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Être ou devenir français : avec Rania, Strasbourgeoise en route pour la naturalisation

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L’an dernier, Rania, qui ne s’appelle pas vraiment Rania, entamait une demande de naturalisation. Après presque dix années passées en France à étudier et désormais travailler, cette jeune femme originaire d’Afrique du Nord a voulu en être. À quelques mois de savoir si ça passe ou si ça casse, la strasbourgeoise d’adoption raconte son expérience d’une démarche finalement peu connue de beaucoup de français. « Pour l’entretien, j’ai acheté un livre d’histoire et j’ai étudié : je voulais être la meilleure française, la française ++. » Et toi, réussirais-tu à être le meilleur français ? Verdict en fin d’article pour peu que tu survives à (l’explication de) la démarche.

  • Pourquoi : une crainte politique

Au début de l’année dernière, et alors que les candidats à l’élection présidentielle règlent leurs comptes à la télévision française, Rania prend conscience de la réelle fragilité de sa stabilité perçue : de l’impact de la vie politique sur sa situation personnelle. « J’ai pensé : je suis en France depuis presque dix ans, j’ai fait mes études ici, j’ai un contrat de travail à durée indéterminée à Strasbourg… Ma vie est ici. Mais si Marine Le Pen passe, ou juste si elle obtient assez de sièges à l’assemblée, on peut me l’enlever. J’ai eu envie d’être française pour que ma vie ne dépende pas de la politique. » Et puis, en toute honnêteté, il y a la puissance du passeport : « Quand on veut partir en vacances avec mes proches français, on n’a pas les mêmes options et j’ai envie de voir le monde moi aussi, je travaille dur pour ça aussi ! »

  • Comment : une démarche exigeante

Rania a demandé la nationalité française par décret ; et quand on se penche un peu sur la démarche administrative associée, on comprend mieux que Rania ne se soit pas pressée pour être naturalisée… Si les conditions d’accès sont claires – « Il faut être majeur, vivre en France depuis minimum cinq ans (dans la plupart des cas !) et y avoir sa principale source de revenus depuis tout ce temps, maîtriser la langue et adhérer aux valeurs républicaines, et avoir un casier judiciaire vierge. En gros… [rires] » – Rania admet qu’elle trouve encore l’entièreté de la procédure assez floue, alors même qu’elle est en train de la vivre : « Je ne sais pas exactement qu’est-ce qui précède quoi, si l’enquête est avant l’entretien. Oui parce qu’il y a une enquête pour vérifier mon dossier et mon comportement… Je sais quelles sont les étapes, mais pas exactement l’ordre. En ligne je ne trouve pas tout très clair, et aucun officiel ne m’a expliqué la démarche. Mais ça, c’est un peu toutes les démarches administratives je crois. »

1) Le dossier


L’entièreté de la procédure consiste en fait (et en bref) à justifier les conditions d’accès. Justificatifs de l’état-civil (acte de naissance, actes de naissance des parents, passeport d’origine), du domicile (actuel contrat de location, trois dernières quittances de loyer et dernière facture d’électricité pour un locataire comme Rania), des ressources (actuel contrat de travail, trois derniers bulletins de salaires et certificats de travail sur les trois dernières années), de la situation fiscale (avis d’imposition, ou de non-imposition, sur les trois dernières années également et fiches de paie des mois de novembre et décembre pour ces années en complément ainsi qu’un bordereau de situation fiscal daté de moins de trois mois portant sur les trois dernières années – à vos souhaits…), du niveau de connaissance de la langue (diplôme français sanctionnant un certain niveau ou attestation spécifique délivrée par un organisme agréé) ou encore de l’absence de sanctions pénales (extrait du casier judiciaire vierge) : la liste de pièces à fournir est très longue, et Rania peine à la déballer de tête. « À la fin mon dossier faisait 800 grammes, je te laisse imaginer le prix d’un tel envoi ! » C’est sans compter les frais engrangés par la constitution du dossier, entre recommandés à son pays d’origine et traductions par un bilingue agréé. En tout, la jeune femme a mis plusieurs centaines d’euros et près d’un an à monter et faire valider son dossier. « Et une fois le dossier validé, c’est encore stressant, parce que rien ne doit changer dans ta situation, sinon tu risques d’invalider le dossier et d’avoir à tout recommencer… »

