On parle souvent des beaux monuments ou des endroits sympas de notre ville, et c’est vrai qu’ils sont nombreux. Mais aujourd’hui, on va s’intéresser à quelque chose de moins fréquent… Parlons d’un des endroits les plus laids de notre ville. Vous êtes certainement déjà tous passés devant ce vestige d’une époque révolue : le plus long tunnel routier de l’Eurométropole. On peut le considérer comme raté. Il est d’ailleurs maintenant abandonné. Mais il arrive que les choses ratées aient plus de choses à dire sur notre histoire que le plus beau des monuments. En tout cas c’est ce que je vais tenter de démontrer dans cet article !

Où se trouve ce tunnel ?

Savez-vous que si les humains disparaissent tous aujourd’hui, les derniers vestiges de notre civilisation seraient les égouts et les tunnels ? Donc si la fin du monde arrive, l’ouvrage dont je vais vous parler survivrait sans doute des centaines, voire des milliers d’années à notre cathédrale. Ce tunnel est situé en plein cœur du centre ville de la capitale Alsacienne. Il est fermé à la circulation depuis Janvier 2005 et rien (ou presque) n’a bougé depuis. Le tunnel Wodli-Sébastopol (même son nom est plutôt raté) a été fermé par décision préfectorale en Janvier 2005.

En effet, lors des basses températures ,les infiltrations d’eau, qui sont le fait d’une probable source non détectée durant sa construction, se mettaient à geler et transformaient cette voie routière en véritable patinoire. D’ailleurs de nombreux accidents mortels, directement liés au gel de l’eau présente sur ses voies, ont eu lieu entre ses murs durant les 24 ans d’ouverture à la circulation. Son entrée se trouve derrière la gare sur une voie provenant de l’autoroute et sa sortie se trouve dans la rue qui longe le centre Halles, pas loin du Mac Donald. Le voici sur un plan :

Le tunnel Wodli-Sébastopol en rouge sur la carte, crédit : Google maps.
L’entrée du tunnel est sur la voie de gauche, son petit frère à droite est toujours en fonctionnement, crédit : Google street view

Pourquoi ce tunnel a été construit ?

Cette voie souterraine et son petit frère, toujours en utilisation de nos jours, ont été mis en service en 1981. Ils passent sous la ville et les voies de chemin de fer menant à la gare. Ils sont les reliques d’une époque où l’important était de faciliter l’accès aux magasins du centre commercial des Halles, depuis l’autoroute qui traverse Strasbourg. Il avait deux sorties souterraines prévues pour cela : une permettait d’accéder directement au parking souterrain des Halles pour les livreurs et les clients et l’autre arrivait rue Sébastopol. C’est cette sortie qui est encore visible de nos jours et défigure la ville sur presque 100 mètres.

La sortie visible du tunnel près de la gare routière des Halles, crédit : Antoine WEBER

Un vestige du tout-voiture des années 70

Le centre Halles à Strasbourg, c’est les années 1970 : de grands immeubles en béton (dont le plus haut de Strasbourg : la tour Europe et ses 77 mètres) des parkings, des boutiques et même si c’est un peu moche, cela évite que tout le commerce de Strasbourg ne se soit déplacé dans l’immense zone commerciale de Vendenheim, qui bat tous les records de laideur mais où toute l’Alsace se rend pour faire des courses. Le tunnel avait toute sa place à l’époque du président Giscard D’Estaing. Une époque où tout ce qui comptait c’était l’accessibilité en voiture d’un lieu, comme peut l’attester cette brochure éditée en 1979 pour vanter les mérites de l’accessibilité du nouveau centre Halles. Ils ne parlent presque pas d’accès en transport en commun et aucun mot sur le vélo.

Brochure publicitaire centre Halles 1979 crédit : médiathèque Malraux Strasbourg. En parlant de notre tunnel il y est écrit : »la pénétrante de raccordement qui reliera sans aucun feu rouge la rocade aux parkings souterrains sera mise en service d’ici 18 mois à 2ans »…

Quel est l’avenir de ce tunnel ?

Serge Gainsbourg disait : « la laideur est supérieure à la beauté car elle dure ». Si cette phrase est vraie alors le tunnel est parti pour durer longtemps. Depuis la fermeture de 2005, la réouverture du tunnel a été plusieurs fois repoussée et il n’est pas prévu qu’il ré-ouvre de sitôt pour plusieurs raisons. Premièrement, le tunnel fait plus de 300 mètres. Depuis la catastrophe du tunnel du Mont Blanc, en 1999, qui coûta la vie à 39 personnes, la législation sur les tunnels s’est considérablement durcie et il faudrait y faire des travaux importants en y installant, entre autres : des niches refuge en cas d’incendie et une nouvelle installation électrique. Ceci coûterait beaucoup d’argent à la mairie de Strasbourg, c’est à dire à nous, les contribuables.

