La réputation de Deaf Rock, le label musical Strasbourgeois, n’est plus à assurer en Alsace. Toutefois, j’ai tenu à vous présenter Julien Hohl, jeune directeur du label et batteur de PLUS GUEST et de COLT SILVERS. On a tendance à toujours interroger les groupes sur ce qui constitue leur histoire mais chez Deaf Rock il y a Julien, le père de la musique montante de Strasbourg et d’ailleurs. Il a accepté de me rencontrer dans les locaux du label où nous avons échangé pendant presque trois heures. Trois heures passionnantes tant le parcours et l’individu sont intéressants. Lorsque la passion, la détermination et l’énergie se mêlent à la rigueur on obtient des personnalités forgées dans un fer rare. Julien est de cette trempe là. Quel a été son parcours? Quel rôle joue-t-il aujourd’hui dans la vie musicale française? Quels sont les conseils avisés qu’il peut nous donner? Je ne pouvais pas ne pas vous raconter cela. Je vous invite à lire le compte rendu de ma rencontre avec Julien Hohl en faisant quelques petites pauses musicales pour apprécier l’oeuvre du label et de ses musiciens. 

Histoire de te présenter un peu, es-tu Strasbourgeois?

Strasbourgeois non pas de naissance mais d’adoption depuis 9 ans, arrivé pour la fac.

Tu viens d’où?

De Thionville! J’ai essayé une année de fac à Metz et j’me suis cassé.

Tu as tenté quelle fac?

J’ai tenté une fac de L.E.A puisque j’étais plutôt bon en langues et j’me suis fait… extrêmement chier! Et au bout de trois mois j’ai arrêté. J’ai quand même validé des U.E ce qui m’a permis de rien branler à Strasbourg, c’est que j’avais quand même des facilités sur certains trucs.

J’avais le temps de faire plein de musique avec mon batteur, le batteur de mon premier groupe à l’époque.

Ah! Tu n’étais pas batteur?

Moi non, j’étais pas batteur j’étais guitariste chanteur. Mon premier groupe s’appelait KuRu (ndlr: prononcer Kourou) qui a été mon premier tatouage. C’était une année plutôt cool j’avoue, avec le recul je me dis que c’était une année sabbatique, quand je vois tout le taff que j’ai depuis 7 ans et que je n’arrive pas à prendre de vacances. Le problème c’est que j’étais pas très riche, j’ai demandé la bourse mais ça a pris un temps fou et elle s’est débloquée en mars. Ce qui fait qu’entre septembre et mars j’ai galéré! Je faisais du stop pour rentrer chez moi.

Ma copine a eu son bac et ensuite on s’est cassé à Strasbourg où j’ai fait une fac de musicologie. Je me suis dit qu’elle ne me donnerait pas un métier mais le solfège m’intéressait et après j’ai eu ma licence de musique… Ça m’a amené à plein d’autres endroits, j’ai fait de la guitare manouche avec un gars, j’ai rencontré des chanteuses, j’ai été dans un choeur à l’intérieur duquel j’étais basse… Ça a changé ma sensibilité par rapport à la musique je pense. C’est pas mal parce qu’aujourd’hui en studio j’ai une oreille plutôt développée.

Colt Silvers – As We Walk

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Avant cela, quelle a été ta première rencontre avec la musique?

J’étais «maqué» avec mon meilleur ami au lycée et, j’sais pas pourquoi, son père lui a offert une guitare à Noël et d’un coup il a monté un groupe avec un guitariste et un batteur, en deux mois. On partageait tellement tout que j’me suis dit «vas-y fais de la musique aussi!». Quand il est arrivé dans le groupe il manquait un bassiste et les deux autres lui ont dit: «vas-y fais de la basse!» du coup il a acheté un ampli une basse et il a fait de la basse. Ils avaient pas de chanteur guitariste et il m’a dit «vas-y viens on rigole bien».

