Si le Racing est aujourd’hui à nouveau en Ligue 1, bien géré, et sans nuage noir à l’horizon, les choses n’ont pas été toujours aussi faciles. Parce qu’il est également important de se souvenir de moins bonnes périodes, non pas pour rester dans la contemplation d’un passé qui ne passe pas, mais plutôt pour se souvenir d’où l’on vient, et se féliciter du chemin parcouru. Retour donc sur deux périodes pas si lointaines que cela qui ont marqué le club de mon cœur. Aujourd’hui devant le banc des accusés : Jafar Hilali, un funeste personnage qui a bien failli tuer le Racing.

Vendredi, je vous ai raconté l’histoire de l’arrivée d’IMG-McCormack à la tête du Racing. Un rêve américain qui a vite tourné au vinaigre, où promesses vaines et imbroglios en tous genre se sont succédé. Par rapport à ce que je vais vous conter aujourd’hui néanmoins, cette période était celle des arcs-en-ciel et des licornes. Allez Marty, prends la Delorean et on retourne en 2009 !

Jafar Hilali et son égo, allégorie

On l’a vu, lorsque le président d’un club de football n’est pas un ancien footballeur ou entraîneur, cela peut être difficile en cas de problèmes. Lorsque le président est là non pas pour aider le club à s’imposer, mais bel et bien pour se faire de l’oseille, l’équation devient encore plus néfaste – coucou McCormack. Et lorsque le président possède des délires de grandeurs aussi grossiers que ceux des méchants Disney, eh bien il n’est pas compliqué de se demander les raisons d’un fiasco.

Un Racing en proie aux piafs qui rôdent

Il faut dire que le Racing est très fragile à l’aune de 2009 : après les bonnes années Jacky Duguépéroux (une Coupe de la Ligue en 2005, un huitième en Coupe de l’UEFA en 2006, malgré une descente la même année, qui sera suivie d’une remontée immédiate l’année suivante, avec Jean-Pierre Papin, ndlr), le club se crashe prodigieusement la figure lors de la saison 2007/2008 : alors que le Racing est dans le milieu de tableau pendant les deux-tiers du championnat, une série de onze défaites – oui oui, onze – le condamne à la Ligue 2. Le club a désormais la réputation de faire l’ascenseur (enchaîner descente de Ligue 1 et montée de Ligue 2, ndlr), et est encore une fois bien parti pour remonter dès la saison 2008/2009. Las, Strasbourg perd son dernier match à Montpellier et reste en Ligue 2. Le début des emmerdes.

Stéphane Cassard, une des légendes du club, lors du match couperet face à Montpellier. Crédit @Gettyimages

Parce que, en coulisses, cela s’agite également. On parle du Racing comme le « Marseille de l’est », une référence aux nombreux changements de direction et d’entraineurs. Philippe Ginestet, alors aux manettes, décide en décembre 2009 de céder ses parts du Racing. À qui me direz-vous ? Eh bien à des investisseurs venus de l’étranger. Bye bye les ‘ricains, et bonjours les investisseurs anglais. Après tout, hein, ça n’a pas marché la première fois, mais si on y croit tous bien fort, ça va bien fonctionner la seconde n’est-ce pas ?

Jafar arrive en fanfare

Bah non. Déjà, ça commence mal : l’emblématique Gilbert Gress (entraîneur du Racing lorqu’il remporte son seul titre de Champion de France en 1979, ndlr) revient aux manettes de l’équipe. Ses méthodes militaires d’un autre-temps ne prennent pas, il sera viré en août. Pascal Janin le remplace… avant d’être démis de ses fonctions pour cause de mauvais résultats, et de l’arrivée de Jafar Hilali lors du rachat du club.

Football, football… mais qu’est-ce que c’est que ce mot qu’on me répète sans arrêt ? Crédit @Maxppp – Dominique Gutekunst

Ce dernier met quelques jours à montrer sa bouille de fossoyeur, entretenant un flou qui n’annonce généralement rien de bon. Et ce n’est pas fini : Pascal Janin est réintégré dans le staff du Racing, sans pourtant avoir la confiance du président. Toute la saison du Racing en Ligue 2 se poursuit sur cette même ligne d’instabilité doublée de défiance, obligeant le club à jouer son maintien contre Châteauroux.

Magaye Gueye, un strasbourgeois conquérant mais relégué. Crédit @Gettyimages

Là se déroule une scène surréaliste : Hilali décide de demander à Rolland Courbis (un grand entraîneur français, qui coachait Montpellier quand ces derniers ont empêché le Racing de monter en Ligue 1 en 2008/2009, ndlr) de faire la composition du match, en lieu et place de l’entraîneur. Tout simplement ubuesque. Et bien évidemment, le Racing perd deux buts à un, scellant par là même son avenir en Ligue 2. Alors que l’équipe qui finissait au pied du podium et celle qui descend sont assez similaires !

Jafar, Jafar, s’il reste à la barre, cela va être un vrai cauchemar !

Désormais en National, la troisième division du football français, le Racing ne va pas s’arrêter de tomber, avec la grande aide de son fossoyeur désigné. Les supporters détestent déjà Hilali, qui a décidé de bien leur rendre. Ce mégalomaniaque aux désirs de grandeurs voulait sa princesse, un club de foot, et méprise tous ceux qui font vivre le club. Parce que lui est venu pour sauver un Racing à la dérive, et s’il n’arrive à rien, c’est à cause d’une prétendue mafia alsacienne, qui fait probablement fortune sur les deals de choucroute et de Riesling. On verse dans le narcissisme le plus total.