2) Le rendez-vous


Rapidement, Rania reçoit une convocation à un rendez-vous de confirmation – « C’est plutôt un rendez-vous de vérification. » C’est la deuxième étape pour Rania, qui est dispensée d’examen écrit de français parce qu’elle a étudié en France. Et si elle l’évoque avec plus de légèreté que la précédente, c’est parce que cette étape lui a permis de découvrir son livre préféré : le livret du citoyen, un objet dont la simple mention suffit à la faire éclater de rire ! « Le texte est très grandiloquent. Il y a des frises de l’Histoire de France qui n’ont pas de sens tellement elles sont simplifiées : c’est dommage. » C’est dommage et c’est stressant pour Rania qui, en bonne apprentie française, ne veut pas croire que ce soit si simple. « J’ai flippé… J’ai acheté un livre d’histoire et j’ai étudié : je voulais être la meilleure française ! Et au final, j’ai été super frustrée parce qu’à l’entretien, je n’ai pas pu crâner du tout. [rires] »

L’entretien de Rania a duré une demi-heure avec une personne dont elle tient à souligner la sympathie. « On n’a pas toujours une vision très positive des personnels d’État, alors qu’ils font un travail difficile, ça peut se comprendre qu’ils ne sourient pas tout le temps. À cause de cette image j’avais peur de tomber sur une personne méchante, et j’ai été surprise d’être si bien accueillie. Bon moi dans ma tête, j’étais en mode : le quizz va commencer, comme à la télé et je vais tout casser ! [rires] » Aussi sympathique soit-il, le personnel n’est pas Julien Lepers et au lieu du quizz imaginé par Rania, cette dernière est interrogée sur les pièces de son dossier : « On m’a demandé de parler de mes études, si j’avais des dettes et on a testé mes connaissances sur la République. Pendant tout ce temps, la personne tape ce que je lui dis sur son ordinateur, enfin je pense, je ne vois pas ce qu’elle lit ni ce qu’elle note – c’est peut-être encore le quiz de nationalité de Nicolas Sarkozy ! [rires] »

Extrait du quiz de nationalité française de Nicolas Sarkozy

Lorsqu’on appelle son regard critique sur l’interrogatoire, Rania se montre mesurée : « La première fois que j’ai consulté la démarche, je l’ai trouvé très intrusive, oui. Mais bon, il faut bien évaluer les choses et les évaluations ne sont jamais parfaitement justes pour tout le monde. Moi ça ne me choque pas, même si c’est vrai, c’est parfois absurde. Ce n’est pas une démarche plus absurde qu’une autre. [rires] » Mais il y a une question, elle l’admet, qui l’a étonnée… « On m’a demandée si mes voisins et mes amis étaient français. J’ai dit que les deux voisins que je connais le sont je crois, et mes amis pour la plupart. Mais je ne comprends pas ce qu’implique cette question dans une ville aussi cosmopolite que Strasbourg à l’an 2018. Je ne sais pas, c’était bizarre. » Suite à son entretien, l’administration a 18 mois pour répondre à la demande de Raina, un délai réduit à 12 mois pour les demandeurs qui résident en France depuis dix ans ou plus. « J’estime que je remplis bien les critères. J’ai étudié ici, j’ai une situation stable, je suis en CDI… Ils insistent beaucoup sur le travail : je pense qu’en CDD j’aurais déjà moins de chance. Mais bon, je n’ai pas de famille non plus… Peut-être que ce n’est pas assez bien. » Rania a même fait le choix de franciser son nom, une option offerte au dépôt du dossier. Tout pour la France, quitte à égratigner la famille ? Elle sourit : « J’en ai juste marre d’épeler mon nom dix fois par jour. »


Et toi, réussirais-tu à être le meilleur français ?
Pour le savoir, réponds aux questions posées à Rania (et avec le sourire, il faut bien présenter).