J’ai découvert BLINK 182 et après c’était fini! Après ma vie a basculé. C’est le seul groupe pour lequel je suis fan tu vois. J’ai rencontré énormément d’artistes car j’suis sur tous les festivals en prod’ et ça m’a rien fait. À l’époque il y avait pas twitter ou tous ces machins là où chaque artiste raconte sa vie, avant j’imaginais que le gars quand il se levait le matin il était en or. Je pense que comme c’étaient les premiers et que j’avais une naïveté totale, j’suis tombé complètement dans le punk rock … Je pense que ce n’est pas pour rien que le label a eu cette couleur très énervée…

J’ai commencé à faire 8 heures de guitare par jour, en deux ans j’ai eu plus de niveau que l’autre guitariste et avec le bassiste on est devenu leader du groupe alors qu’à la base c’était un groupe dans lequel on s’était intégré. Mes premières dates avec KuRu c’était à Strasbourg, au Zanzibar deux fois et au Café Des Anges.

J’étais déjà très intéressé par la batterie, je me rappelle pendant les répètes quand le batteur allait pisser j’me mettais direct‘ derrière la batterie. C’est lui qui m’a appris la batterie au lycée avec les effaceurs, il m’a appris les premières indépendances.

Comment s’est passée la fondation du label?

Quand je suis arrivé à Strasbourg, j’ai eu l’intuition que je pouvais faire quelque chose dans la musique. On m’a dit «Si tu veux faire des concerts faut monter une asso’! C’est aussi simple que ça.» Et voila j’ai monté ma première association en 2005, ça s’appelait  » les défrockés ». Le label était une continuité de l’association. Avec l’asso‘ on a fait des concerts pendant quatre ans.

J’ai quitté le Molodoï où j’organisais des concerts quand j’ai rencontré Christophe qui était ingénieur son live à cette époque. J’avais PLUS GUEST à ce moment là. J’ai commencé le groupe avant  d’avoir commencé la batterie. Ça c’était en 2006. C’est là que tout a commencé. Christophe avait un petit studio à Illkirch, on a enregistré 3 titres avec lui. Il nous appelait «les p’tits cons qui font du rock’n’roll». Il nous avait dit ensuite «oh moi j’vous produis!», sauf que j’étais déjà manager bénévole de COLT SILVERS et ELECTRIC SUICIDE CLUB alors je lui ai proposé de monter un label. Que je sois manager à temps complet et que lui enregistre les groupes. Et voilà en 2008 on a remonté une asso‘ et Christophe a enregistré les premiers albums de PLUS GUEST et COLT SILVERS qui ont paru en mars 2009. Moi j’ai cherché les financements en 2008… J’ai été beaucoup soutenu par la Laiterie et Hiéro Colmar pour qui j’ai travaillé après.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’en faire ton métier?

Parce que j’étais dans un groupe et que je m’en sortais peut-être mieux que les autres à faire ça… Surtout que j’ai vu des groupes très bons mais qui n’avaient aucun mec comme moi dedans… C’était un peu dommage pour eux et j’en ai perdu un! Mon grand regret! J’ai commencé à les voir sur scène et ils ont arrêté avant que je les ai rattrapés… Mais j’ai quand même récupéré le chanteur qui est devenu le bassiste de PLUS GUEST.

 1984 – FUMINE

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Plus personnellement, comment tu as vécu cette fondation du label?

