirs, effectivement il y a ceux de la guerre et d’une menace obscure qui a pesé sur elle enfant. On apprend que ses parents ont été déportés … Mais pour moi la méchante directrice, incarne aussi la société d’aujourd’hui, cette injonction qui nous est faite, d’être rentables, d’être performants, et qui pèse beaucoup sur les vieux. Ils se retrouvent à un moment donné à la retraite et parfois pour de très longues retraites, sans doute dans un grand sentiment d’inutilité, de non-rentabilité. Donc pour moi, la directrice incarne les peurs passées de Michka et en ça une sorte de pression qui vient de la guerre et en même temps ses angoisses actuelles, c’est-à dire de se retrouver comme un corps qui pèse, comme un poids mort dans une institution à laquelle elle ne rapporte rien.

Et vous, avez-vous peur de vieillir ?

Delphine De Vigan : Oui, sans doute comme tout le monde. Mais j’ai surtout peur de la dépendance, c’est peut-être ça qui nous effraye le plus dans la vieillesse. Je ne peux pas dire que vieillir me passionne, mais à l’âge que j’ai je sens bien déjà l’idée d’un chemin, et de ce qu’on peut aussi gagner avec le temps qui passe. On perd des choses mais on en gagne, heureusement. En revanche, ce qui est moins séduisant je dois dire, c’est effectivement l’idée de la dépendance physique ou morale. De se retrouver comme ça du jour au lendemain dépossédée. D’être obligée de retrouver la vie en collectivité, de ne plus être maître tout à fait de son destin. Ça m’effraye beaucoup oui.

Dans les Gratitudes, on voit Michka qui perd ses mots, qui les oublie. C’est assez terrible, car elle s’aperçoit que les mots lui échappent. Et en plus c’était quelqu’un pour qui les mots…ils ont une importance pour tout le monde…mais je pense que par rapport à son travail de reporter, c’était peut-être d’autant plus important pour elle. Est-ce que ce n’est pas la pire crainte d’un écrivain de perdre ses mots?

Delphine De Vigan : Peut-être, oui, inconsciemment. J’avais envie de travailler sur les troubles du langage, aussi parce que ça constitue un matériau littéraire incroyable. Il y a la possibilité d’inventer de nouveaux mots, tous ces lapsus. C’est évidemment une des raisons pour lesquelles j’ai choisi, ce trouble-là. Peut-être qu’inconsciemment, ça révèle aussi la peur de l’écrivain, de ne plus pouvoir écrire, et en même temps cette angoisse on y est confronté chaque jour. Car chaque jour on est à la recherche du mot juste, c’est ça le travail sur la langue, c’est chercher en permanence, ne pas être satisfait, tenter d’inventer des choses, ne pas être satisfait, recommencer. Donc oui il y a sans doute une proximité avec le travail d’écrivain.

Vous avez déjà eu peur de la page blanche?

Delphine De Vigan : Pas vraiment, car pour moi la page blanche est un peu un mythe. Ma manière de travailler fait que je n’écris pas tout le temps. J’alterne les périodes où j’écris et où je n’écris pas, et en général, quand je me met au travail, c’est que le projet est assez mûr pour que ce soit le moment. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas difficile, il y a des jours où c’est très dur, où ça vient difficilement, où je ne suis pas satisfaite de ce que j’écris. Mais la page blanche à proprement parler je ne peux pas dire que je la connaisse. C’est plutôt le doute qui parfois s’exprime très violemment, le sentiment de ne pas arriver à ce que je voudrais, de ne pas trouver la bonne forme… L’écrivain a souvent une très grande exigence envers lui-même. Et pour revenir à Michka, c’est vrai que pour elle sans doute la perte du langage , comme vous le disiez, à un sens particulier car c’est une femme qui l’a parfaitement maîtrisé, qui en avait fait son métier. C’est d’autant plus douloureux, puisqu’elle est lucide et qu’elle se rend compte que les mots lui échappent, de se dire que c’est un peu son point fort, son atout qui disparaît.

J’ai trouvé ça très touchant quand l’orthophoniste dit que lorsqu’on est vieux, plus rien n’entre dans la case des profits, on ne gagne plus rien, on ne fait plus que perdre des choses. C’est très dur à lire.

Delphine De Vigan : Ces pages-là on m’en parle souvent, elles sont vraiment dures. Pour moi c’est un moment où Jérôme a un gros coup de blues, parce que son métier, le sens de son métier c’est de lutter malgré tout contre ça. Et là c’est comme un moment dans le roman où il baisse les bras, où il se dit : – « Regarde tout ce qu’ils perdent, mais qu’est-ce qu’ils gagnent? »

Est-ce que pour écrire vous avez des conditions optimales, un lieu, un moment de la journée?

