Le 11 février, Jeanne Barseghian a dévoilé ses propositions sur la démocratie locale et la participation citoyenne, un point très critiqué par ses oppositions durant toute la mandature. La candidate prévoit davantage de moyens pour ses élu(e)s de quartier, un droit d’interpellation citoyen, de nouvelles assemblées de quartier ou encore une ville plus inclusive et plus sûre.
« La démocratie locale et la ville inclusive sont des piliers de l’identité de Strasbourg. » Aux Compotes Café ce 11 février, Jeanne Barseghian a décidé de parler d’un sujet dont les politiques strasbourgeois(es) parlent à longueur de mandat : la démocratie locale. Mais c’est surtout un point sur lequel la mandature a souvent été critiquée, pour avoir décidé sans les habitant(e)s, alors qu’il était le troisième pilier de la campagne de 2020.
Entourée des colistières Seynabou Fall, Floriane Varieras et Améris Amblard [une habitude de jouer collectif en conférence de presse qui distingue la candidate de la majorité de ses adversaires, ndlr], elle assure avoir « entendu les critiques ». Mais plutôt que de parler d’une remise à plat des choses qui n’auraient pas fonctionné, elle préfère la positive attitude « d’une ambition renouvelée qui prend en compte l’évolution du contexte dans lequel on vit où l’échelon local, plus que jamais, devient un terrain de résistance ».
Des élu(e)s de quartier avec davantage de moyens
Au vu des attaques de l’opposition sur le sujet, c’est sans doute la principale mesure qui ressort des annonces de Jeanne Barseghian : dès 2026, les élu(e)s de quartiers auront « plus de marges de manœuvre que dans le mandat précédent ». Concrètement, cela signifie davantage de moyens, que ce soit au niveau du budget ou des délégations, pour que sur certains sujets [non définis, ndlr] ils et elles puissent agir directement.
L’échelle du quartier est essentielle.
Est-ce un retour aux adjoint(e)s de quartier de Roland Ries, procédé duquel Jeanne Barseghian s’était éloignée ? La candidate est ferme : c’est non. Elle reste critique d’un « système qui a pu créer des phénomènes de baronnies avec seulement 7 adjoint(e)s pour 300 000 habitant(e)s ».
À la place, la candidate annonce des permanences régulières de l’ensemble des élu(e)s de quartier et des Stammtisch mensuels pour répondre aux questions et propositions… Mais aussi une volonté de rendre compte des projets menés et d’apporter des réponses plus claires dans un langage plus simple et moins technique. Des propositions qui, sans que ce soit avoué, montrent tout de même un vrai réajustement et une autocritique poussée.
« Changer de méthode démocratique » : comment mieux associer les habitant(e)s ?
En plus de la démocratie locale, la participation citoyenne est une autre priorité de Jeanne Barseghian. Présentées par Seynabou Fall, les mesures comprennent une refonte des assemblées de quartier, souvent peuplées des mêmes personnes. Pour enrayer ce manque de représentativité, Jeanne Barseghian propose un tirage au sort pour définir un noyau d’habitant(e)s, et ensuite des assemblées ouvertes à tous et toutes, où les élu(e)s devront être présent(e)s.
Dans cette logique, l’objectif est également de mettre en place des ateliers d’urbanisme pour associer les habitant(e)s dans les grands projets, comme le réaménagement de la place de l’Homme de Fer, la création du parc de Haguenau, ou la végétalisation de la place de Bordeaux. De futures conventions citoyennes seront également créées, notamment sur le sujet de l’avenir de l’incinérateur Sénerval, alors qu’est évoquée une nouvelle usine [une proposition partagée avec LFI, ndlr].
L’existant est solide, mais il faut apaiser le climat local et cela passera par la proximité des élus et une présence systématique dans les quartiers.
Par ailleurs, un droit d’interpellation citoyenne sera mis en place [une mesure partagée avec Fahad Raha Muhammad, ndlr] : lorsque 5% du corps électoral est atteint [aujourd’hui cela représenterait 7 400 personnes, ndlr], il y aura la mise en place d’une convention citoyenne. À 10%, ce sera l’instauration d’une votation citoyenne locale. Surtout, Jeanne Barseghian souhaite élargir ce corps électoral aux mineur(e)s de + 16 ans et aux résident(e)s étrangers/ères.
Enfin, est évoquée la création d’un médiateur municipal indépendant pour faciliter le dialogue entre la collectivité et les habitant(e)s. Un procédé gratuit et facilement saisissable… mais surtout porté depuis trois ans par Pierre Jakubowicz dont la résolution en ce sens avait été adoptée en conseil municipal. Un fait qui n’a pas échappé au candidat macroniste, qui a dégainé tel Lucky Luke un communiqué de presse le lendemain de la conférence de presse, regrettant « trois ans perdus pour Strasbourg », entre « inaction et déni démocratique ».
Une ville plus inclusive et plus sûre pour toutes et tous
Dernier volet des propositions : une « politique d’inclusion ambitieuse ». Présentée par Améris Amblard et Floriane Varieras, elle consiste notamment en la création d’un Conseil de l’accessibilité visant à intégrer le sujet dans tous les futurs projets, avec également des visites de chantier pour les personnes concernées (personnes en situation de handicap, séniors…).
Dans la même logique, Jeanne Barseghian souhaite implanter un plan global « zéro discrimination », qui doit infuser dans toutes les politiques publiques. Cela passe par le renforcement de l’Observatoire des discriminations, en déployant un baromètre local avec chaque année un rapport et des recommandations. Strasbourg compte également être une « collectivité exemplaire » et trouver des leviers pour éviter les discriminations à l’embauche.
Il faut pouvoir donner à chacun(e) le pouvoir d’agir sur son quotidien.
De manière plus novatrice, l’ambition est de faire de Strasbourg un pôle d’innovation sur la médiation et la justice restaurative, et de ne pas traiter les conflits uniquement par l’exclusion. Cela passe par la création d’un pôle de ressources en médiation, justice restaurative et communautaire et l’amélioration de l’accompagnement des situations de conflit, de harcèlement et de violences sexistes et sexuelles. Comme une réponse sans le dire à l’affaire Polesi, qui a empoisonné la fin du mandat Barseghian.
Enfin, toujours dans l’innovation, Jeanne Barseghian a l’ambition de lancer une campagne municipale gratuite de dépistage de l’endométriose gratuite pour les + de 14 ans. En partenariat avec le CMCO, à la pointe de la recherche sur ce sujet, elle permettrait ensuite d’orienter rapidement vers un accompagnement via un test salivaire. Pour qu’en 2026, on ait une « ville construite avec les habitant(e)s et conçue pour toutes et tous ». Sacré programme.