Je pense que j’aurais pas réussi à développer le projet si j’avais pas eu un boulot qui me permettait de faire ce boulot. Je m’explique: je bossais avec Pierre au molodoï qui m’a été d’une grande aide à l’époque. Il a récupéré Hiéro Colmar et il avait besoin de quelqu’un pour des conseils artistiques et pour des développements de projets, c’était en 2009. Grâce à la Laiterie je trouve des subventions et Pierre me propose de bosser à mi-temps tout en restant à Strasbourg. En échange il fallait que je dise dans les journaux que c’était grâce à Hiéro Colmar. Je prenais en rendez-vous les groupes de Colmar et de Strasbourg. En parallèle je m’entends très bien avec Jean-Luc Gattoni qui bosse au centre de ressources à la Laiterie, tu peux aller le voir en rendez-vous. Je faisais la même chose que lui mais pour Hiéro Colmar. Je donnais des méthodes de projet à des groupes; ce qui m’a appris beaucoup aussi sur ce que je devais faire. J’ai rencontré 200 groupes en 2 ans, la Laiterie m’a mis à disposition ses Locaux, j’étais premier dans le bâtiment… Je me sens vieux en racontant ça… (rires) J’ai fait ça jusqu’en 2011. Ça, plus un petit boulot à côté, j’avais deux mi-temps. J’ai arrêté en début 2011 et je me suis mis à fond dans le Label à ce moment là. J’ai eu la chance d’avoir eu Hiéro Colmar. Pierre et Jean-Luc ont été des mentors pour moi.

Parle nous du rapport: travail de bureau / scène?

Tout le monde met tout dans le même sac mais j’ai deux boulots bien distincts dans le label, je suis manager d’artistes et directeur du label. Je ne suis pas manager pour tous les groupes du label, uniquement de COLT SILVERS et 1984.

COLT SILVERS c’était mon premier bébé. Les mecs sont arrivés et ils m’ont posé un carton et m’ont dit «toi tu fais tout et nous on fait de la zik!». Depuis, plus personne n’a réussi à contacter COLT SILVERS de vive voix ou par mail, c’est toujours passé par moi, parce que j’ai demandé ça pour une question de transparence aussi et de pouvoir contrôler… T’sais il y a toujours des petites conneries, un journaliste va me dire «ça fait trois semaines que j’ai demandé une photo au guitariste je l’ai toujours pas reçue» mais c’était évident! Quand c’est local et que l’un connait un tel du groupe il va toujours passer par lui. Quand on te propose de jouer à Strasbourg on va te dire « c’est bon t’es de Strasbourg, t’as pas besoin de blé » mais j’ai envie de répondre: « mais tu sais quand je vais jouer à Paris c’est pas le déplacement qui me coûte le plus, Stras ou Paris c’est pareil, c’est le fait de déclarer tout le monde qui me coûte! »

ALPES – DON’T SALT MY MEAL WITH YOUR TEARS

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À un moment on a décidé d’arrêter de faire des groupes locaux pour la réputation du Label et aussi pour ne plus avoir tout le temps les artistes dans les pattes et d’autres raisons. Le prochain groupe sera un groupe étranger. On est un Label strasbourgeois oui mais on est avant tout un label français. On dit pas un Label «parisien» on dit un «label français». Pourtant loin de moi l’idée de quitter Strasbourg, j’suis déjà à Paris 2 semaines par mois et quand j’y suis je suis «le rockeur strasbourgeois», je porte l’étiquette de l’Alsace. Ce qui est super cool! Du coup ils sont attentifs à ce qu’on fait, on a plus d’attaches qu’eux avec l’Allemagne… Si demain je vais m’installer à Paris, on redevient un Label comme tous les autres. Je pense que Strasbourg a tout intérêt à le comprendre. Parfois des mecs proposent à COLT SILVERS de jouer pour 200 balles… Ça fait trois ans qu’ils ont pas joué pour 200 balles, faut pas exagérer. Tu te dis «mais les mecs c’est leur métier, ils sont intermittents, faut aussi qu’ils bouffent quoi».

Pour pouvoir faire ce que je fais faut quand même avoir une certaine personnalité, je peux pas être commode tout le temps. Je dois protéger mes artistes, ils ont une entité différente et faut sauvegarder l’image de chacun indépendamment des autres. Je dois les protéger en externe et en interne.

