Depuis son instauration le 19 octobre, la décision de la CTS de suspendre le trafic de presque toutes ses lignes de tram à partir de 20h et les bus dès 17h ne cesse de faire polémique. Des collectifs de quartier, des maires et deux député(e)s sont vent debout contre une mesure qui pénalise un bon nombre de quartiers populaires. Dans la soirée du 20 octobre, Catherine Trautmann a été obligée de réagir, alors qu’une manifestation est prévue à 18h30 ce 21 octobre à Homme de Fer. On vous résume le tout.
Derniers jours très animés à Strasbourg. Après une manifestation de 25 000 personnes qui a chamboulé la ville, c’est la CTS qui est au coeur d’une polémique depuis le 19 octobre. Dans le viseur : sa décision de dévier plus d’une dizaine de lignes de bus dès 17h, et d’interrompre partiellement cinq de ses lignes de tram à partir de 20h.
Pour rappel, la compagnie strasbourgeoise a pris cette mesure en réponse à la dégradation de son agence de centre-ville, mais aussi suite l’agression d’un conducteur de bus dans la soirée du 18 octobre à Hautepierre. Un choix honorant le droit de retrait de ses agent(e)s, mais qui pénalise plusieurs quartiers populaires. Une décision qui n’a pas manqué de faire réagir de nombreuses personnes ce 20 octobre. Jusqu’à forcer Catherine Trautmann à prendre la parole.
Collectifs de quartier et associations d’usagers/ères vent debout contre la mesure
Décidée dans la soirée du 19 octobre, la décision de la CTS n’a pas manqué de déclencher quelques polémiques. La raison principale ? Son impact sur les quartiers populaires comme Neuhof, Poteries, Hautepierre, Port du Rhin, Musau, Meinau ou Cronenbourg.
Derrière une simple modification d’itinéraire, ce sont des centaines de vies quotidiennes qui peuvent être bouleversées.
Par exemple, le quartier Ampère est désormais complètement enclavé à partir de 17h, avec pour seule solution l’arrêt Aristide Briand à plus de 1,5 km de marche. Le collectif Info Ampère 67 déplore une décision qui « suscite une profonde incompréhension et une réelle inquiétude parmi les habitants ». Le Conseil citoyen du Port du Rhin regrette lui la fermeture de sa ligne 2 et ses trois arrêts non desservis.
De son côté, l’Association des usagers des transporteurs urbains strasbourgeois (Astus) critique « des conséquences particulièrement lourdes ». Elles « pénalisent quotidiennement de nombreux usagers, tout particulièrement les habitants des quartiers populaires, parmi lesquels de nombreux ménages dépendent des transports collectifs pour accéder à l’emploi, aux études, aux soins et aux services essentiels. » Trouvant inacceptable l’agression du chauffeur survenue le 18 octobre, l’Astus appelle enfin à « plus d’agents de sécurité et de médiation pour permettre le rétablissement des dessertes ».
Les réactions politiques critiquant la décision de la CTS
Si elles condamnent toutes les agressions subies par le chauffeur de bus à Hautepierre, la décision de la CTS a également fait réagir de nombreuses personnalités politiques ou mairies concernées par ces interruptions de ligne. Au niveau national, les député(e)s strasbourgeois(es) Sandra Regol (Écologiste et social) et Emmanuel Fernandes (LFI) s’opposent fermement à la décision. La première critique une mesure qui « ne fait qu’augmenter les inégalités et stigmatise une nouvelle fois les habitant·es de ces quartiers ». Le second déclare que « priver ainsi une partie de la population de l’accès à un service public essentiel constitue une rupture d’égalité particulièrement grave ». Pas de réaction de Thierry Sother, également conseiller municipal de Catherine Trautmann.
Pour le conseil municipal strasbourgeois, les groupes Insoumis et Strasbourg Juste et Vivante ont également réagi. Le premier fustige un « couvre-feu dissimulé pour les quartiers populaires » et « la violence d’une décision raciste et classiste », sommant Catherine Trautmann de s’expliquer. Le deuxième estime que « pour des milliers d’habitant(e)s, le bus et le tram du soir, c’est le trajet du travail, des études, des soins ». Il demande à la CTS des précisions sur la date du retour à la normale du service, si les abonnements seront remboursés et comment les terminus provisoires et les déviations ont été choisis.
