SOCIÉTÉ | Criminaliser l’usage sans interdire la pratique, telle est la position de la France sur l’épineuse question de la prostitution, dont l’Assemblée nationale (AN) a ratifié en 2016 la pénalisation des clients en même temps qu’elle a réautorisé le racolage. Une loi très controversée et jugée non-conforme au droit à « l’autonomie personnelle » et « la liberté d’entreprendre » des prostitué.e.s par onze associations – dont Médecins du monde et le Syndicat du travail sexuel (Strass) –, qui ont saisi le Conseil constitutionnel sur la question. L’institution a tranché au début du mois de février en faveur de cette mesure « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel » – ranimant un débat presqu’aussi ancien que le plus vieux métier du monde…

D’un coté, l’argument de la liberté individuelle. De l’autre, celui d’une liberté contrainte, même sans proxénète, car peut-on encore parler de liberté pour un choix qui ne semble s’imposer qu’à une partie bien définie de la population (selon le rapport de la proposition de loi de 2013 85% des prostitué.e.s étaient alors des femmes et 99% des clients étaient alors des hommes) ? Exploitation de la femme, misère sexuelle et ubérisation de la prostitution, on a abordé toutes ces questions de société avec un client strasbourgeois… Pas pour qu’il se défende de ses pratiques ni pour qu’il s’apitoie sur ses motivations, mais pour qu’il raconte sa réalité de concerné. Le but ? Agrémenter la réflexion d’un point de vue qui manque, plutôt qu’imposer des réponses partielles et partiales.

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« Clown Triste » est un homme d’une vingtaine d’années, employé dans la restauration à Strasbourg. Il a accepté de témoigner à condition d’un anonymat total ; l’interview s’est déroulée par courriel et enregistrement audio modifié. Contactés, une travailleuse et un travailleur du sexe n’ont pas souhaité témoigner, même anonymement. Trois clients se sont manifestés en réponse à un appel à témoignages partagé sur les réseaux, un seul est allé au bout de la démarche. Vous avez dit tabou ? « Clown Triste » n’est pas parfait, il a ses contradictions ; l’occasion, en les découvrant, d’en apprendre plus sur votre position sur ce sujet compliqué.


Cette interview a été réalisée fin janvier. En lisant ses propos fin février, des faits et des pensées qu’il n’avait jamais partagé, et donc auxquels il ne s’était jamais confronté, « Clown Triste » a désavoué une partie de son témoignage. Ce bref échange marque le début d’une longue réflexion – d’un développement personnel qu’il convient de respecter, quoiqu’on puisse être en désaccord avec les notions véhiculées. Malgré ce désaveu nous avons choisi de publier l’interview telle quelle, afin qu’elle accompagne votre réflexion, peut-être à son commencement elle aussi. Les commentaires seront modérés.

Capture du film Shame

À quel âge as-tu eu recours pour la première fois aux services d’une prostituée, et pourquoi, qu’est-ce que t’y a amené : une période, un conseil, une curiosité… ? Un malaise social, des pratiques sexuelles particulières… ?

Il y a plusieurs raisons… La première fois que j’ai fait cette expérience c’était à l’étranger. J’avais 23 ans et cette toute première fois, c’était nul. Ça s’était très mal passé parce que, en fait ça ne s’est pas du tout passé comme je l’imaginais. J’y reviendrai plus tard quand je parlerai du déroulement en tant que tel mais disons que comme je n’ai pas su verbaliser mes besoins, ils n’ont pas été satisfaits comme par magie ! Ce qui m’a orienté vers cette pratique, c’est tout simplement le fait que je n’avais pas eu de rapport sexuel depuis très longtemps, et donc je ressentais un manque… Je ressentais que c’était devenu un besoin, qui prenait de la place : ça m’occupait énormément l’esprit, j’y pensais constamment… J’avais, très souvent, le sentiment d’être sollicité autour de moi par mon environnement. Par des affiches, des publicités, qui me renvoyaient à ma situation. Et par-dessus tout, il m’arrivait souvent de draguer, beaucoup, des filles que je ne connaissais pas dans la rue, mais je remarquais que c’était très aléatoire, ça ne marchait vraiment pas souvent. Et donc après une longue période pendant laquelle je n’avais pas eu de rapport sexuel, eh bien, par hasard en fait, j’ai cette opportunité qui s’est présentée et j’ai eu envie de l’expérimenter. C’était par un conseil que j’avais eu d’une personne dont je suis le contenu sur les réseaux sociaux. Elle en parlait et donc j’avais trouvé des sites sur lesquels on pouvait consulter des annonces d’escort girls, c’est comme ça que j’ai renouvelé l’expérience en France. Donc dans mon cas, je dirais que mes motivations n’ont rien à voir avec des pratiques sexuelles particulières, je pense avoir des pratiques normées, ni avec un malaise social… Je parlerais plutôt d’un sentiment de misère sexuel.

