« Vingt questions à ne surtout pas poser en début d’année ». Le titre est accrocheur, et cela tombe bien : la littérature, ça les connaît. Les Bibliothèques idéales investissent la BNU (Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg) du 24 janvier au 1er février, pour leur session hivernale. Au sommaire ? 20 rencontres gratuites avec des écrivain(e)s et artistes, articulées autour de questions « brûlantes ».
L’année 2026 démarre fort. Avec ces « Vingt questions à ne surtout pas poser en début d’année », les Bibliothèques idéales (BI) remettent le débat d’idées au cœur de la cité.
Au programme ? Six journées, une vingtaine de rencontres gratuites et tout autant d’auteurs/rices, philosophes et artistes invité(e)s, « pour célébrer la liberté de parole, la fraternité et l’audace intellectuelle ». Le tout autour de « questions qui fâchent – celles qui éclairent, qui bousculent, et qui invitent à repenser notre monde ».
Revenant à un format qu’elles connaissent bien, les Bibliothèques idéales redonnent la parole au public, pour qu’il ait lui aussi, voix au chapitre. « Le public devient le modérateur », nous explique François Wolfermann, directeur des Bibliothèques idéales. Pour chaque rencontre, après une introduction menée entre un(e) animateur/rice et un(e) auteur/rice, un temps de discussion entre la salle et la scène sera donc ouvert.
On y discutera de « l’ange, le monstre en nous, l’inhumanité, la guerre », résume François Wolfermann. Si l’on ne pourra dérouler ici la vingtaine de thèmes explorés, notons les quelques rendez-vous qui ont piqué notre curiosité :
Guerre(s) et Paix
À la veille des élections municipales, et des présidentielles (elles, en 2027), les BI s’interrogeront sur la démocratie et le fascisme. On pense à la rencontre « L’élection peut-elle devenir le laisser-passer d’un pouvoir anti-démocratique ? » avec Edwy Plenel (cofondateur et ancien directeur de Mediapart, figure du journalisme d’investigation politique).
Ou avec le journaliste, biographe et critique littéraire Olivier Mannoni, traducteur de livres du IIIe Reich, qui se demande : « Comment un régime totalitaire se met en place par la langue ? ».
Sans compter Christine Ockrent qui se penche sur Donald Trump, en éditant un dictionnaire consacré à son vocabulaire, et « analyse comment l’inculture, la brutalité et le narcissisme de [celui-ci] deviennent des armes de séduction et de sujétion », nous dit-on.
Le traducteur (de littérature russe telle que Dostoïevski, Tchekhov, Gogol ou Pouchkine), écrivain et intellectuel engagé André Markowicz s’emparera d’une autre question épineuse : « Et si l’Ukraine libérait la Russie ? ». Abordant avec nous la « capitulation des démocraties européennes devant les projets impérialistes de Vladimir Poutine, mais aussi face aux renoncements des États-Unis sous l’ère Trump ».
Et justement. Alors que le monde ne cesse de se déchirer, avec une actualité toujours plus meurtrière, plusieurs rencontres nous plongeront dans l’horreur des conflits. D’« Un reporter de guerre peut-il ou doit-il être objectif ? » avec Nicolas Delesalle, à celle avec Velibor Čolić, le 31 janvier, que nous conseille François Wolfermann. « La littérature peut-elle réparer ce que la guerre a détruit ? ».
Né en Bosnie-Herzégovine en 1964, enrôlé soldat puis déserteur de l’armée croato-bosniaque, il se réfugie à Strasbourg (puis en Belgique), « refusant l’horreur et la perte de sens d’un monde en train de sombrer ». Depuis, la guerre n’a cessé de ponctuer son œuvre littéraire jusqu’à la parution récente de Guerre et Pluie (Gallimard, 2024), qui « explore la mémoire, la survie et la dignité humaine ».
La justice fait appel
À ne pas rater : la venue de Laure Heinich, éminente avocate au Barreau de Paris, spécialisée en droit pénal (en lieu et place de la rencontre originellement programmée avec Constance Debré).
Ancienne bras droit de Gisèle Halimi, elle s’est formée à ses côtés sur le contentieux des violences sexuelles. Elle a, depuis, accompagné de nombreuses plaignantes dans de grandes affaires médiatisées qui ont su bouger les lignes (telles que celles de Judith Godrèche, ou contre PPDA et Tariq Ramadan).
Autrice – entre autres – de La Justice contre les Hommes (Flammarion, 2023, sur la déshumanisation de la justice à l’attention du grand public), elle se penchera avec nous le 31 janvier sur la déflagration que peut représenter une enquête sur celles et ceux qui la vivent, avec « Comment réparer la justice ? ».
Autre rendez-vous important : « Que nous apprend l’assassinat de Samuel Paty sur la laïcité et l’enseignement ? », le 1er février. Une rencontre avec sa sœur Gaëlle Paty, et les auteurs/rices Valérie Igounet et Guy Le Besnerais, autour du procès des complices de son assassin, pour « écouter, comprendre et partager ce moment unique où histoire, émotion et leçons de vie se rencontrent ».
Judith Godrèche, figure de proue du mouvement #metoo français, viendra quant à elle présenter son nouvel ouvrage Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux (éd. du Seuil, 2026) en s’interrogeant avec nous sur « Que faire du silence des adultes quand on est enfant ? ». « Une rencontre essentielle, forte et profondément humaine », nous promet-on, qui « ouvrir[a] un espace de réflexion sur l’enfance, la mémoire et la réparation ».
Le pouvoir des mots
Sur une note plus légère, une rencontre est proposée avec Ambre Chalumeau, journaliste et chroniqueuse à Quotidien, « autrice et voix incontournable de sa génération ». Elle nous embarquera dans sa Liste de lecture, titre de son ouvrage sorti chez L’Iconoclaste autour de 20 portraits d’œuvres qui l’ont marquées. L’occasion de se demander, avec elle, si « Un livre peut-il transformer une vie ? ».
Quant à Étienne Klein, physicien, philosophe des sciences, membre du CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) et vulgarisateur scientifique – notamment à la radio sur France Culture avec La Conversation scientifique – nous invitera à réveiller notre « capacité d’émerveillement ».
Et pour conclure cette sélection : focus sur la lecture musicale du 25 janvier en compagnie de Régis Quatresous et du musicien Stéphane Clor, « Dire l’inhumanité aide-t-il à la supporter ? ».
Un moment en musique autour de Nourritures (éd. L’Atelier Contemporain, 2026) son premier recueil de nouvelles, où il « déploie une prose longue, sinueuse et introspective, héritière du romantisme allemand et de l’univers kafkaïen » qu’il connaît bien. Où la métaphore de la nourriture vient nous parler de « consommation moderne, dénoncée comme destructrice de l’humain, des émotions et du lien social ». Avec « un humour noir, salvateur, [qui] traverse ces récits sombres ».
Envie de questionner le monde ? Le rendez-vous est donné : du 24 janvier au 1er février, dans l’auditorium de la BNU (Bibliothèque nationale et universitaire). Et le programme complet est disponible ici !
Événement
Bibliothèques idéales : « 20 questions à ne surtout pas poser en début d’année »
Quoi ?
Rencontres gratuites avec des écrivain(e)s et artistes
Quand ?
Du 24 janvier au 1er février
où ?
À la BNU (Bibliothèque nationale et universitaire)
6 place de la République, à Strasbourg



