Pokaa vous propose, amis lecteur, une nouvelle série inédite. Derrière le pseudonyme de Martine, notre journaliste et a testé, pour vous, des activités étranges, surprenantes et hors normes. Des associations de Strasbourg lui ont ouvert ses portes, et ont peu mis à mal ses rêves d’agent secret…

« Soit à l’heure, sinon tu vas faire des burpees ». Au téléphone, Sacha n’a pas l’air de plaisanter. Je n’ai pas la moindre idée de ce que sont des burpees, mais ce mot mystérieux m’effraie assez pour m’obliger à la ponctualité. Le cours commence à 18h20. A 18h10, montre en main, j’arrive à l’arrêt de tram Gallet.

Pour des raisons de sécurité, mon identité demeurera pour vous un mystère. Appelez-moi Martine. Badass Martine. Mon objectif, rejoindre le club très fermé des agents secrets de Strasbourg. Pour y parvenir, je dois d’abord mettre mes sens et mon corps à l’épreuve. Je vais donc suivre un entrainement au Parkour, avec les meilleurs « traceurs de Strasbourg  (c’est le nom qu’on donne à ceux qui pratiquent ce sport). Pour cette initiation confidentielle, j’ai choisi l’association PK Strasbourg.

Première déception, le cours se déroule dans le gymnase de l’école élémentaire Karine. Moi qui croyais que j’allais tout de suite jouer les yamakazis entre deux immeubles, c’est raté. « Normal, m’explique Sacha, c’est un cours pour débutants. Il y a quelques réflexes à acquérir avant de se mesurer au mobilier urbain. C’est une question de sécurité. »

Dans mon survet’ rose bonbon, je m’étire en jouant les pros. Surtout, ne rien laisser paraître. Je scrute discrètement les participants du jour. Une dizaine de personnes, qui n’en sont apparemment pas à leur coup d’essai. Ok Martine, reste calme. Ne te laisse pas impressionner.

Sacha et Reynald, qui pratiquent le Parkour depuis plusieurs années, commencent l’échauffement. Quelques tours de gymnase en courant, en talons-fesses et en pas-chassés. C’est pas avec ça que je vais monter en grade moi !

Résister (survivre) aux épreuves éliminatoires

« Maintenant on y va avec la posture de l’ours ». Ah, les choses sérieuses vont-elles commencer ? Est-ce une technique secrète censée décupler ma souplesse et mes réflexes en un temps record ?

Reynald se met à quatre pattes, les mains et les pieds bien ancrés dans le sol.  « Vous descendez vos fessiers, et vous vous gainez bien, détaille-t-il. Et ensuite vous allez à l’autre bout de la salle, en avançant à chaque fois le bras et le pied opposé ». Bzzz. Mon cerveau surchauffe un peu. Je vous ai dit que la coordination des membres c’était pas mon fort ?

« Prends ton temps, me conseille Sacha. Trouve ton rythme et avance. L’essentiel c’est que tu fasse bien l’exercice, peu importe si tu vas vite ou pas. » N’empêche qu’avec ma démarche de crabe et mon visage rouge écrevisse, je suis loin de l’allure bad-ass d’un agent secret.

Au bout d’ »une éternité » de quelques minutes, j’arrive enfin à l’autre bout du gymnase. Anne, jeune blonde au sourire pétillant, a les joues aussi rouges que moi. « C’est dur la reprise », dit-elle en riant. J’acquiesce d’un hochement de tête en essayant de calmer mon rythme cardiaque. « J’ai arrêté le sport pendant un bon moment pour des raisons de santé, explique t’elle. J’ai découvert le parkour grâce à l’ami d’un ami, et j’ai eu envie de venir tester. »

Déjà Reynald nous impose d’autres exercices, plus complexes les uns que les autres. Roulade sur le côté, tours sur soi-même en gardant toujours une main et un pied au sol, pompes… Le pire restent les tractions. Je peine à soulever mon corps, et la raclette de midi. Je vous ai dit que je n’étais pas aussi forte que Wonder Woman ?

Courir, sauter, franchir les obstacles

Après ce parcours du combattant cet échauffement, Reynald et Sacha font passer les apprentis traceurs aux choses sérieuses. Des poutres, cheval-de-saut et autres agrès sont alignés les uns à la suite des autres. Reynald sautille de l’un à l’autre comme un funambulle. Bzz. Nouveau bug de mon cerveau. Devant mes yeux écarquillés, il me rassure en souriant : « l’essentiel dans le parkour c’est de passer l’obstacle. On n’est pas là pour se mettre en danger en tentant quelque chose qu’on ne sent pas. »

Il nous montre différentes alternatives pour passer entre les agrès. « Faites vous confiance, dit-il avec bienveillance. N’y aller que si vous le sentez ». Les participants passent les uns après les autres. Certains vont presque aussi vite que Reynald. D’autres, comme Ariane, une presque quinqua maman d’un jeune traceur, ont un peu plus de mal. Mais à chaque passage, elle tente de nouvelles chose, épaulée par Sacha qui lui donne des conseils pour ménager ses genoux. Plusieurs traceurs bénévoles sont venus encadrer l’exercice. Ils anticipent la moindre chute pour que nous retombions sur les épais tapis disposés au sol, sans nous faire mal.