Et pourtant, dans l’inconscient collectif, on s’imagine (peut-être pour se rassurer) un client socialement ou sexuellement inadapté ; qu’est-ce que tu penses de cette vision et comment est-ce que toi tu te situes ? Cette pratique est-elle pour toi une facilité, une préférence, un mode de consommation… ?

Dans mon cas, je dirais que je ne suis ni pathologiquement timide, même si j’étais très timide pendant mon adolescence, ni sexuellement déviant, comme dit précédemment. Et pour avoir posé la question à plusieurs des escorts que j’ai pu fréquenter jusqu’ici, j’ai cru comprendre qu’elles rencontrent vraiment de tout, du garçon timide qui vient pour la toute première fois aux hommes qui veulent expérimenter des choses particulières, en passant par les personnes qui veulent tout simplement tirer leur coup parce que ça fait longtemps… Comme moi en fait, c’est un dernier recours. Du coup, par rapport à ces deux profils, je ne me retrouve ni dans l’un ni dans l’autre, comme d’autres clients sûrement.

Est-ce pour moi une facilité, une préférence, un mode de consommation… Je dirais un peu des trois. En fait dans mon cas, je remarque qu’il y a eu plusieurs périodes. Les premières fois, ça partait surtout d’un manque. J’y faisais appel pour répondre à mes besoins sexuels, pour satisfaire mes envies. Quand je voulais avoir un rapport au point que ça me perturbait j’allais sur un de ces sites et je contactais directement une escort pour la rencontrer. C’est très facile, ça prend quelques minutes, quelques secondes… Mais peu à peu j’ai remarqué que je ne ressentais plus vraiment ce manque et que ma motivation n’était plus d’y aller pour répondre à un besoin sexuel : très progressivement, ça a dérivé vers un mode de consommation, effectivement.

À lire : Est-ce qu’une femme vous doit du sexe ? (Madmoizelle)


Aujourd’hui, c’est une facilité et une préférence, un choix réfléchi. Parce que, comme je l’ai dit, pendant une longue période au début de la vingtaine, j’ai beaucoup dragué des filles dans la rue et c’était très aléatoire… Il y a de nombreuses choses qui m’ont découragé. Disons que je n’avais plus envie de passer trop de temps à essayer de séduire, parce que ça demande énormément d’énergie, énormément d’investissement émotionnel, sachant que ma motivation principale était de multiplier les partenaires sexuelles. C’était devenu quelque chose de pesant pour moi, je me sentais fatigué par tout ça et le fait de découvrir cette pratique m’a énormément facilité les choses. Parce que c’est simple, c’est rapide. Ce qui fait que je n’ai plus du tout à y penser. Le fait de me dire que c’est un poids, de ne pas avoir eu de rapport sexuel depuis très longtemps… C’était très dur en fait.

