Bartenders, DJ, serveurs, cuisiniers, plongeurs, physio, pompiers, danseurs… Ils se réveillent quand vous sortez du boulot, rejoindre cette incroyable machine qu’est la nuit, et quand vient l’aube ils rejoignent leurs lits. Ils enfilent leurs tabliers, leurs uniformes, quand vous boutonnez vos chemises et fermez vos escarpins, ils sont les acteurs de vos gueules de bois de demain.

Cette semaine, j’ai rencontré Alexandre, réceptionniste de nuit à l’Hôtel Hannong. Plein d’énergie et de positivité, ce jeune amoureux du crépuscule nous a parlé de sa profession, de son rythme et de sa vision de la nuit à Strasbourg

Salut , peux tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Alexandre Kautzman, j’ai 20 ans et je suis arrivé à Strasbourg il y a deux ans. Au départ, j’étais étudiant en arts du spectacle. Très rapidement, j’ai compris que je n’étais pas fait pour les études. J’étais à ce moment là quelqu’un qui vivait beaucoup la nuit : je ne me couchais jamais avant 4 h du matin, je sortais et je jouais beaucoup aux jeux vidéos. Du coup, j’ai commencé à chercher un boulot de nuit. Je suis tombé sur cette annonce de réceptionniste, alors j’ai tenté le coup et c’est comme ça que j’ai commencé à l’hôtel Hannong. Ça fait un an maintenant et c’est ma première expérience professionnelle.

Quand tu as cherché ce boulot, tu avais vraiment une volonté de trouver quelque chose qui collait avec ton rythme de vie ?

Oui c’est ça, j’avais un rythme de vie qui me convenait et que je voulais conserver. J’ai un grand respect pour ceux qui arrivent à se lever le matin, mais moi je n’y arrive pas, et travailler l’après midi me semble être la pire des choses à faire. 

J’allais te demander quel parcours il faut suivre pour devenir réceptionniste, mais vu ton jeune âge, j’imagine que tu n’as pas fait d’études en hôtellerie ?

En effet, j’ai postulé au culot, sans expériences. Heureusement pour moi j’avais fait abibac au lycée et je parle bien allemand, c’est sûr que ça m’a beaucoup aidé. Et puis j’avais déjà le rythme aussi, c’est un avantage. Par contre, il existe bien une formation en école hôtelière, un bac pro il me semble qui peut former au métier de réceptionniste.

Et du coup ça consiste en quoi le boulot d’un réceptionniste de nuit, c’est le même qu’un réceptionniste de jour ? 

Non, il y a quelques particularités spécifiques à la nuit, on va dire que la nuit on a peut être un peu moins de boulot, mais chacun fait sa part des choses, l’un ne va pas sans l’autre. Nous, principalement, on fait l’accueil des clients, on gère les dernières arrivées, on répond au téléphone et on gère la boite mail. On peut aussi être amené à aider en chambre, si nécessaire, aller ramener un oreiller supplémentaire ou des choses comme ça. La nuit, il y a toujours un moment où on est complètement seul dans l’hôtel, à partir de 1 h du matin, quand les gars du bar partent, on est livré à nous même, et il faut s’assurer que tout se passe bien, jusqu’à la mise en place du petit déjeuner le matin.

C’est quoi tes horaires de travail ? 

Le soir, je prends mon service à 22h15, et je finis à 6h30 le matin en cherchant le pain pour le petit déjeuner de l’hôtel.

Il y a des moments où tu n’as rien à faire ? Tu t’occupes comment ?

Oui, parfois il y a une heure ou deux où je n’ai rien à faire. J’en profite pour lire les journaux, aller un peu sur internet ou jouer au démineur. Il m’arrive aussi d’être un peu fatigué parfois, alors je me mets dans un coin et je fais une petite sieste, 20, 30 minutes, mais je reste toujours à proximité de la réception. Durant toute la nuit, je suis le veilleur de l’hôtel, je suis garant du bon déroulement de la nuit, et il faut faire gaffe à tout ce qui se passe.

C’est quoi les qualités requises pour faire ton boulot ? 

Être patient est déjà très important. Savoir bien s’occuper des gens, les accueillir du mieux possible. La maîtrise des langues étrangères est un plus, l’anglais, l’allemand mais avant tout le français. Il faut savoir comprendre, et se faire comprendre, être organisé et rigoureux et avoir un bon relationnel avec les autres.