Delphine De Vigan : Je préfère de loin écrire chez moi, à tout autre endroit. Plus encore en vieillissant d’ailleurs. Il y a dix, quinze ans, j’arrivais peut-être davantage à écrire dans des lieux publics par exemple. Aujourd’hui, j’aime écrire chez moi, c’est plus facile d’y créer ma petite bulle. Le matin est très propice en général. Les périodes où j’écris je réserve vraiment toutes mes matinées, à l’écriture, je m’y met assez tôt et j’écris jusqu’à 13h-13h30 et ça fait déjà une bonne plage d’écriture. L’avantage d’être chez soi c’est que tous ces moments où on trébuche sur quelque chose, on peut trouver autre chose à faire. Je trouve pas mal de ressources dans la vie domestique, je vais vider le lave-vaisselle par exemple et là ça m’oxygène le cerveau. Ça doit être le fait de changer de position et si je suis bloquée sur un point ça m’aide à trouver l’idée et je me remet au travail. Donc idéalement c’est chez moi le matin.

Est-ce que vous avez un livre de chevet?

Delphine De Vigan : Je ne peux pas en citer un. A vrai dire il y en a beaucoup de livres de chevet. Si on entend vraiment un livre de chevet au sens propre, c’est-à-dire celui qui reste sur votre table de nuit, moi actuellement j’ai la correspondance d’Albert Camus et Maria Casares. C’est un très gros livre et il fait partie de ces ouvrages qui se lisent par petits bouts. On est pas obligés de le lire dans la continuité. Sinon bien-sûr, il y a plein de romans qui font partie de ma construction intellectuelle et littéraire mais si j’en cite un c’est un peu au détriment des autres.

Vos projets pour la suite? « Les Loyautés » et « les Gratitudes » font un peu partie d’une sorte de série, vous comptez la continuer?

Delphine De Vigan : Oui effectivement, ils font partie d’un cycle, d’une même période. Donc même si ils ne se suivent pas et qu’ils peuvent se lire tout à fait indépendamment l’un de l’autre, ils vont de pair, c’est vrai. Au départ, j’avais dans l’idée d’en rattacher peut-être un troisième. Et là je me rend compte, que l’idée que j’ai, celle sur laquelle je suis entrain de réfléchir et de prendre des notes, je ne suis pas sûre qu’elle se raccorde tant, à ce projet-là. J’ai l’idée du roman que je vais écrire, mais je pense qu’il prendra une autre forme et qu’il se distinguera de ces deux-là.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Delphine De Vigan : C’est assez mystérieux pour moi-même. C’est rarement une chose, c’est souvent l’association, la conjonction de plusieurs moments. Souvent c’est quelque chose qui vient de l’extérieur et qui me heurte. Là, par exemple, le livre auquel je réfléchis, l’idée m’est venue, un jour il y a quelques mois lorsque je suis rentrée chez moi. Par hasard j’ai allumé la télévision, j’étais entrain de déjeuner et je suis tombée sur un reportage sur un phénomène actuel qui m’a complètement sidérée, je ne vous en dis pas plus, par superstition. Je me suis dit que c’était vraiment un signe de notre époque, avec parfois le sentiment qu’on est pas de cette époque. Ou que dans l’époque qui est la nôtre il y a des choses qui me vont bien, des choses que j’aime, et puis il y a des choses avec lesquelles je ne me sens pas en accord. Et là typiquement, je me suis dit :  » Mais comment c’est possible? ». Donc j’ai commencé à faire des recherches, et j’ai vraiment envie d’écrire autour de ça. C’est aussi ce monde des réseaux sociaux, de la médiatisation de soi-même. Quand on se met en scène soi-même. Pour « Jours sans faim » ou « Rien ne s’oppose à la nuit » c’est différent car ça part de quelque chose de plus personnel, mais ça rejoint ce que je vous disais tout à l’heure sur l’autobiographie. Même les choses qui viennent de l’extérieur, sur lesquelles j’ai envie d’écrire ce n’est pas complètement par hasard, si elles ont trouvé un tel écho c’est que ça rejoint quelque chose d’intime et c’est ça qui va me donner l’élan. Quand j’ai écrit « No et moi » par exemple, c’est une fiction totale, je n’ai pas vécu dans la rue, je n’ai rien à voir avec ce personnage mais en fait si, finalement il y a une forme de dérive que moi j’ai vécu d’une autre manière quand j’étais jeune fille, et qui m’a probablement permis de nourrir ce personnage qui à 18 ans se retrouve dans la rue.

Votre style d’écriture change dans « D’après une histoire vraie ». Dans vos autres livres, vous parlez beaucoup de sujets sociologiques, qui peuvent toucher un peu tout le monde, « D’après une histoire vraie » a l’aspect d’un thriller psychologique.