Faut comprendre que même les artistes font pas ce qu’ils veulent dans la baraque. On en reparle après si tu veux.

Au delà du management mon travail c’est aussi d’être en contact avec d’autres manager, je voulais voir ce que ça faisait d’être de label à manager. En général le manager et le label se battent et moi j’étais entre les deux. Du coup je voulais voir la distinction entre les deux, c’est ce que j’ai fait avec Alpes… Déjà j’ai beaucoup moins de boulot… Le manager fait tout!

C’est une revendication personnelle d’avoir fait ce choix là, parfois il y a des confusions dans les métiers… Parfois les artistes ont l’impression de faire partie d’un collectif… Quand j’en entends un au téléphone qui dit «avec Deaf Rock on…» je l’arrête et rappelle au musicien qu’il est corpo, qu’il fait partie d’un label mais il n’est pas dans l’entreprise, les risques c’est moi qui les ai pris à la banque, chez le comptable, chez l’avocat… Ça c’est Christophe et moi. Christophe c’est le mec de l’ombre qui fait tous les albums, alors non je veux pas accepter l’idée qu’on est un collectif.

Là les groupes ont compris qu’il y avait un vrai boulot derrière il y a eu plus de contrats en 2012 qu’en 2009. À un moment j’me suis rendu compte qu’on faisait les boulots d’éditeurs, producteurs et manager qui, en réalité, sont trois contrats différents. Ils ont eu la chance que je ne sache pas que je faisais trois métiers différents qui nécessitaient trois rémunérations différentes et là d’un coup ils ont été pris là-dessus, là-dessus, là-dessus… Notamment sur leurs droits d’auteur. Là ça s’installe parce qu’ils sont en droit d’attendre autant de boulot que j’suis en droit d’attendre les rémunérations.

Ça a été une année très très dure… C’était l’année des investissements des albums. Tu penses bien que si les albums sont sortis en 2013, c’est qu’ils ont été bossés tout 2012. Quand tu sors que du blé pendant un an sur deux disques, que tu montes une entreprise, que tu fais un prêt à la banque pour un studio… Tu arrives en octobre sous l’eau. Mon associé m’a dit «J’te jure là ça passe pas…» j’lui ai répondu «Mec, laisse-moi quatre mois et tout rentre dans l’ordre.» Et au moment où les albums sont sortis, tous les investissements sont revenus. En plus pendant un an t’as aucun retour public! C’est important d’avoir un retour rapide des gens, d’avoir un peu de smile tu vois. Le retour investissement n’était pas direct mais déjà qu’esthétiquement parlant et que le public voit quelque chose et que t’as un retour artistique dessus… On a eu des retours natio’, France Inter, Le Mouv… C’était une vraie année de galère mais nécessaire. 

PLUS GUEST – FIND MY PLACE

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Comment tu fais pour rencontrer les groupes?

Depuis 3 ans j’ai beaucoup de requêtes. Le manager d’Alpes m’a contacté sur un festival à Paris. Au début ils avaient pas ce nom là, ils étaient très jeunes, ils avaient un son très Arctic Monkeys… Un coup j’suis monté en camion à Paris pour les voir en concert, le soir même je leur ai dit: «vous mettez le matos dans le camion on rentre à Strasbourg puis on fait du Studio». Ils sont venus. Deux semaines de Studio, on a bossé que sur des nouveaux titres. Les mecs avaient un studio à eux pour composer presque, ils étaient fous!

J’leur ai dit: «Bon deux choses, j’veux bien vous signer mais déjà vous changez de nom» comme un connard de producteur américain tu vois (rires) «et de deux on va travailler sur la voix, Alex Turner c’est bien mais faut aller ailleurs quand même». En terme de style fallait aller ailleurs. Il y a eu des réticences au début mais au bout de deux semaines ils avaient trouvé. Le manager avait été dur pour le contrat alors que les autres ont toujours signé les yeux fermés.