Donc aujourd’hui c’est une facilité et une préférence, car je n’ai pas à investir d’efforts pour obtenir quelque chose maintenant que cette pratique fait partie de ma vie… Et je remarque que c’est devenu un mode de consommation oui, parce que maintenant je vais plus voir les escorts par curiosité que par besoin. Sur les sites sur lesquels je vais, très régulièrement il y a de nouvelles filles de passage dans la ville (elles disent des tournées, elles viennent dans une ville quelques jours, puis elles partent pour une autre ville), et c’est tentant parce que ce sont de nouvelles filles avec lesquelles je n’ai pas déjà eu de rapport sexuel. Là ça relève plus de la consommation. C’est totalement en lien avec la société de consommation dans laquelle on vit aujourd’hui : on voit des choses, on les prend, on les utilise et après on les jette. Au-delà des objets, je constate que c’est aussi le cas pour les êtres humains, pour les relations. Sans parler ici du sexe tarifé, même dans les relations, et ça fait aussi partie des choses qui m’ont fatigué et déçu quand je draguais beaucoup, du jour au lendemain on peut être oublié. Comme si on n’avait jamais existé.
Parlons de la pratique justement, comment les choses se passent-elles en général d’après ton expérience ? Où on va, comment on choisit, comment on se comporte, est-ce qu’il y a des règles, de la tendresse, un attachement ?
Moi je vais sur des sites, c’est comme ça que je rentre en contact avec des escorts. Ce sont des sites qui ne se revendiquent pas comme des sites pour escorts, ils se présentent comme des sites à caractère publicitaire, que les escorts utilisent comme un moyen de promouvoir leur activité. C’est ce qui est mentionné dans les conditions d’utilisation ce qui fait que les propriétaires de ces sites se déchargent de toute responsabilité et ne peuvent pas être considérés comme des proxénètes aux yeux de la loi. Les filles, je les choisis selon mes goûts tout simplement. Vu que je suis un garçon, ça ne sera pas un mystère pour qui que ce soit, le premier élément qu’on va regarder chez une fille c’est son physique, c’est le premier élément accrocheur qui va donner envie au début. Donc sur ces sites, je vais voir celles qui me plaisent le plus ou plutôt celles qui me donnent le plus envie à travers leurs annonces. Et c’est généralement assez facile parce que la plupart font tout pour se montrer belles, attirantes, désirables… Ce sont souvent des annonces très aguicheuses.

