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Colère lycéenne et étudiante à Strasbourg : « Notre génération a perdu confiance en la police »

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Mardi 13 octobre, « l’acte V » de la mobilisation lycéenne a réuni près de 7000 personnes dans les rues de Strasbourg. Dans le cortège, les manifestant(e)s s’inquiètent de la répression du mouvement et regrettent un cadrage médiatique essentiellement sécuritaire.

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« On envoie des SOS, on nous envoie des CRS », « Qui nous protège de la police ? » Deux semaines après le début de la mobilisation lycéenne, la répression figurait en bonne place sur les pancartes des manifestant(e)s ce mardi 13 octobre.

« C’est quelque chose qui nous inquiète, reconnaît Jean-Stéphane Marinescou-Bujoï, porte-parole de l’Alternative étudiante Strasbourg (AES). « Il suffit de regarder les statistiques nationales : on est aujourd’hui à plus de 6000 interpellations sur l’ensemble du territoire. C’est quasiment plus que toutes les grandes mobilisations qu’on a eues ces dernières années. »

Depuis le début du mouvement, des images d’arrestations musclées, de clés d’étranglement ou de jeunes blessé(e)s, éborgné(e)s ou mutilé(e)s ont largement circulé sur les réseaux sociaux et marqué les esprits.

« À Strasbourg, on a eu des cas de personnes touchées par des tirs de LBD, poursuit le militant syndical. Au niveau national, un lycéen a eu la main arrachée par une grenade, un autre a pris une grenade en pleine poire à bout portant. On est très inquiets de la situation et c’est aussi pour ça que l’on est là, pour montrer notre solidarité. »

Manifestation jeunesse lycéens étudiants mobilisation
Jean-Stéphane Marinescou-Bujoï, porte-parole de l'Alternative étudiante Strasbourg. © Adrien Labit / Pokaa

« Ça aurait pu être moi »

Venue manifester pour une augmentation du budget dédié à l’Éducation nationale et pour une véritable égalité des chances entre l’ensemble des lycéen(ne)s d’où qu’ils et elles viennent, Ria fait partie des mineur(e)s que cette répression inquiète.

« J’ai vu passer pas mal de vidéos et lu plusieurs témoignages, explique-t-elle avant d’évoquer, elle aussi, le lycéen ayant eu la main arrachée par une grenade à Lens, ou celui qui a perdu une partie de ses dents après un tir de grenade à bout portant dans le Val-d’Oise. « Ça nous fait peur parce qu’on s’imagine à leur place, on est en empathie avec les personnes blessées. On a peur que ça nous arrive. On se dit, à tout moment : ça aurait pu être moi. »

Manifestation jeunesse lycéens étudiants mobilisation
Ria, lycéenne. © Adrien Labit / Pokaa

Marquée par ces images, la lycéenne regrette que les « médias traditionnels » s’intéressent davantage aux poubelles qui brûlent qu’aux blessé(e)s. « Dans les commentaires, il y a énormément de gens qui disent que les blessés l’ont bien cherché. Qu’ils auraient dû aller en cours pour ne pas se faire éborgner. Je trouve qu’on est très peu considérés : on reste des êtres humains. Se faire arracher une main, c’est une séquelle à vie. Mais pour eux ce n’est presque rien. Ça me terrifie. »

Étudiante en classe internationale, Ria a participé à plusieurs actions de blocage avec des ami(e)s depuis le début du mouvement. « Dès qu’on apercevait des policiers, on courait. Je pense que notre génération, elle a vraiment perdu confiance dans la police. »

« On est passé des gardiens de la paix aux forces de l’ordre »

La disproportion des moyens employés pour réprimer le mouvement revient régulièrement dans les témoignages des lycéen(ne)s. « Je trouve que c’est très violent, juge Lilia, lycéenne en centre-ville. Face à des mineurs, on envoie des CRS, des policiers et du gaz lacrymogène. On nous parle de manifestations violentes alors que c’est pacifique la plupart du temps. »

Manifestation jeunesse lycéens étudiants mobilisation
Lilia, lycéenne en centre-ville. © Adrien Labit / Pokaa

« On a été gazés la semaine dernière à République. À Rivetoile, on a failli l’être aussi, poursuit-elle. La force employée pour déloger les étudiants et les lycéens lors des blocus n’est pas acceptable. Le policier, le CRS, c’est une figure qui est censée nous protéger mais qui, là, nous fait du mal. »

« On est passé des gardiens de la paix aux forces de l’ordre, intervient Clélia, son amie, étudiante en classe prépa au sein du même établissement. Nous, on n’est pas contre la police. Mais force est de constater que la police, elle, est contre nous. »

Exercer ses droits

Confronté(e)s à la répression, les lycéen(ne)s et étudiant(e)s s’organisent. L’AES a distribué des tracts créés par le Syndicat des avocats de France pour rappeler aux manifestant(e)s quels sont leurs droits en cas d’interpellations.

« Avant d’aller en manifestation, on se retrouve ensemble pour faire nos pancartes, explique Noémie, étudiante en Histoire. On discute un peu de ce à quoi il faut faire attention. »

Manifestation jeunesse lycéens étudiants mobilisation
Noémie, à gauche, est venue manifester avec ses amis. © Adrien Labit / Pokaa

« Avant ce mouvement-là, je n’étais pas vraiment préparé, juge Marwan, lycéen en centre-ville. Je ne faisais pas beaucoup de manifestations. J’ai vite appris à me protéger et découvert qu’une manifestation, ça peut vite dégénérer. Des fois, quand on est loin derrière le cortège, on entend pas les sommations et en une fraction de seconde, la manifestation peut passer de pacifique et tranquille comme maintenant à une pluie de lacrymogènes dans tous les sens avec des gens qui courent. »

Manifestation jeunesse lycéens étudiants mobilisation
© Adrien Labit / Pokaa

Étudiant dans un lycée « très politisé », Marwan pense continuer à se mobiliser avec ses camarades. Mais il juge que la répression a déjà commencé à porter ses fruits dans d’autres établissements. « Il y a certains élèves qu’on ne voit plus en manifestation. Quand ils viennent, on leur met des absences, cela fait peser une menace sur leur scolarité. »

Dans l’ensemble, les lycéen(ne)s et étudiant(e)s rencontré(e)s entendent bien poursuivre leur mobilisation. « Ce que l’on demande, c’est du budget, du budget et encore du budget, insiste Valentine, lycéenne à Bischheim. On manque déjà de profs mais ils continuent à supprimer des postes. C’est un peu fou tout ça quand on y pense. »

Parti de la place Kléber, le cortège a terminé son parcours place de la République. Plus d’un millier de personnes sont ensuite reparties avenue de la Marseillaise puis boulevard de la Victoire avant de manifester plus d’une heure dans le quartier suisse. Le cortège s’est progressivement dispersé après plusieurs face à face avec les forces de l’ordre.

Manifestation jeunesse lycéens étudiants mobilisation
© Adrien Labit / Pokaa

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