Birdy Hunt pareil, manager que j’ai rencontré il y a trois ans. On a fait les 400 coups dans les festivals. Il y a 4 mois il m’a dit «allez tu sais que tu vas le faire» et voila, ils étaient en studio le mois dernier, le premier single est sorti, ils reviennent cet été et on sort un truc en octobre.

C’est plutôt le live qui marche, je reçois un cinquantaine de mails par jour de groupes qui veulent faire des trucs, je crois qu’à force je les ouvre plus. Je passe certainement à côté d’une pépite mais…

LA MORT DE DARIUS – HANDSOME

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Parmi les groupes estampillés Deaf Rock il y a LA MORT DE DARIUS qui n’est pas du rock mais de l’électro…

LA MORT DE DARIUS je le bosse parce que ça me parle. Au départ j’écoute pas d’électro pure mais l’intention et la manière dont Agnan (ndlr: guitariste de Colt Silvers) m’en a parlé a fait que… J’lai pas pris comme un projet électro, j’lai vécu juste. Ça me parle par les vibrations que ça crée. Le fait qu’Agnan découvre beaucoup l’électro n’est pas anodin à Colt Silvers. Encore plus sur les nouveaux titres que je viens de recevoir pour l’EP qui sort en juin. C’est un peu comme si eux m’amenaient vers l’électro. On le bosse plus légèrement ce projet car ils sont à 100% sur Colt Silvers.

J’aime pas trop l’électro en fait, ça me renvoie à ces soirées d’enfants qui m’énervent. Tu sais ces soirées electros où même toi t’y vas t’es vieux. En plus c’est une mentalité que j’ai jamais connue. Moi j’ai pas connu les drogues ou le bourrage de gueule à 17 ans… Du coup l’électro s’apparente à cette scène. Je respecte Agnan qui voit le bon côté de l’électro mais… Tu sais même les DJ vivent mal le côté populaire et «mode» de l’électro.

Mais tu penses quoi de l’électro-rock?

Pour moi il y a eu une grosse vague électro rock entre 2005 et 2010 plutôt, au moment où il y a eu les Klaxons qui sont du vrai électro rock pour moi. Je trouve qu’il y en a moins maintenant… Il y a de l’Indie en ce moment mais… Je saurais même pas dire ce qui marche en ce moment… Tu sais ce qui marche toi?

(Pris au dépourvu) heu….

Non hein…!

On entend beaucoup de «sous Foals». C’est un groupe qui a cassé beaucoup de choses dans la vie. C’était un très bon groupe qui a su allier le math rock à la pop comme tous les groupes qui ont réussi à prendre un style et à le rendre pop genre Metallica, ils ont réussi à faire ça mais le problème c’est que ça a ouvert la voie à plein de monde qui s’est dit «On va faire du Foals!»… Bon Colt l’a eu un peu aussi mais ils ont réutilisé la chose complètement différemment et ça sonne pas Foals pour moi.

Puis la voix et le chant de Tristan ne sont pas du tout les mêmes…

On rigole avec Etienne (ndlr: chanteur guitariste de 1984) en se disant que Foals a tué la musique en France parce que les mecs essaient de faire du Foals mais ils y arrivent pas! Foals a un vrai style, ils font des chansons avant de faire de la branlette. Ils ont des chansons qui tiennent sur une guitare sèche et ensuite ils font de la branlette musicale. Tous les groupes qui commencent font de l’instrumental et après ils font de la couture. Il faut que l’arrangement serve la mélodie et pas l’inverse! Ça COLT SILVERS et 1984 l’ont très bien compris. C’est ce qui s’est passé chez COLT SILVERS entre le premier et le deuxième album. Dans le premier ils ont découvert des sonorités et ils en ont foutu à blinde, les voix sont intéressantes mais pas folles… Pour Red Panda ils ont fait l’inverse.