Une fois face aux agrès, mon cœur fait un bond. Sujette au vertige et très un peu pataude sur les bords, sauter d’agrès en agrès me semble irréalisable. Ma volonté de bien faire et de me dépasser, elle, est intacte. Il me faut ce poste d’agent secret.

Je passe sous les obstacles, me hisse à la force des bras sur d’autres. Autour de moi, les aspirants traceurs m’encouragent. Jusqu’à l’erreur fatale.

« Hop hop hop, s’écrit Reynald. On arrête tout. Martine a posé un genou. C’est partie pour les bumpees. » Mon sang se fige. Voici donc venue la terrible punition qui pourrait anéantir tous mes rêves ?

Tout le monde s’exécute. Une pompe, un saut, une pompe, un saut. Au bout d’une vingtaine, Renald cesse l’épreuve. Chacun a joué le jeu. La solidarité et l’esprit de groupe, c’est aussi ça, le parkour.

Se déplacer d’un point A à un point B

Reynald rassemble tout le monde, et lance une balle de tennis à Anne. Le jeu de fin de session commence.

Lorsqu’un traceur a la balle en main, il doit la lancer à un autre, puis se dépêcher de changer de « perchoir ». Si au bout de 5 secondes ses pieds touchent encore le sol, il y reste, et doit intercepter la balle.

La balle fuse dans tous les sens, et les traceurs courent et sautent d’un endroit à l’autre. Malgré son niveau de débutante, Anne est une des dernières en lice. Sacré phénomène !

C’est dans les rire et la bonne humeur que s’achèvent les deux heures de cours… et mon rêve de devenir agent secret.

Ma mauvaise condition physique a eu raison de moi. Reynald, lui, se veut optimiste. « Pour l’instant c’est vrai que c’est dur pour toi, admet-il. Mais il faut revenir, réessayer, ne pas baisser les bras. » Sacha renchérit « Au début on galère tous. Mais c’est ça qui est intéressant dans la pratique du parkour. Les plus expérimentés se rajoutent eux-mêmes des obstacles, sinon ce n’est pas drôle ! »

Reynald me conseille de m’exercer à marcher en équilibre sur une ligne, un muret, ou le bord d’un trottoir. « Il faut commencer petit, et ne pas jouer les têtes brûlées. »

Ravie par ce premier cours, Anne tente de me convaincre de revenir la semaine suivante. « Pour moi les filles sont plus légitimes à apprendre le parkour, renchérit Reynald. Ça leur permettrait d’échapper plus facilement aux relous dans la rue. Quand tu es perchée sur un muret, je crois pas que le mec arrive à te suivre. »

Je promets de repasser à l’occasion, ne serait-ce que pour admirer ces traceurs. L’aisance avec laquelle ils se déplacent me laisse admirative. Elle témoignage d’une grande connexion entre leur corps et leur esprit, et d’une grande connaissance d’eux-mêmes. Certains sont même tellement créatif dans leur façon d’appréhender l’espace, qu’on dirait presque qu’ils volent. Leur esprit d’entraide et leur bonne humeur contagieuse m’ont aussi beaucoup touché.

En attendant le tram pour rentrer chez moi, je me dis que peut-être, devenir agent secret n’est pas une fin en soit, et qu’il vaut peut-être mieux que j’apprenne d’abord à me dépasser moi-même. Soudain, comme si cette réflexion digne de Gandhi m’avait ouvert la voie, j’aperçois, de l’autre côté de la rue, une étrange affiche. « Cours d’Esperanto, la langue internationale équitable ». Qu’est ce que c’est que cette langue mystérieuse ? Pas de doute possible, c’est un indice pour passer à l’étape suivante. Services secrets strasbourgeois, me voilà !


Où faire du Parkour à Strasbourg ?

Si vous êtes expérimentés, où vous voulez ! Le parkour se pratique partout, la rue est votre terrain de jeu.

Pour commencer en douceur, PK Strasbourg (club affilié à la Fédération de Parkour) organise des cours pour débutant en salle (école élémentaire Karine, Hautepierre), et initie cette année un cours débutant réservé aux filles (le mercredi à 18h30 pas loin de l’Hôpital Hautepierre).

Autres horaires et cours, sur le site internet de l’association


>> MARIE DEDEBAN <<

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