Ces derniers temps, on vous vend l’Inde sur un plateau d’argent.

Invitée d’honneur à Strasbourg, elle joue ses meilleures cartes : sa riche culture musicale, son histoire plurimillénaire, ses accoutrements colorés et exotiques, son artisanat, sa spiritualité et un de ses meilleurs atouts, sa cuisine.

Mais vous le savez déjà, tout ceci n’est que la vitrine pimpante d’un magasin qui recèle d’autres articles, des plus magiques aux plus sordides.
J’ai voulu explorer ce magasin en détail, jeter un coup d’œil aux articles cachés que notre « invitée d’honneur » a à nous proposer.

Alors je me suis invité en Inde. Pas en touriste, pas pour les honneurs non plus, mais pour y travailler. 1 an minimum, pour connaitre tous les recoins du magasin.
Du coup, je vous livre, sur un plateau plastique bon marché, une réalité disons « différente » du pays de Gandhi.

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Jungle urbaine

 

En ville, le fossé entre pauvres et riches prend des allures de précipice. Des buildings luxueux de 30 étages poussent à côté des slums (ces bidonvilles de tôles et bâches plastifiées bleues), et des Gatted Communities, ensembles résidentiels fermés et sécurisés comme des prisons dorées, prolifèrent au même titre que les chiens errants. Quel contraste !

La jungle urbaine abrite une faune motorisée (ou pas) qui va du 4×4 Audi à la charrette tractée par le zébu en passant par les autorickshaws, ces tricycles à moteur bringuebalants. Tout ce beau monde slalome joyeusement dans un air vicié sur des routes généralement bordées d’une multitude d’échoppes aux couleurs gaies et flashy.

Le badaud côtoie allègrement la vache sacrée qui se joue du code de la route, et le piéton risque sa vie chaque fois qu’il tente de traverser une route. Le trafic est digne d’une bataille rangée : malgré sa densité de véhicules et son vacarme de klaxons, chaque conducteur sait ce qu’il doit faire et pilote (oui, « pilote », parce qu’à ce niveau-là on est proche de Drive) avec sérénité et dextérité.

L'auteur
L’auteur

Des mégacentres commerciaux clinquants, gigantesques temples de consommation qui font concurrence aux multiples sanctuaires Hindous, envahissent progressivement les villes alors que les avenues qui mènent à eux offrent le spectacle désolant de monticules de déchets.

L’oncle Sam aussi débarque en force avec ses diverses chaines de fast-food, auxquelles les classes indiennes moyennes et aisées deviennent accros, et grignotent rapidement la place accordée aux restaurants et gargotes plus traditionnels. On observe d’ailleurs, et c’est malheureux, un taux de diabète et d’obésité explosant en Inde. Dieu seul sait à quoi je ressemblerai physiquement dans 1 an…

Bref, depuis, mon arrivée, je dois avouer que « trainer » en ville n’est pas vraiment un plaisir (où sont les trottoirs ? Où sont les parcs ?), bien qu’en cherchant correctement, elle regorge d’activités en tout genre telles que les musées, les lieux historiques, les cinémas et bien sûr, les restaurants qui pullulent.

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Mets et vins jus, en bref

 

On ne vous a pas fait de publicité mensongère à ce sujet-là, le sous-continent indien est une mine d’or culinaire. La diversité des légumes, fruits et céréales lui offre des possibilités de combinaisons et préparations innombrables. Evidemment, ce qui n’est pas qu’un cliché, c’est que la base de chaque repas reste le riz et les nombreux pains plats (roti, naan, chapati, etc.). Mais attention, cette base n’est jamais consommée seule : cela serait perçu comme un signe de pauvreté.

En effet, pour ceux qui ont eu la chance de mettre les pieds dans ce pays, vous me comprendrez quand je dis que l’Inde « fait les choses à sa sauce » : pas un repas sans chutney, curry, gravy, ghee (beurre transformé) et autres viscosités finissant par « y ». Par conséquent, le taux de matières grasses a tendance à atteindre des sommets à chaque repas.
En revanche, la viande est peu consommée (mais quand elle l’est, c’est d’une tendreté !), le nombre de végétariens dans le pays atteignant 20% et le reste de la population n’en mangeant qu’à certaines occasions (festivals, dimanches).

Quid du piment ? Ca arrache, bien sur ! Il est très apprécié et a tendance à contenir vos quantités ingurgitées puisque, passé 4 petits morceaux de poulets enrobés de sauce pimentée, vous abandonnez vos rêves pantagruéliques. Enfin, inutile de citer toutes les épices utilisées, vous seriez effarés. Ce qui est certain, c’est qu’elles déploient leurs fabuleux arômes dans chaque plat.

Et les indiens sont malins : pour améliorer la digestion, rien ne vaut un petit jus de fruits frais (goyave, papaye, mangue, etc.), un chutney de menthe en accompagnement ou quelques graines de fenouil enrobées de sucre à mâchonner en fin de repas. Oh, tant que j’y pense, vos meilleurs amis contre le piment, ce sont le yaourt et le lassi, cette boisson à base de lait fermenté.

Astuce indienne : mangez avec les doigts, uniquement avec la main droite. Selon les locaux, vous mélangerez mieux les saveurs, ne vous brûlerez pas la bouche, prendrez davantage de temps pour manger et digérerez mieux. Bon courage avec le riz…

Hey Bhaiya !