Est-il possible qu’à l’avenir le champ musical de Deaf Rock s’ouvre à d’autres styles? 

Oui parce que j’écoute beaucoup d’autres choses, je suis très fan de folk américaine. J’ai découvert Bob Dylan avant d’avoir commencé la musique. J’aimerais vraiment faire un truc folk, guitare voix. J’ai notamment essayé de bosser avec Thomas Schoeffler tu vois qui c’est?

Heu… attends… Oui oui c’est bon !

Bun c’est la première fois que j’ai fait une proposition artistique à quelqu’un et qu’il m’a dit non. Trop déçu! (rires). Non je rigole mais il était déjà sur un autre truc, il m’a dit: «écoute je reviendrai vers toi plus tard» il était très intéressé et très content de la proposition. Ce mec je l’ai découvert mais… Frissons!! Donc oui plutôt dans ce style là.

BIRDY HUNT – MARIA

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Comment trouves-tu la vie à Strasbourg?

Bien… Parce que j’y suis pas souvent (rires). Je plaisante, en tout cas ce qui est certain c’est que j’adore y revenir. Je suis très content de rentrer, très content de retrouver le chemin de ma maison. En plus j’habite vers la cathédrale et Etienne est mon voisin alors… T’imagines!
Hier soir je suis parti du bureau vers 20h30, déjà j’ai la chance de venir bosser à vélo, on se rend pas compte mais… Là hier j’ai pris les quais vers le musée d’art moderne, c’était juste après la pluie, il y avait personne dans les rues, j’étais tout seul et il y avait un arc-en-ciel de ouf! J’arrive aux arcades et il y avait une bande de trente personnes amassées comme ça… Parce qu’en fait il y avait le mec de Nada Surf qui jouait tranquille avec sa guitare! Tout à fait normal! J’me suis arrêté cinq minutes j’ai vu Simon mon collègue avec un bière j’lui ai dit «C’est normal ça?» il m’a répondu «ouais». Puis j’suis rentré chez moi et je me suis dit: «c’est cool quand même». J’adore Paris pour y travailler mais j’aimerais pas y vivre.
Je pense que j’ai ma vision de Strasbourg… Je sors très souvent dans les mêmes bars… J’vais au Phonographe, avant j’allais chez Jeanette et les Cycleux… La Solidarité… J’fais plus des soirées portées maison ou commencer dans un bar et finir à la maison. J’ai moins la culture du bar. Après quand je vais à Paris c’est bar sur bar et quand je suis en tournée pareil! Alors qu’à Strasbourg, j’ai mon chez moi, c’est paisible, j’suis pas un mec bordélique, pas du tout. J’suis pas un papy mais quand j’peux être tranquille à la maison…

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui voudraient travailler dans le milieu de la musique?

Rompre toute vie de famille?

– ETIENNE !!?
De la salle d’à coté: – Quoi !?
– Tu donnerais quoi comme conseil à ceux qui veulent bosser dans la musique?
– J’sais pas… Un bon foie. (Rires) 

Déjà j’aurais jamais fait ça tout seul, je pense qu’il faut être deux ou trois personnes assez complémentaires. J’ai de bonnes qualités pour ce métier mais un caractère… Comme ça là où ça pêche c’est ton homonyme qui corrige le tir. Tout seul c’est pas possible, même si t’es chef de file. Faut accepter l’intrusion dans ta propre vie, c’est super dur de faire la part des choses entre le privé et le professionnel. Essayer de faire venir des pros à Paris pour un concert après mercredi, c’est impossible.