Si le groupe de Jean-Philippe Vetter n’a pas réagi d’une seule voix, certain(e)s de ses membres ont interrogé la décision de la CTS. Il s’agit de Nicolas Matt et Anne Reymann, réagissant en leur qualité de conseillers/ères d’Alsace du canton 5 de Strasbourg . Dans un communiqué envoyé ce 21 octobre dans la matinée, les deux élu(e)s dénoncent une « situation inacceptable ». Le duo se demande « s’il y a un pilote dans l’avion… ou plutôt un pilote dans le tram » et s’étonne de voir une Catherine Trautmann qui « semble découvrir la mesure 24 heures après son entrée en vigueur, vraisemblablement à l’insu de son plein gré ».
Y a-t-il un pilote dans le tram ?
Enfin, certaines collectivités touchées par les interruptions de ligne ont également pris la parole. Pour Schiltigheim, Nathalie Jampoc-Bertrand développe : « Une décision prise sans aucune consultation ou information des communes ne peut qu’être accueillie comme une punition collective et crée une rupture d’égalité dans l’accès au service public. »
De leur côté, les mairies de Wolfisheim et de Bischheim ont également critiqué la mesure. La première a fait part de son « mécontentement face à cette dégradation du service, qui pénalise les habitants dans leurs déplacements quotidiens ». La seconde déplore que « les restrictions de circulation mises en place en soirée ont également des conséquences importantes sur la vie quotidienne de nombreux habitants ». Petit fait intéressant : ce sont les mairies qui ont réagi et non les maires, Éric Amiet et Jean-Louis Hoerlé faisant partie de l’exécutif de Catherine Trautmann.
En revanche, pas de réactions de la Ville d’Ostwald, de celle de Lingolsheim (la maire Catherine Graef-Eckert fait partie du trio décisionnaire de l’Eurométropole), ou de celle de Souffelweyersheim, pourtant directement impacté(e)s par ces interruptions de lignes. Pour cette dernière, il aurait de toute manière été cocasse d’avoir une réaction, puisque son maire est Pierre Perrin, actuel président de la CTS.
Catherine Trautmann forcée de réagir (par communiqué et en vidéo)
Finalement, après toute une journée de polémique, Catherine Trautmann a dû prendre la parole pour tenter d’éteindre les feux provoqués par la décision. Elle a d’abord réagi via communiqué de presse, expliquant que « des mesures préventives ont été prises par la CTS afin d’éviter un mouvement de grève qui aurait eu des conséquences encore plus lourdes sur le fonctionnement du réseau ».
Elle regrette toutefois que « ces mesures [aient] des conséquences importantes sur la vie quotidienne des habitants de nos quartiers » et « que les élus des communes concernées n’aient pas été associés à ces décisions ». Une prise de parole qui peut étonner, Catherine Trautmann étant présidente de l’Eurométropole, qui est l’actionnaire majoritaire de la CTS, et donc pas sans compétence en la matière. Celle qui est aussi maire de Strasbourg assure enfin qu’une rencontre est prévue ce 21 octobre avec les syndicats afin de trouver les solutions à une reprise rapide du service dans les meilleurs délais.
Je refuse une punition collective pour les habitants.
Il faut croire que la polémique était sérieuse puisque Catherine Trautmann a réagi une seconde fois, à travers une vidéo publiée sur les réseaux tard dans la soirée. Avec des mots légèrement différents : dans une mise en scène proche d’un tram de nuit, la maire de Strasbourg explique comprendre « la réaction des chauffeurs et des syndicats de se mettre en retrait suite aux violences subies par un collègue », mais refuse « une punition collective pour les habitants ».
Surtout, elle affirme avoir « appris la décision de la CTS de limiter la circulation sur certaines lignes ». Là encore, les mots ont un sens et peuvent étonner, au vu de sa qualité de présidente de l’Eurométropole : il serait dommageable que la présidente de l’EMS ne soit pas au courant d’une telle décision.
Elle conclut en affirmant avoir « demandé à la CTS la mise en place de mesures de protection pour les agents et la reprise au plus vite d’un trafic normal. » Une réaction rapide, saluée sur les réseaux, à une polémique strasbourgeoise qui a vite pris de l’ampleur. Il devrait donc y avoir des changements dans les jours à venir. Reste à savoir si cela suffira à éteindre les critiques, alors qu’une manifestation contre la décision est prévue à Homme de Fer ce soir à 18h30.


