Depuis 1903, l’association Caritas Alsace accueille, écoute et accompagne les plus démunis de toute la région. Dans son espace de permanence rue de l’Arc-en-Ciel à Strasbourg, ce Secours catholique local peut compter sur les nombreux bénévoles et quelques salariés pour transmettre l’idée d’une « révolution fraternelle » – une valeur humaine universelle qui dépasse la seule charité chrétienne.

13:50, un mardi gris. Rue de l’Arc-en-Ciel, un petit groupe se forme à hauteur du numéro 13. Devant l’imposante porte en bois, certains taillent le bout de gras – doucement, comme ils se parleraient dans un musée ou une église. D’autres vont se poster raides devant la porte, et trépignent en vérifiant l’heure toutes les trente secondes. Comme pour signifier qu’ils sont plus là que les autres. À mesure que les minutes passent c’est tout le groupe qui se tend sur les pavés irréguliers de cette petite artère strasbourgeoise : « Et vous, vous avez rendez-vous ? » Tout à coup la porte s’ouvre, et tout ce monde s’engouffre dans le petit hall de Caritas, sans écouter la réponse : « Non, mais j’ai besoin d’aide. »

La solidarité contre la pauvreté

« C’est l’une des premières organisations de France », proclame fièrement Lisa Burgstahler. Employée depuis quelques mois seulement par l’association, la nouvelle responsable de la communication de Caritas Alsace présente la maison avec un enthousiasme authentique ; après une première carrière dans l’événementiel, celle qui a rebattu ses cartes en quête de sens veut transmettre au mieux la paix qu’elle y a trouvé : « J’aimerais pouvoir provoquer chez d’autres ce que la découverte de Caritas a provoqué en moi. J’avais envie de solidarité mais j’étais incapable de choisir un public en dépit d’un autre, et puis j’ai trouvé cette organisation qui faisait tout pour tout le monde. C’était fou et ils le faisaient. »

Fondé en 1903 par Monseigneur Müller-Simonis à la demande de Monseigneur Fritzen, Évêque de Strasbourg, Caritas Alsace est un service de l’Église diocésaine de statut associatif reconnu d’utilité publique. Partenaire dès 1948 du Secours catholique, créé deux ans plus tôt, l’organisation s’est donnée pour mission de « faire rayonner la charité chrétienne » par la mise en oeuvre d’une « solidarité concrète » entre tous. « Cela dit », précise Lisa Burgstahler, « Caritas Alsace accueille tout le monde sans distinction de religion. Donc même si les principes fondateurs de l’association sont basés sur l’Évangile, ses valeurs sont avant tout humaines et universelles. »

Pour mener à bien cette mission, l’organisation tente d’apporter, « partout où le besoin s’en fait sentir », une aide matérielle ou morale dans le respect de la dignité des faibles. Passés l’accueil inconditionnel et l’écoute bienveillante offerts par l’un des 2.000 bénévoles de Caritas Alsace, les bénéficiaires sont ainsi orientés vers le pôle d’action le plus à même de les accompagner : famille, alimentation, insertion mais aussi engagement et vacances, l’organisation offre une large gamme d’options ou plutôt d’outils pour « rendre la personne actrice de son développement ». Chez Caritas Alsace, « on ne réduit pas la personne en difficulté à sa précarité », clarifie Vanessa Velty, adjointe à l’Arc-en-Ciel.

En 2017, l’association a ainsi accompagné 35.000 personnes en Alsace, parmi lesquelles 18.000 enfants, en majorité des français de moins de quarante ans vivant sous le seuil de pauvreté voire d’extrême pauvreté, avec un revenu de vie médian de 540€ seulement. 20% des adultes rencontrés n’avaient aucune ressource. 70% étaient en demande d’aide alimentaire, croulant sous des frais obligatoires (loyer, énergie) en plein explosion. Pour autant, plus d’un tiers des personnes éligibles au RSA n’en profitaient pas, mettant à mal le cliché galvaudé du pauvre profiteur. « C’est le nerf de la guerre », complète Lisa Burgstahl, « l’accès aux droits. Si on n’agit pas là-dessus, on ne sort jamais de la précarité. »

La permanence de l’Arc-en-Ciel

Même son de cloche du côté de Germain Mignot, responsable de l’Arc-en-Ciel depuis 4 ans. Créé en 1998, cet espace de permanence permet à l’association d’offrir un accueil fraternel aux strasbourgeois qui rencontrent des difficultés administratives ou sociales. Réinvesti à la rentrée dernière après un an de travaux nécessaire, le lieu est désormais plus adapté à son usage : « C’est toujours la même idée, celle d’accueillir et de rendre autonome. Ce qui a changé, c’est le nombre de personnes en difficulté d’accès aux droits. » Il poursuit : « On observe une précarisation des personnes, dans un environnement psychosocial en flux tendu où l’on ne se rencontre plus, d’où un grand nombre de non-recours aux droits. Les gens sont seuls. Il y a une vraie dégradation de l’accueil en France, et on se retrouve avec des situations tragiques au niveau de la santé, de l’école, de l’intégration sociale… » D’où la nécessité d’un développement plus professionnel « et en même temps, il faut rester un lieu d’accueil comme on n’en trouve pas ailleurs. Ce n’est pas simple ! [rires] »