Mais tu vois on parle tout le temps de musique mais en réalité il s’agit de business de la musique. Je te le dis clairement parce que je me suis pris trop la tête avec des groupes qui m’ont dit: «vous êtes des vendus vous faites du commercial…». On va prendre deux exemples, les FOO FIGHTERS et allez on prend… STROMAE, ce sont deux exemples opposés mais le fonctionnement est le même. Ce sont des mecs qui font de la musique mais la musique c’est 20% du lancement d’une carrière. Sans les premiers 20% c’est pas la peine de bosser les 80% d’après. Si la base artistique est intéressante (et tu  prends le mot «intéressant» dans le sens que tu veux) après ça vaut le coup de mettre du marketing. L’intitulé de base c’est «business de la musique» et c’est pas «musique». Donc au mec je lui ai dit: «on fait pas le même métier, l’artistique est le même mais moi je bosse dans un bureau et toi dans un local de répète, c’est en rien péjoratif mais viens pas me reprocher de faire du commercial puisque… Oui je fais du commercial puisque je bosse avec un distributeur qui est le même qui vend des tapis». À un moment il y a un métier qui est fait entre un producteur phonographique qui envoie des métadonnées et un disque à un distributeur qui passe par un promoteur qui passe par un tourneur qui se prend 15% de ta part avec un contrat fait avec des avocats. Ça veut pas dire qu’il faut changer la musique, mais faut juste comprendre qu’on fait un business qui n’est pas que de la musique.

Pour finir, quels conseils donnerais-tu cette fois à des groupes locaux qui souhaiteraient rencontrer un succès tel que celui de 1984? (Par succès j’entends la rencontre d’un public et pas uniquement la notoriété)

De construire rapidement un petit nom en région, ne surtout pas oublier ça. Ça va être ton assise pour après. Les mecs de Paris vont poser la question à des gens de Strasbourg. Je prends un exemple, le tourneur de SHAKAPONK m’a demandé ce que je pensais d’un groupe et je pense que mon avis a compté pour lui, je te dirai pas ce que j’ai dit mais… Voila faut pas faire l’erreur de se casser direct de la région. En Alsace il y a 4 ou 5 noms importants, tant qu’ils ne connaissent pas ton nom c’est que tu n’as pas assez joué. Il faut les solliciter à chaque fois, même s’ils ne répondent pas.
Ensuite plutôt que de faire un album de 10 titres mets autant de blé dan un EP de 3 titres que t’aurais mis dans les 10 titres. Il y a des groupes aussi qui font l’erreur de mettre d’abord les sons de leurs premiers concerts, faut pas faire ça, on va retenir que ça sinon. Il faut que tes 3 titres soient très représentatifs de ce que tu fais. Et puis tourner le plus vite possible… Faut pas renier sa région, faut que les acteurs locaux entendent parler de toi. Et puis si t’as pas de manager… Faut que tu apprennes à le faire tout seul. C’est comme quand tu contactes un label, moi j’ai des gars qui m’ont contacté ils font du reggae… c’est pas un manque de respect que de ne pas regarder ce que fait le label que t’as en face de toi? Tu vas au casse-pipe si tu vas dans un endroit où tu vas faire croire à des comptables que tu sais parler comptabilité…  Il y a des musiciens qui viennent me parler et ils ne connaissent rien aux métiers de la musique. J’trouve ça toujours hallucinant quand des mecs viennent me parler, ils savent pas qui est Jean-Luc Gattoni, Julien Picus de Dirty 8… C’est normal quand t’as un groupe de savoir qui est dans la place. Et là tu vois qui sont les fainéants et ceux qui veulent vraiment faire ça.

CONCLUSION 

J’aurais aimé rendre l’intégralité de l’entretien tant il était passionnant mais je crains de ne devoir pas vous infliger davantage de lecture. Je suis très heureux d’avoir pu rencontrer Julien et tiens à le remercier encore de m’avoir accueilli au sein des locaux familiaux de Deaf Rock. Il m’a de nouveau fait comprendre qu’il n’y a pas de fatalité si on a l’ardeur suffisante pour risquer de se mettre un peu en danger et qu’on demeure rigoureux dans ses projets. Pokaa suivra l’actualité du label musical et ne manquera pas de vous tenir informés des ses nouveautés.

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