 

Question relations humaines, les indiens sont indéniablement hospitaliers. Soyez certains que si vous êtes convié à un repas, vous ne repartirez pas sans avoir fait tripler le volume de votre estomac. Comme bien d’autres peuples, ils aiment partager la bonne boustifaille, refaire le monde, rire et commérer.
Respectez leur intimité et leurs traditions, ils vous feront découvrir les côtés inattendus de leur culture. Allez jouer au Cricket avec eux (vous ne comprenez rien aux règles ? Il vous faudra au minimum 8 ans de matchs télévisés pour les saisir) et ils finiront par vous appeler Bhaiya (« frère » en Hindi).

Vous vous énervez pour un malentendu, un retard de train, un trafic odieux, un agent corrompu ? Prenez exemple sur les autres : restez cool, c’est la vie !

Vous remarquerez quand même qu’il s’agit d’une société très attachée à certaines valeurs, on pourra même dire conservatrice dans certains cas, surtout lorsqu’il s’agit de famille et de relations homme-femme. Inutile de parler du système très controversé des castes : il est bel et bien réel et présent même dans les parties les plus modernes de l’Inde.
Le mariage arrangé ? En campagne, il fait la loi. En ville, on est un peu plus progressiste et les nouvelles générations ont davantage leur mot à dire sur le choix du grand amour.

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Cocktail d’humains, de culture et de nature

 

Ce qui est dingue dans cette histoire, c’est la capacité du citoyen indien à vivre en harmonie avec son monde. Des milliardaires côtoient des slumdogs (pauvres des bidonvilles) en toute normalité, des ingénieurs informaticiens et des businessmen rangent leur cravate et leur rationalité pour se recueillir au temple les Week-ends ou lors des festivals. Les Hindous en Sari croisent les musulmans en Qamis et les Sikhs enturbannés sur des boulevards construits par les colons anglais.
Le subordonné accepte sans remise en cause l’ordre du supérieur hiérarchique (Sir, yes Sir !) en trimant pour, peut-être, escalader l’échelle professionnelle. L’intouchable sait qu’il restera intouchable et ne rechigne pas. On ne se plaint pas, on s’active, on travaille, parfois pour vivre, parfois pour survivre. En effet, pas le temps de se lamenter sur son sort : quand on a 1.2 milliards de voisins, on a pas mal de concurrents prêts à tout pour avoir un boulot, aussi pénible soit-il.

Un détail que j’ignorais avant de venir en Inde : chaque état indien est plus densément peuplé que la France pour une superficie légèrement inférieure, possède son propre gouvernement, sa propre langue officielle et sa propre écriture. En fait, l’Inde c’est une fédération de pays, chacun ayant sa propre culture. Le lien qui les relie tous ? L’Histoire, un gouvernement central, l’Hindi et l’anglais.

Ces aspects font de l’inde une nation riche culturellement mais aussi, étant donné la taille du pays, un territoire varié avec des pics enneigés au Nord (l’Himalaya), des déserts arides à l’Ouest (le Thar), d’immenses plateaux au centre (le Dekkan), des forêts luxuriantes au Sud, etc. On n’oublie pas les éléphants et les tigres qui ont fait rêver des générations d’explorateurs, les cités antiques telles que Vârânasî ou Calcutta qui bouillonnent de légendes et les plages paradisiaques de la trépidante Goa.

Je ne peux que vous recommander de découvrir ce pays aux multiples facettes, aux extrêmes saisissants et au doux exotisme. En attendant, permettez-moi de déguster un bon thé épicé devant un nanar bollywoodien, repos bien mérité pour mieux reprendre l’aventure indienne…

HUGO DESPRETZ

Amoureux de la vie, chasseur d’exotisme et atteint de curiositite aigüe…

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Ci-dessous, quelques photos insolites pour nourrir votre imagination…

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Au milieu du trafic en plein soleil, vendeur de gaufres sèches chocolatées en vrac. Fraicheur garantie (Charminar, Hyderabad)

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Improbable mais vrai, une église catholique gothique en Inde (Eglise Sainte Philomène, Mysore)

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Le somptueux palais au style fusion anglo-indien de la dynastie des Wodeyars (Mysore)

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Ce même fastueux palais de nuit (ils ne font pas les choses à moitié les Maharadjas)

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Le « Golden Temple », lieu de culte N°1 des Sikhs, une merveille sur un lac en pleine ville (Amritsar, Punjab)

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Frontière Indo-pakistanaise où a lieu tous les jours une absurde démonstration de force en face-à-face entre les deux pays. Foule hystérique et chants nationalistes, ça chauffe depuis 1947 entre les deux « nations-sœurs » (Punjab)

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En attendant que les hommes se tapent dessus, les femmes ont planté le jeune riz à la main au Punjab…

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On se permet de camper sur le parvis d’un Taj (Palais en Hindi) oublié dans la nature mais incroyablement bien conservé (Gandikota fort, Andhra Pradesh)

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Les anciennes geôles du Fort Gondikota avec leur charme pittoresque…

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Les indiens ont un temps s’avance sur le reste du monde dans les technologies de la télécommunication…

Photographie de couverture : Expansion Quebec

2 COMMENTAIRES

  1. Un récit haut en couleur et en saveurs, avec un style et un humour indéniables, qui donne une furieuse envie d’aller à la rencontre de ce pays et de ses habitants !
    Merci pour ce partage et bravo 🙂

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