Delphine De Vigan : Oui c’est totalement différent. C’est un livre sur la littérature. On peut le lire à plein de niveaux. On peut le lire et beaucoup de gens l’ont lu comme ça, juste comme un thriller, avec une histoire de rencontre toxique, d’amitié dangereuse entre deux femmes. Et je voulais bien-sûr que cet aspect-là marche. Mais pour moi c’est aussi une réflexion sur l’autobiographie: « Est-ce que les livres ont besoin d’être vrais, est-ce que les histoires ont besoin d’être réelles, pour nous intéresser? » Sur le rapport entre le réel et la fiction. Et c’est aussi une réflexion sur la création :  » Qui on est quand on écrit? Qui écrit à travers nous? Est-ce que je suis moi quand j’écris? ». C’est autant une réflexion sur la littérature, qu’une sorte de thriller j’espère assez efficace. Les gens le lisent parfois au premier degré mais au sens noble, et parfois vont y chercher ou y trouver toutes les références que j’ai pu y mettre.

Jusqu’à hier ma mère pensait encore que ça vous été réellement arrivé.

Delphine De Vigan : C’est marrant car il y a plein de gens qui le pensent. Quand je faisais des rencontres avec ce livre, j’expliquais toute cette démarche, pourquoi j’avais écrit ce livre presque contre le précédent. Qu’autant le précédent était une recherche de vérité, autant celui-ci était un jeu. Jouer avec le lecteur, mais aussi me jouer du lecteur. Et même en ayant dit ça, de manière explicite, que je jouais avec le lecteur, que je lui faisais croire des choses, les gens venaient me voir après et me disaient: « alors votre jambe ça va mieux? » . Et là j’ai réalisé qu’ils avaient besoin de croire que tout ça sans exception m’était arrivé. Je l’ai intitulé « D’après une histoire vraie » pour interroger justement le lecteur sur ça, et ça a plutôt bien marché. Car dans les rencontres que j’ai pu faire ensuite en librairie, ça a été passionnant de discuter avec les gens sur leur rapport à la lecture, à la fiction. Pourquoi on cherche toujours l’autobiographie dans nos lectures? A moi-même, il m’arrive de lire un livre et de me dire: « Mais ce n’est pas possible il a forcément vécu ça pour l’écrire de manière aussi juste ». Et en fait non. Parfois, on peut écrire de manière très juste, peut-être même plus juste, quelque chose qu’on a pas vécu. Pour moi « D’après une histoire vraie », c’est cette démonstration qui est faite au lecteur. Je peux vous raconter une histoire, je peux vous donner tous les indices, vous faire croire qu’elle a existé de A à Z, que chaque détail s’est passé comme ça, et après vous faire douter que ça ait réellement existé. Parce que cette histoire est nourrie de choses vraies, il y a du vrai, mais il y a aussi plein de faux. C’est ça le travail du romancier : nourrir la fiction de ce qu’il est, pour la rendre crédible. Un jour, à Toulouse, il y a une femme qui m’a dit un truc très joli . Elle m’avait dit : « Je ne lis que des histoires vraies, des documents, des témoignages, je n’aime pas la fiction. Quand j’ai vu « D’après une histoire vraie » évidemment je l’ai directement acheté. Puis j’ai commencé à lire votre livre et je me suis dit :  » elle exagère… », « là elle nous mène en bateau ». J’ai refermé votre roman et j’ai réalisé que vous m’aviez réconcilié avec la fiction. »

Puisqu’on est un magazine strasbourgeois, est-ce que vous avez un lieu que vous aimez particulièrement dans notre ville?

Delphine De Vigan : Malheureusement je ne la connais pas assez. Je connais l’hôtel de la Cathédrale, pour y avoir dormi quelques fois.

Et la Cathédrale que vous avez dû voir plusieurs fois en sortant.

Delphine De Vigan : (rires) Oui la Cathédrale que je connais bien, mais c’est toujours assez frustrant, car lorsque je viens c’est pour un temps assez court, la librairie, l’hôtel puis je repars. J’aime bien l’atmosphère de la ville, je me dit ça à chaque fois que j’y viens. Il y a une atmosphère sympa, quelque chose qui me paraît très ouvert. Sans doute que c’est lié à la dimension européenne de la ville. C’est une ville étudiante, ça c’est des choses qu’on peut percevoir même en ne restant pas longtemps. Mais il faudrait surtout qu’un jour, je vienne y passer deux, trois jours, et que je puisse expérimenter les hauts-lieux de la ville ou de la nuit strasbourgeoise. (rires).

Les dédicaces se sont bien passées hier?

Delphine De Vigan : Oui c’était très sympa, il y avait du monde, et ensuite on a dîné dans un très bon restaurant qui s’appelle le « Rutsch ». Vous pourrez le citer, je ne connais pas beaucoup de restaurants ici , mais en tout cas celui-ci était délicieux, un accueil très sympathique et une très bonne cuisine.

>>Propos recueillis par Emma Schneider<<

Merci à Delphine De Vigan, et à l’équipe de la Librairie Kléber ainsi qu’à l’Hôtel Cathédrale, pour leur accueil.

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