Bartenders, DJ, serveurs, cuisiniers, plongeurs, physio, pompiers, danseurs…ils se réveillent quand vous sortez du boulot, rejoindre cette incroyable machine qu’est la nuit, et quand vient l’aube ils rejoignent leurs lits. Ils enfilent leurs tabliers, leurs uniformes, quand vous boutonnez vos chemises et fermez vos escarpins, ils sont les acteurs de vos gueules de bois de demain.

Pour le deuxième portrait de cette série, j’ai rencontré Saber. Profession : agent de sécurité, portier et agent de médiation. Une force tranquille aux multiples casquettes qui donne l’impression de ne jamais s’arrêter.

Salut, peux-tu te présenter et nous en dire un peu plus sur tes activités ?

Je m’appelle Saber, strasbourgeois d’origine, et je suis portier depuis plus de 12 ans. J’ai bossé dans beaucoup d’établissements, notamment dans de gros clubs dont certains n’existent plus comme le Miroir ou le Hot Boat. La journée, je suis agent de sûreté à l’aéroport, et la nuit, agent de méditation au bar La Kulture durant les weekends.

Tu peux m’expliquer ton parcours en quelques mots ?

En 2007 j’ai commencé par dépanner un ami qui bossait dans une discothèque, à l’époque il n’y avait pas besoin de la carte professionnelle, j’ai ainsi pu avoir cette première expérience, c’était au  Miroir, l’actuel Live Club. Puis le patron avait décidé de me garder, j’ai ainsi fait cinq années là bas en compagnie de professionnels du milieu, c’est là que j’ai appris la profession. A La suite de la fermeture de l’établissement, je me suis orienté vers des bars ou des clubs à taille humaine, car les grosses structures devenaient oppressantes, il y a trop de monde, c’est trop grand, et ça ne correspond pas à l’atmosphère de travail que je recherche. L’expérience qui a suivie s’est déroulée au Rafiot, puis au Barco Latino.

 

En quoi un agent de sécurité est censé être différent d’un portier ?

Les missions ne sont pas les mêmes. Un agent de sécurité travaille dans les magasins, les festivals, il peut faire des rondes de garde ou encore être maître chien, il veille à la sécurité d’une zone ou d’un espace. Un portier, c’est avant tout un physionomiste, il n’y en a que dans les boites de nuit et les bars. Il doit gérer, réguler les entrées, sélectionner la clientèle adaptée à l’établissement. Il doit faire attention aux gens qui ont trop bu, et refuser l’entrée à tout individu susceptible de perturber la soirée. Il faut savoir détecter les comportements à risques, tout en veillant au respect mutuel des clients et du personnel à l’intérieur du club.

Quels conseils donnerais tu à quelqu’un qui veut faire ce métier ?

Encore une fois, il faut être quelqu’un de très physionomiste, c’est la principale qualité requise. Il est important de pouvoir reconnaître les clients qui ont déjà pu poser problème. Ensuite, c’est primordial d’être calme, de savoir gérer les conflits intelligemment et surtout de garder son sang froid. Il y a aussi l’aspect physique du métier qui n’est pas négligeable, il faut être prêt à rester debout plusieurs heures de suite, parfois dans le froid, sans jamais perdre le contrôle et en gardant toujours une attitude professionnelle. Il faut être à l’écoute des gens, on est la première personne que les clients voient, on est la vitrine de l’établissement. En fait, il faut trouver le bon équilibre entre sympathie et autorité.

Comment procèdes tu quand un conflit éclate ?

Premièrement, on instaure un dialogue, on essaie de comprendre la situation, les raisons qui ont conduit à l’incident. On agit ensuite de façon rationnelle, en essayant de déterminer l’origine du conflit, et on extrait le principal responsable, ou l’ensemble des concernés si on peine à y voir plus clair. Après, chaque incident est différent, il faut savoir composer dans l’instant, dans la mesure de nos compétences, et contacter les forces de l’ordre si l’incident va au de la de nos fonctions.

Une fois, lors d’une expérience passée, il y a eu une grosse bagarre sur la piste de danse, on a du intervenir à quatre, un client était entrain de boire un verre, il s’est pris un coup et le verre s’est encastré dans sa joue. On a appelé le SAMU. Mais comme ils mettaient du temps à intervenir, un portier a chargé la victime dans sa voiture et l’a emmené a l’hôpital. Ca ne fait pas partir de nos fonctions, mais parfois il faut savoir laisser l’humain prendre le dessus et faire preuve de bon sens.

Dans quel cadre travaillez vous avec la police ?

On ne les appelle qu’en cas d’urgence, d’agression, d’attouchements ou de vol qui ne sont plus de notre ressort. En fait, dès qu’un incident dépasse notre champ de compétences.

Un portier peut-il faire recours à la force ?

C’est quelque chose qu’on doit éviter à tout prix. Nous n’avons pas le droit de lever la main sur un client ou d’être violent avec lui. Le dialogue et la modération sont rois dans la gestion d’un conflit.  Après, à partir du moment ou l’agression pénètre dans mon périmètre, où je suis touché, si une main est posée sur moi, je suis en droit de réagir, c’est de la légitime défense.

Qu’est ce qui te plaît dans cette profession ?

Le relationnel, bien sur, discuter, rencontrer les gens, tisser des liens avec les clients. A partir du moment ou on autorise l’entrée à quelqu’un, on instaure une relation de confiance et de respect qu’on apprécie entretenir au fil du temps. Si dans un établissement, je connais la plupart des clients et que c’est réciproque, ça limite d’office les risques d’incidents car nous nous respectons l’un l’autre. J’aime aussi travailler seul, c’est un métier où l’on ne peut pas toujours bosser en équipe, il faut avoir confiance en son collègue, et si possible avoir déjà collaboré avec lui.

Tu as une anecdote marquante à nous raconter ?

Une fois, un client m’a menacé de me tirer dessus. Quand il s’est approché, j’ai pu intervenir directement en lui faisant une clé de bras et lui saisir sa prétendue arme. J’ai alors réalisé qu’il s’agissait d’une arme factice, heureusement.

Quels sont tes projets pour le futur ?

Je vais me consacrer à la boite de mon frère, Prestige Sécurité, il assure la sécu dans pas mal d’établissements de nuit à Strasbourg et je souhaiterai lui prêter main forte. Ma mission consisterai à contrôler le boulot effectué par ses agents.

Merci Saber pour ton temps et tes propos. Vous pouvez retrouver cet oiseau de nuit à l’entrée du bar de la rue des Batteliers chaque semaine du jeudi au samedi.

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