> Quel est l’hymne national français ?
« Je n’ai même pas eu le temps de frimer en plaçant qui l’a écrit ! »

> Quelles sont les valeurs de la République française ?

> Quels en sont les symboles ?

> Que se passe-t-il le 14 juillet, et qu’est-ce que cet événement commémore ?

> Citez deux autres jours fériés français.

Citez quelques monuments français. Quelques monuments strasbourgeois.

> Qui est le président de la République ? Le premier ministre ? Le ministre de l’intérieur ?

> Combien y a-t-il de pays dans l’Union Européenne ? Citez-en quelques-uns.

> Dans quelle région se trouve Strasbourg ?
« Attention petit piège, la personne qui m’interrogeait était très amusée… »

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Commentaires (9)

  1. C’est le baiser de la mort….
    Elle est mignonne, cette candidate, mais quand les musulmans seront majoritaires, ils révoqueront toutes ces libertés et belles valeurs et tout le monde trouvera ça normal comme de changer de pays parce qu’on a un CDI

    • Alors je suis pas matheux hein, mais selon des stats de 2010 (sur http://www.globalreligiousfutures.org/religions/muslims), il y aurait 7,5% de musulmans en France. Je sais pas de quelles valeurs tu parles, mais si c’est de bienveillance, je t’invite à regarder la définition de l’ironie.

      Ensuite, le même site donne une estimation pour 2050 du pourcentage de Musulmans en Europe. Effectivement, le nombre augmente entre 2010 et 2050 : on passerait de 8,4 à 10,2 % (http://www.pewforum.org/2015/04/02/religious-projections-2010-2050/). On reste trèèèèèèèèèèèèèès loin, très très trèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèès loin d’un grand remplacement.

      Je termine par un couplet qui te correspond bien, et qui est plein d’empathie :

      Je suis
      Fier, mais comment vous décrire tout ce que j’ressens
      Quand je marche en ville, de moins en moins de gens me ressemblent
      Dans l’ascenseur, je parle même plus la langue de ma voisine
      A force de planter des arbres, y’aura plus d’places pour nos racines

      Ne reste pas scotché sur ce qui est dit à la télé ou dans les médias en général. Pense selon tes codes, tes envies et surtout ton coeur.

    • Effectivement tu n’es pas matheux. Le grand remplacement est ethnique avant d’être religieux. (Et il est déjà accompli en banlieue nord parisienne.)

      En 2016 en île de France 73,56% des naissances étaient d’origine africaine
      (source afdphe) httpp://www.fdesouche.com/wp-content/uploads/2017/11/DJuBx2dN.jpg

    • Citer fdesouche pour ce genre de stats c’est pas très très objectif. N va dire que leur avis est quelque peu orienté. C’est comme si on citait je sais pas moi, des stats lorraines pour dire que la Lorraine c’est mieux que l’Alsace.

      Pour la suite, tu checkeras L’INSEE qui est peut être un peu plus objective que fdesouche, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3596198

      Là tu verras que 53% des enfants nés en Ile de France sur l’année 2017 ont au moins un parent étranger. Et c’est finalement logique puisque C’est la région avec le plus d’étrangers en France (autour de 22% je crois).

      Enfin, et ce même si le grand remplacement était quelque chose de vrai, je rappelle juste que pour changer les valeurs de tolérance et de bienveillance de notre chère république française (Que vous incarnez au poil) faudrait que ces étrangers arrivent à des posts de responsabilité. Donc qu’ils puissent voter, être naturalisé français ou être à des postes importants dans les entreprises françaises. C’est pas gagné puisque apparemment hein ils ne font que pomper les allocs familiales.

    • L’afdphe est la source le génie.

      « au moins un parent étrangers »
      Donc un africain qui est né de 2 parents ((français)) n’est pas comptabilisé? Et on arrive quand même a 53% !!! au secours. C’est en total cohérence avec mes chiffres.

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