Concernant la façon dont il faut se comporter, ça varie. C’est un peu comme un marché en fait. Dans le sens où il y a une demande, avec des clients qui souhaitent avoir un rapport et qui préfèrent telle ou telle manière, et une offre, avec des filles qui indiquent ce qu’elles acceptent, et ce qu’elles n’acceptent pas, comme pratiques – je dis les filles parce que c’est à elles que je fais appel, je ne saurai pas parler pour le reste. Un minimum de civilité et beaucoup d’hygiène, ce sont les éléments fondamentaux d’un bon rendez-vous. Il ne faut pas oublier que ce sont des êtres humains en fait, donc le respect est de rigueur. Vu que c’est un service qui m’est rendu, moi je me dois en tant que personne bénéficiant de ce service de me montrer poli, respectueux, à l’écoute de leurs limites. Puisqu’elles me rendent un service je ne vois pas pourquoi je leur manquerais de respect. Ça doit dépendre de l’éducation de chacun, mais moi ce sont mes valeurs.
Concernant la tendresse et l’attachement, ça dépend vraiment des profils. Plus tôt, je disais que ma première expérience s’était mal passée : il y a plein de fois pendant lesquelles ça s’est mal passé, après lesquelles je n’étais pas satisfait, mes besoins n’étaient pas comblés. Je pense que j’ai une part de responsabilité là-dedans dans la mesure où peut-être que je n’avais pas mentionné clairement mes attentes, notamment sur la tendresse. Parce qu’en général ce qui se passe, c’est que lorsque j’arrive dans leur appartement ou leur chambre d’hôtel, elles sont déjà en petite tenue sexy pour éveiller le désir au premier regard. Et après m’avoir mis à l’aise, elles me demandent de me déshabiller, de m’allonger sur le lit et elles commencent à me caresser le sexe. Et moi je n’étais pas très fan de cette façon de procéder, parce que même si visuellement j’étais stimulé, ce n’était pas suffisant pour que je me dénude d’un coup, et que j’enchaîne. Parce qu’il manquait toute cette partie des préliminaires où il peut y avoir un échange de câlins, de tendresse, d’affection. C’est pour ça qu’aujourd’hui, je remarque que je préfère jouer la sécurité en allant voir celles avec qui ça s’est déjà passé, avec qui je sais que j’aurai ce minimum de tendresse avant de passer au rapport sexuel à proprement parler ; on dit « girlfriend experience » dans les annonces en ligne, il y a tout un vocabulaire associé au sexe tarifé. Ça fait partie de mes besoins, et c’est là que je remarque qu’il y a quand même des limites par rapport à ces pratiques. Parce que même si aujourd’hui sexuellement ça va, parce que je n’ai plus le sentiment d’être dans une misère sexuelle, je suis toujours en manque d’affection. Et il y a peu d’escortes auprès desquelles je peux en trouver.
Pour ce qui est de l’attachement, dans ma tête c’est clair, je ne vais pas voir des escorts pour construire quelque chose avec elles. Donc il n’y a pas d’attachement de mon côté mais il y a une fidélisation. Comme je l’ai dit je vois que je privilégie celles avec lesquelles ça s’est bien passé et même s’il y a toujours des cas où je vais rencontrer des nouvelles filles par curiosité, je préfère régulièrement jouer la sécurité.
Capture du film L’Apollonide
Parlons maintenant de l’après : qu’as-tu tiré de ces expériences personnellement, au-delà de la satisfaction de tes besoins sexuels, t’ont-elles permises une détente dans ton rapport à ton corps et à ta sexualité ?
Oui. Moi j’y trouve que je n’ai plus le sentiment d’être dans une misère sexuelle déjà, de ne plus passer par de longues périodes pendant lesquelles je n’ai pas de rapport sexuel. Du coup quand je compare la période dans laquelle j’étais avant et celle dans laquelle je me trouve maintenant, ben je me sens mieux. J’y pense moins, parce que je n’ai plus à me demander comment je fais faire pour rencontrer une fille, lui faire comprendre que j’ai envie d’elle, lui donner envie de moi… Dans ma tête mes motivations sont claires : pour avoir des relations sexuelles je n’ai plus envie de passer par tout ça, parce que ça prend du temps et en général ça n’aboutit pas. Et c’est frustrant, mentalement et sexuellement, parce que c’est le besoin que je souhaite assouvir. Donc cette pratique m’a apportée de ne plus avoir le sentiment d’être dans une misère sexuelle, et j’insiste sur ce terme parce que c’est très important.
Ça m’a aussi permis de ne plus mettre les filles sur un piédestal. Il n’y a plus de mystère, sexuel j’entends ; quand j’étais dans la misère sexuelle, vu que je pensais constamment au fait d’avoir des rapports sexuels parce que ça faisait longtemps, je me sentais énormément sollicité par mon environnement que ce soit par des panneaux publicitaires, des affiches… Plein de trucs qui montraient de belles jeunes filles en sous-vêtements. Rien que le fait d’avoir le sentiment d’être dans une misère sexuelle, d’y penser constamment et de voir ce genre de choses… Je le vivais comme un cercle vicieux ! J’avais tendance à me sentir encore plus enfoncé dans ma misère, parce que ça me rappelait à quel point je n’avais pas accès au sexe. Je me sentais aussi sollicité par les filles que je voyais autour de moi, que je trouvais belles, attirantes, désirables. Donc ça m’a permis d’apaiser ce sentiment de misère sexuelle que j’avais, je me sens beaucoup plus en paix par rapport à ma sexualité et au sexe en général aujourd’hui. C’est devenu pour moi quelque chose de banal parce que je peux y avoir accès quand j’en ai envie, sous réserve d’avoir les moyens financiers parce que ça reste du sexe tarifé. Ça m’a permis de me détendre, d’avoir un rapport sain avec le sexe. Ça m’a permis de me dire : c’est un besoin oui, mais ce n’est pas si important que ça finalement.