Deuxièmement et c’est peut-être l’argument principal, si le tunnel rouvrait, cela permettrait aux voitures d’accéder trop facilement au centre-ville de Strasbourg. Cela constituerait un vrai « aspirateur à voitures » comme l’a dit Roland Ries dans les DNA du 05/02/2011. La ville de Strasbourg, depuis plus de 25 ans, tend plutôt à faciliter les déplacements à vélo et en transport en commun dans le centre ville. Les Strasbourgeois et les élus n’ont pas du tout envie de voir augmenter le trafic automobile dans une ville déjà saturée. Entourée par une autoroute tout aussi saturée.

Le tunnel, un complot des francs-maçons ?

Mais qu’est ce qui se cache vraiment dans ce tunnel plongé dans le noir total depuis quinze ans et bourré d’infiltration d’eau ? Aucune image de l’intérieur n’a filtré et un mur de brique, fermé par une porte en métal, empêche d’y entrer. Est-ce qu’on ne nous cacherait pas quelque chose ? Peut-être qu’un complot politico-médiatico-islamo-gauchiste-lorrain, porté par la ville de Strasbourg, nous cache la vraie utilisation de ce tunnel ! Un ami intrépide a pu y pénétrer récemment pour les besoins de l’article et y a dessiné ce qu’il a vu :

Dessin de @Dacrokmistakilla (compte Instagram)

Tant qu’il n’y aura aucune photo de l’intérieur, on ne peut que supposer ce qui s’y cache… 🙂

En tout cas ce qui est sûr, c’est que ce tunnel, construit il y a seulement 38 ans, est le symbole d’une époque où la voiture était reine. Une époque où on pensait que plus il y aura de voitures, plus il y aura de routes, d’autoroutes, plus les consommateurs consommeront et permettront ainsi à la société d’atteindre le bonheur. On pourrait facilement contre argumenter aujourd’hui en disant que : moins il y a de voitures, moins il y a de routes et moins il y a de consommation… et plus notre planète (et nous les humains qui y habitons) se portera mieux.

Pour conclure : qu’on soit écolo ou non, les déplacements individuels en voiture et le tout pétrole ne sont pas tenables à moyen voire à court terme. C’est peut-être cela que nous rappelle ce tunnel abandonné en plein cœur de la ville du vélo. Après tout, ce n’est donc pas si mal de laisser la trace visible d’une erreur passée, qui sacralisait le tout-voiture dans notre ville. A la manière d’un monument aux morts, ce tunnel nous rappelle qu’il faut apprendre de nos erreurs pour ne pas les reproduire. Est-ce que la gigantesque zone commerciale de Vendenheim, le village de marques de Roppenheim ou encore le GCO, actuellement en cours de construction, connaitront le même destin ? J’ai ma petite idée, mais seul l’avenir nous le dira.

>> Antoine Weber <<

6 COMMENTAIRES

  1. L’endroit le plus laid de la ville ? Il n’est même pas achevé, ce dont ces horribles bâtiment en construction place de l’étoile à la sortie de l’autorote ! C’est hideux et écrasant. Je suis obligée de les voir tous les matins en allant travailler et tous les matins cette non vue me choque je ne me fais pas à cette laideur.

  2. Moi et mes amis on y est allé, on a ouvert là serrure avec le doigt côté cronenbourg. En pleine nuit 3 h du matin, un tunnel sans bruit avec des déchets et mur fontaine, beaucoup d’infiltration d’eau car la nappe phréatique est à côté. Un silence de mort dans le noir on est arrivé presque au bout mais soudain on a entendu des gens y rentrer et nous appeler. On a couru et monter les escaliers, on a ouvert une porte de sortie par chance qui s’ouvrait à moitié, on a pu remonter au niveau des halles ( c’est plus simple pour y rentrer) escaliers qui descendent niveau devant Les Halles côté parking au milieux de la route, on a pas échappé à la police une fois dans la rue où l’on marchaient car ils avaient deux voitures. Grosse grondade, mais sans plus, contrôle d’identité et un aurevoir et à ne pas refaire car c’est trop dangereux… Selon un policier et on ne rentre pas chez les gens dans un appartement il a dit … drôle de comparaison complètement ridicule. C’est de la curiosité mais bon on c’est fait mangé. La honte mais on est fier d’avoir vu le cimetière noir le plus long de la ville.

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