Dans le local du 13 rue de l’Arc-en-Ciel, les journées s’organisent désormais entre petits-déjeuners solidaires suivi d’un temps d’accueil le matin, et accompagnement individuel ou ateliers collectifs l’après-midi. Germain Mignot précise : « L’objectif, c’est d’accompagner la personne sur un projet de vie, et donc de construire avec la personne dans la vraie vie. Pour cela, on fait d’abord un travail sur l’accès aux droits pour stabiliser la situation, puis on passe sur un accompagnement individuel, qui va du colis alimentaire au groupe emploi en passant par l’accompagnement budgétaire par exemple, où on va apprendre ensemble à optimiser le budget. » Et puis, il y a les rencontres, des temps collectifs « pour la socialisation et la confiance » dans un cadre déterminé par le groupe, comme l’explique Vanessa Velty : « Ici la personne n’est pas juste consommatrice de ce qu’on lui prépare, elle devient actrice du groupe. On est des alter-égos, on collabore avec nos potentiels. »

« Ici on ne réduit pas la personne à la question du non-hébergement ou de la précarité. Ce n’est pas eux versus nous, les pauvres versus les aidants.
Ces personnes viennent nous voir pour améliorer leurs conditions de vie, et elles reviennent pour cette compréhension de leur situation. »

Parmi les bénéficiaires, « un peu de tout » selon Germain Mignot, « quoiqu’il reste des publics qu’on n’arrive pas à toucher comme les travailleurs pauvres qui ne se sentent pas légitimes de venir chez nous… » Pourtant, le service s’adresse à eux comme aux autres. « Et on ne demande pas d’attestation de baptême. [rires] » À Strasbourg, malgré une municipalité qu’il estime militante sur les questions d’accueil et un travail en réseau avec d’autres structures,  le responsable constate que « ça mouline » : « Ces derniers mois, on a accueilli 80% de personnes sans chez-soi, essentiellement des familles qui vivent sous tente, en voiture ou chez des tiers… Alors on appelle le 115, mais les centres d’hébergement sont déjà au maximum des capacités d’accueil. Franchement, c’est l’hiver le plus compliqué que je vis. On est dans une impasse administrative totale. Il y a plein de choses très pragmatiques qui pourraient être mises en place et qui ne le sont pas. Parce que le temps de la politique est jalonné par les échéances électorales plus qu’autre chose. »

Malgré tout, Germain Mignot et Vanessa Velty restent positifs : cette année, ils ont su gérer 2.500 situations de pauvreté grâce à plus de 200 bénévoles qui ont donné 27.000 heures de leur temps. « On vit de vrais beaux moments avec les personnes. Il y a des choses qui se passent entre nos bénévoles, plus ou moins bien lotis, et ces gens très résiliants. » D’ailleurs l’association est toujours à l’affût de nouvelles âmes : « On accueille toutes les personnes qui veulent donner un coup de main, en ayant à coeur de valoriser leurs compétences et de soutenir leurs initiatives, y compris dans nos missions de solidarité internationale. » Solidarités familiales, alimentation, monde carcéral, insertion ou encore éveil à la solidarité, les pôles d’action sont aussi nombreux que variés. À défaut, Caritas Alsace est ouverte aux dons matériels et pécuniaires, qui financent son activité à 70%.

« Quand je défends les droits de ces personnes, je défends aussi les miens, parce que les pauvres sont les premiers à trinquer, ce qui veut dire qu’on est les suivants.
D’où la nécessité d’une convergence des luttes : ce n’est pas parce que ça ne m’attaque pas directement au porte-monnaie que ça ne me touche pas.
Alors même si la solidarité est has-been dans notre pseudo-méritocratie où l’on culpabilise les pauvres avec des récits de self-made man rarissimes, où on les accuse de rester pauvres parce qu’ils n’en veulent et n’en font pas assez, il faut rester unis et s’entraider cet hiver encore, pour avoir une chance de s’élever tous ensemble. »

Pour soutenir l’association Caritas Alsace financièrement :
www.federation-de-charite.org/don-en-ligne

Pour découvrir toutes les actions qu’elle mène avant de la rejoindre :
www.caritas-alsace.org/Activite

Pour solliciter l’aide de l’Arc-en-Ciel (alimentation, budget…) :
www.caritas-alsace.org/Equipes/Permanence_accueil_Caritas_Strasbourg-Arc-en-Ciel

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