Tu travailles combien de nuits par semaine ? 

Pour l’instant, je travaille deux nuits par semaine. Du coup, le reste de la semaine, je fais quand même attention à ne pas changer mon rythme, sinon ça pourrait tout décaler.

C’est quoi le genre de clients que tu rencontres dans cet hôtel ? 

Ça dépend beaucoup des périodes. De février jusqu’à mai, c’est plutôt des clients qui viennent pour le loisir, des sociétés avec des contrats, des groupes,  des gens de passage. Sur une période comme le marché de Noël, et là ça parlera à tous les hôteliers, c’est une clientèle de touristes « haut de gamme ». Les prix flambent pendant le marché de Noël, donc on accueille logiquement une clientèle plutôt aisée.

Comment tu trouves la clientèle en général ?

Elle peut s’avérer être très agréable et très polie, on peut passer des bons moments,  ça nous arrive même de rigoler parfois. Mais d’autres fois, les clients peuvent être vraiment durs, très exigeants et pointilleux, ne laisser passer aucune faute. Parfois, il faut remettre des clients en place quand ils dépassent les frontières du raisonnable, il faut savoir être ferme et se faire écouter, ne pas oublier qu’eux aussi ont des règles à respecter.

Qu’est ce que tu aimes dans la nuit ? Pourquoi la préfères tu au jour ?

Ce que j’aime la nuit, c’est le challenge, les responsabilités qui reposent sur moi. On a un certain statut par rapport à la ville, on est un peu les gardiens,  ceux qui ont encore les yeux ouverts quand tout le monde dort. Ça m’est déjà arrivé de sortir devant l’hôtel avec un café à 5 h du matin, et il n’y a rien de plus agréable que de voir la rue du 22 novembre vide. Ça fait un peu genre « the last one standing », le guerrier qui regarde le champs de bataille, tranquillement.

C’est quoi les inconvénients du travail selon toi ?

C’est quand même la nuit, il faut être vigilant, il y a des gens ivres morts, qui peuvent être dangereux, ou incompréhensibles. Parfois ce ne sont même pas des clients de l’hôtel, mais je suis aussi garant de ce qui se passe devant, dans la rue, ça m’est déjà arrivé de devoir appeler la police.

Tu as déjà croisé des personnalités qui dormaient à l’hôtel ?

Oui, en effet, vous êtes venus faire manger un bretzel à Jean Dujardin il y a peu avec Pokaa. J’ai aussi vu Marion Cotillard, très gentille d’ailleurs, ou Maitre Gims qui lui l’était un peu moins (rires).

Tu vas où quand tu sors à Strasbourg ?

Et bien, je suis un fervent du Cul Terreux, c’est un bar/brasserie entre le musée d’art moderne et La Laiterie. Le personnel est super sympa, j’habitais dans le coin à l’époque avec mon meilleur pote, on y est allés une fois et c’est un peu devenu notre QG.

Tu penses quoi de la vie nocturne à Strasbourg ?

C’est vraiment à double tranchant la nuit. Ça peut être calme et incroyable, mais parfois aussi dangereux et imprévisible. Ici, j’ai eu des cas difficiles à gérer, des prédateurs, des gens qui auraient pu me faire du mal. Il faut apprendre à toujours être sur ses gardes, rester vigilant. Après il y a aussi un coté magique et hors du temps qui est indéniable. 

Si tu pouvais avoir ton hôtel à toi, il serait comment ? 

Je pense que j’essaierais de faire un truc entièrement vert, végétal, hyper écolo. Il y aurait juste une structure en métal, et tout le reste, les murs et tout serait en mousse ou en plantes. Un jacuzzi creusé dans l’arbre, bref un truc complètement fou !

Tu as un conseil a donner à quelqu’un qui voudrait se lancer dans ton boulot ?

S’accrocher au début, c’est pas simple comme métier, il y a une charge de travail importante contrairement à ce qu’on pourrait croire. Être en forme physique, mentale, être droit dans ses pompes. Il est important de savoir ce qui nous attend et de s’appliquer pour bien le faire. Quand quelque chose se présente, il faut être prêt à l’affronter, la nuit on doit tout gérer seul, il faut savoir faire preuve de maturité et de prise d’initiatives.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here