Cette interview se déroule par mail avec une adresse anonyme : as-tu déjà parlé à un proche de ta pratique ? Est-ce que c’est une chose qu’il faut cacher et pourquoi (alors tu sembles assumer puisque tu acceptes d’en parler) ?
Effectivement, aujourd’hui je pense que je suis à l’aise avec le fait d’avoir recours au sexe tarifé. Mais à l’aise avec moi-même. Je ne suis pas encore totalement à l’aise avec la façon dont ça pourrait être reçu par les gens autour de moi. J’en ai fait l’expérience très récemment. J’en ai parlé à une personne très proche de moi, de tout ça, sans rentrer dans les détails… J’ai juste dit que depuis un certain temps, régulièrement, je vois des escorts. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai plus eu de nouvelles de cette personne.
Donc je pense qu’aujourd’hui, il y a un réel tabou là-dessus, et je ne me sens pas encore prêt à faire face aux réactions que j’aurai, à affronter cela, à assumer cela. J’ai peur que ce soit trop d’un coup… Et ce que je crains par-dessus tout ce n’est même pas le fait de le reconnaître auprès des gens autour de moi, c’est surtout de me retrouver seul à cause de ça. D’être jugé et isolé parce que, peut-être, c’est quelque chose qui ne serait pas compris par les gens, qui trouveraient ça dégradant, inadmissible, inacceptable… Je crois que c’est surtout ça, je ne suis pas prêt à affronter cela. Même si moi aujourd’hui je suis totalement à l’aise avec ces pratiques.
Capture du film Shame
Ça n’a pas toujours été le cas. Au début, je n’étais pas forcément à l’aise, je me critiquais beaucoup, je me rabaissais d’être le gars qui paye des filles pour du sexe ; et en même temps, je vois quelque chose qui est diabolisé, qui est énormément critiqué alors que moi, je trouve que c’est un excellent service qui est rendu aux personnes qui en ont besoin. Moi j’y ai eu recours en dernier recours en fait, quand je me suis rendu compte que je n’avais plus d’autres choix, d’autres possibilités pour avoir des rapports sexuels réguliers… Je n’avais plus envie de draguer des filles, de les inviter en rendez-vous, de passer toutes ces étapes-là… D’aller en boîte de nuit et payer une entrée à je ne sais pas combien… Tout ça c’est du temps, de l’investissement, de l’énergie pour parfois rien à la fin et comme je l’ai dit c’est frustrant. Donc j’ai eu connaissance de ces pratiques et depuis que je le fais, je me sens très bien dans ma vie sexuelle même s’il demeure un manque affectif.
On ne peut pas parler sexe tarifé sans parler des débats qui l’entourent. Plusieurs associations militent pour l’abolition de toutes les formes de prostitution, qu’elles voient comme une exploitation de la femme ; elles estiment que la prostitution ne peut être que subie et non choisie par les femmes qui se prostituent… En tant que client, comment tu te positionnes sur ces questions de société ?
Je ne suis pas d’accord avec le fait que ça ne peut être que subi et jamais choisi. Travailleur ou travailleuse du sexe, c’est encore une activité qui est perçue comme étant effectivement une exploitation des personnes qui le font. Comme à l’époque quand il y avait quelqu’un au-dessus d’elles qui les obligeait à faire ça, quelqu’un qui les manipulait en fait, et qui en tirait profit. Je n’ai plus l’impression que ça corresponde à la réalité d’aujourd’hui. Je vais parler dans mon cas, des différentes conversations que j’ai eu avec différentes escortes que j’ai rencontré, parmi celles qui ont accepté de répondre à mes questions. Parce qu’au-delà de les solliciter pour du sexe je m’intéresse toujours à elles. J’ai besoin de savoir qui elles sont, d’où elles viennent et pourquoi elles le font. Et à ma grande surprise, la majeure partie de celles que j’ai rencontré étaient indépendantes : il n’y avait pas de proxénète qui les obligeait à se prostituer. Peut-être qu’elles m’ont menti, je ne sais pas. Mais la plupart m’ont expliqué qu’elles gèrent elles-mêmes leurs annonces. C’est comme si tu postais une annonce sur Le Bon Coin parce que tu proposes un service de cours particulier : il n’y a personne derrière toi qui te pousse à le faire, c’est de ta propre initiative.
Ce qui me donne envie de les croire, c’est la motivation supérieure à l’argent qui les guide. Parce qu’en général, on se dit, elles le font pour l’argent. Mais en fait souvent ce sont des filles qui font ça pour servir leur projet ultime. La plupart sont étudiantes ou jeunes actives, et c’est un moyen de financer leurs études ou leurs projets rapidement. Je peux donner des exemples : il y en a une qui voulait monter son cabinet d’architecture, une qui devait payer ses études, une qui souhaitait construire une maison pour sa famille, une qui le faisait pour ouvrir son cabinet dentaire… Moi je décide de le croire parce que j’ai besoin de savoir à qui j’ai à faire. Et ça avait toujours l’air sincère, parce qu’en creusant un peu avec celles qui acceptaient de se confier, leur projet semblait clairement défini. Donc à mon avis ça varie, il doit y avoir des filles contraintes, mais heureusement pour moi jusqu’ici la majeure partie de celles que j’ai rencontré étaient à leur compte.
https://www.youtube.com/watch?v=sSmm2BavtK8