Mais généralement, les cons, ça ose tout, et c’est à ça qu’on les reconnaît. Le Racing va mal et est englué en National ? Je vire l’entraîneur. Et au lieu d’utiliser mon perroquet, j’utilise mon portable. Un petit SMS et paf ! c’est réglé ! Laurent Fournier est donc viré, mais joueurs et supporters se mobilisent, et il finit par garder son poste. Deuxième fois qu’il tente de virer, deuxième fois qu’il échoue. Ça, les narcissiques, ils n’aiment pas ça.

On peut difficilement faire plus clair. Crédit @l’apresmatch.blogspot

Premier adversaire ? Les supporters. Les banderoles anti-Hilali éclosent, telles des fleurs remplies de haine. Solution ? Petit pudding à l’arsenic des familles, et Jafar interdit les UB90 (principal groupe de supporters de Strasbourg, ndlr) de stade pendant trois matchs ! Il intervient même sur des forums de supporters sous un faux pseudo pour plaider sa cause. Des fake news avant que ce soit la mode en quelque sorte. Visionnaire le Jafar.

La mort du club, par décapitation

Et pourtant, le Racing fait fi de son président et se bat sur le terrain, dans une belle ambiance de communion avec ses supporters. Jusqu’à jouer sa montée à la dernière journée. Que veut faire Jafar ?

  1. Laisser le match se dérouler tranquillement et venir soutenir son équipe.
  2. Faire se dérouler le match à huis-clos (sans aucun supporter dans le stade, ndlr)
  3. Se poser en hélicoptère au centre de la pelouse, alors qu’il n’a pas assisté à un seul match du racing depuis son arrivée ?
  4. Offrir une prime de 200 000 € aux joueurs de Rouen s’ils battent Guingamp (le rival du Racing pour la montée, ndlr) ?

Eh bien, cela ne vous étonnera peut-être plus, mais Jafar veut faire les réponses 2) 3) et 4) ! Aucune de ses envies ne seront réalisées, mais il devient de plus en plus invivable d’être au Racing en la présence de Jafar Ier.

Un petit montage sympathique, même si je n’ai jamais compris cette pub. Crédit @savalua sur forum.sports.fr

Finalement, le Racing finit encore une fois quatrième, et reste en National. Il perd son statut professionnel, passe devant la DNCG (le gendarme financier du football français, ndlr) et est rétrogradé en CFA, pour cause de son déficit trop important. Le club est placé en liquidation judiciaire le 22 août 2011, puis est vendu pour un euro symbolique. C’est la fin du règne de Jafar Ier, qui a fini d’assassiner le club.

Le bilan de Jafar

De décembre 2009 à août 2011, Jafar a commis un nombre d’impairs assez incroyable. Cela devrait figurer au Guinness des Records. Sous sa présidence, le Racing a connu deux descentes successives, puis une liquidation judiciaire et une mort à petit feu, dont il n’a failli jamais renaître. Rien à dire, bravo champion !

Jafar Hilali n’a toujours pas digéré apparemment. C’était en 2014. T’as lâché le club en 2011 gros, laisse tomber. Crédit @Twitter de racingstub

Il est encore difficile de prononcer le nom de Jafar Hilali dans les travées de la Meinau, sans qu’une vague commune de détestation vous frappe en plein visage. Incarnant le paroxysme du financier pédant venu dans le foot pour s’offrir un jouet, il a bien décapité le Racing. Ses délires colériques et mégalomaniaques en font presque un personnage hors du temps, complètement éloigné des réalités. Comme si finalement il n’avait jamais existé. Il n’y a rien à sauver chez ce triste sire. Rien.

Hilali… si tu savais… ta vision où on s’la met (interprétation de ma part). Crédit @Elyxandro Cegarra, MaxPPP

Avec McCormack à la fin des années 1990, puis Jafar Hilali à la fin des années 2000, le Racing a connu deux périodes difficiles, même si elles n’ont pas eu le même effet sur le club. Les Américains ont vendu un rêve qu’ils ne pouvaient pas donner, tandis que Jafar a vraiment donné l’impression qu’il était seulement là pour tuer le club. Après lui, le Racing n’a plus qu’été un champ de ruines, et nombreux sont ceux qui ont cru à la disparition d’un club dont l’histoire est ancrée dans celle du football français.

Le Racing en a bavé depuis 2011 : il est passé par les quatrième et cinquième échelons nationaux, a failli redescendre de National et a été sauvé grâce à un cadeau de la DNCG. Qu’importe, il a depuis 2011 entamé une folle remontée, grâce à une bonne gestion, des joueurs de mission et un public qui n’a jamais cessé d’encourager son équipe. Désormais en Ligue 1 pour la deuxième année consécutive, quelque chose qui n’était pas arrivé depuis des lustres, le Racing est de retour !

C’est pas un président en mousse qui allait tuer le Racing… même si il a presque réussi. Crédit @AFP – Patrick Hertzog

1 commentaire

  1. Quand on voit les malheurs dans le monde tu voudrais qu on s apitoie sur ta pauvre petite souffrance.
    Un peu de dignité pauvre cloche.
    Ca ne reste qu’un ballon !!!! De tout le monde se fout …
    Des mauvais qui écrivent sur moi …
    tout ce baratin mal écrit en plus

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