Il y a eu des cas où j’ai rencontré des filles qui le faisaient par le biais d’une agence et je suis assez catégorique là-dessus, dès qu’elles me le disaient je décidais de partir. C’est une façon de me rassurer moralement, éthiquement si on peut parler d’éthique dans ce cadre illégal. Ça me rassure de me dire qu’elles sont libres et indépendantes, parce que du coup moi j’ai le sentiment, en leur donner l’argent, qu’au-delà du simple fait de payer pour avoir accès au sexe je contribue à leur but supérieur.

Même si je n’exclue pas que certaines sont forcées, ce serait malhonnête intellectuellement de ne pas l’envisager même si je ne l’ai pas expérimenté, moi je vois un service qui est rendu pour répondre à un besoin. Parce qu’il y a un réel besoin, et là je parle vraiment pour les hommes, je me base sur mon vécu et des expériences partagées par d’autres hommes que j’ai rencontré. La misère sexuelle, c’est quelque chose qui est vécu par de nombreux hommes ; je ne dis pas que ce n’est pas vécu par des femmes, mais je ne saurais pas en parler. Peut-être par des femmes d’un certain âge qui ne se sentent plus regardées par les hommes… Donc la prostitution ça existe dans l’ombre parce que ce n’est pas réglementé, mais le fait que ça existe, pour ceux qui y ont accès et qui ont osé y avoir accès, je pense que ça leur rend un énorme service. Et je trouve ça très courageux de la part de ces filles de faire ce travail, elles prennent un énorme risque. Elles ne savent pas à qui elles ont à faire, surtout par Internet, elles ne sont pas à l’abri d’une mauvaise surprise. Et puis ça ne doit pas être facile à assumer, de faire ce métier. Je ne parle pas de courage pour me donner bonne conscience, c’est quelque chose que je pense depuis que j’ai recours à ces pratiques. J’ai de l’admiration pour elles. À chaque fois que j’en rencontre une, que je m’en vais, que je me sens satisfait du moment passé, j’ai beaucoup de gratitude.


Les liens communiqués par « Clown Triste » :
Je rencontre une escort (podcast audio)
J’ai testé les services d’un escort (vidéo Youtube)

1 commentaire

  1. Je trouve le choix de la vidéo sur le harcèlement sexuel de rue vraiment inapproprié. Extrêmement orientée, elle sous entend un quelconque lien entre l’expérience personnelle relatée avec candeur par l’interviewé avec ces pratiques regrettables alors qu’il n’y en a aucun dans ses réponses. Hors sujet donc, dommage.

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