À l’image du reste de la France, Strasbourg a connu, ce 29 septembre, une grande journée de mobilisation sociale. L’intersyndicale revendique 4000 manifestant(e)s dans les rues de la capitale alsacienne. Entre manif et mobilisations lycéennes, on fait le point.
Avec le retour de l’automne reviennent les feuilles mortes… et les discussions qui vont mener au vote du budget au niveau national. Moment déterminant pour la conduite de l’année à venir, la séquence politique s’inscrit, cette fois, dans un contexte préélectoral qui a toute son importance.
C’est bien ce timing qui permet d’éclairer les revendications portées par cette journée de mobilisation « pour la fonction publique » : les organisations syndicales entendent bien peser dans le rapport de force budgétaire à venir. À l’aube d’un budget qui risque de s’avérer tendu, hors de question pour les syndicats que les coupes s’effectuent dans la fonction publique.
Salarié(e)s en grève, manifestation dans le centre-ville de Strasbourg, et lycéen(ne)s qui se joignent à tout ça. On fait le point après cette journée de mobilisation strasbourgeoise.
L’Éducation nationale fortement représentée
Le soleil est de la partie sur la place Kléber, tandis que la manifestation s’apprête à s’élancer. Un peu avant 14h30, le cortège démarre dans une ambiance résolument bon enfant. Les syndicats se succèdent, les chants militants font vibrer les sonos, les drapeaux s’agitent et on aperçoit ça et là des visages de représentant(e)s politiques de gauche.
Dans le cortège, on trouve de tout : fonction publique territoriale, hospitalière, finances publiques, cheminots, orthophonistes, artistes… Mais s’il y a une institution qui a compté beaucoup de manifestant(e)s, c’est bien l’Éducation nationale.
Aurélien, assistant social en établissement scolaire, l’affirme : le cœur du problème est le gel du point d’indice dans la fonction publique. « Revaloriser les personnels, c’est leur redonner ce qu’ils ont perdu », martèle-t-il en pointant des salaires qui ne suivent pas une inflation galopante.
Il dénonce également des conditions de travail en flux tendu constant et des agent(e)s déployé(e)s sur plusieurs établissements : « Dans le Bas-Rhin, il y a un médecin scolaire pour 20 000 élèves, quelle qualité peut-on attendre ? »
Pas loin de lui, trois assistant(e)s d’éducation brandissent une pancarte : « Ici AED en manque de blé. » Pour Floria, ça ne fait aucun doute : « On est clairement sous-payées pour tout ce qu’on fait ! » Son collègue William pointe des retards occasionnels sur les payes. Tous les trois concluent enfin par un sentiment de manque de reconnaissance vis-à-vis d’une fonction pourtant centrale dans le fonctionnement d’un établissement scolaire.
Dans la chaleur de cette après-midi de manifestation, on croise Marie-Ève, professeure des écoles en maternelle. Elle dénonce un manque de moyens humains face à des enjeux qui ont évolué : « On a certes moins d’élèves en classe, mais on a de plus en plus d’élèves à besoins particuliers. »
Pour cela, il faut des AESH (Accompagnants d’élèves en situation de handicap) ainsi que des ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles). Et alors, sur ces points, Marie-Ève est catégorique : « On n’en a pas assez. »
Enfin, Anne-Catherine et Nicolas défendent les conditions de travail des directeurs et directrices d’école : « Les jours consacrés au travail de direction ne sont pas suffisants alors que la charge de travail est phénoménale ! Le métier évolue, ce qui est demandé aux directions d’écoles augmente. »
La jeunesse veut de l'espoir
Sur le quai des Pêcheurs, les différentes générations marchent ensemble. Marc est salarié à l’Eurométropole. Du haut de ses 47 ans, il se désole d’abord de l’avenir promis aux plus jeunes : « Une catastrophe. »
Puis il énumère : le coût de la vie, l’essence, les salaires bas… Face à cela, il aimerait une mobilisation massive. Un arrêt complet du travail pendant deux jours, pour impacter les multinationales et amener une prise de conscience de l’intérêt des travailleurs/ses.
S’il est sur le pont pour porter ses idées, il semble pouvoir compter sur celles et ceux qui s’époumonent quelques mètres devant lui.
En tête de cortège, les jeunes sont présent(e)s en nombre. Les slogans s’enchainent et balaient un large spectre de préoccupations. Aux refrains pour les services publics se mêlent chants antifascistes et slogans en faveur de la cause palestinienne. Le cortège donne à voir un aperçu d’une génération qui se refuse à choisir entre les luttes qui lui tiennent à cœur.
Un lycéen présent sur place nous le confirme : « On ne peut pas manifester pour une cause sans parler des autres causes. On a envie de parler des peuples opprimés, des violences policières, des manques de moyens. C’est un tout. »
On sent effectivement que la question de la police est brûlante. Elle se matérialise dans le cortège par des chants hostiles à l’institution, dans un contexte où beaucoup de jeunes présent(e)s ont en tête les images parvenues lundi d’Île-de-France, qui font état de violences vis-à-vis d’un lycéen. Les confrontations de mardi matin lors d’actions devant deux lycées strasbourgeois sont également dans les esprits.
Lorsque le cortège passe devant le bâtiment du Crous, il se met à chanter : « Solidarité avec les travailleurs de l’université. »
Et puis, à intervalles réguliers, un chant revient sans cesse : « La jeunesse emmerde le Front National. » Pour Milan, 16 ans, qui brandit une pancarte reprenant le slogan, c’est un enjeu primordial : « En 2027, je n’aurai pas le droit de vote. C’est important de pouvoir quand même revendiquer nos idées, nos droits. Alors on le fait en manifestant. »
Pour Loélia, cette convergence des enjeux se résume à un besoin d’espoir : « Adultes comme jeunes perdent espoir. Les jeunes ont accès à l’information, on sait le monde dans lequel on vit, on sait les décisions qui sont prises. Enlever l’espoir d’une population, c’est lui enlever toute capacité de création, de travailler ensemble parce qu’on se recroqueville sur nous-même. »
Une matinée tendue au lycée
Ce mardi matin, ce sont les lycées Fustel-de-Coulanges et Pontonniers qui, fidèles à leur habitude, ont démarré les contestations. Pablo et son ami, qui préfère rester anonyme, ont 17 ans. En classe de terminale au lycée Fustel-de-Coulanges, ils se sont mobilisés pour faire entendre leur voix.
Ils racontent un début de mobilisation visant à bloquer les entrées des Pontonniers et de Fustel vers 7h30. Puis l’arrivée des policiers « en grand nombre ». Pablo se désole de la situation : « J’ai compté 13 fourgonnettes. Pour des jeunes qui manifestent devant leur lycée, en soutien à leurs profs, aux assistants d’éducation, aux CPE. »
Aucun des deux ne nie l’illégalité de bloquer un établissement scolaire : « On aimerait avoir d’autres moyens d’expression, mais on ne nous en donne pas. Il faut accepter d’écouter les lycéens, on est capables de réfléchir, et de tenir des discours concrets. »
Les deux dressent un bilan mitigé de leur action du matin. S’ils se réjouissent de ne pas avoir subi de violences, ils dénoncent la garde à vue d’un de leurs camarades. Enfin, ils pointent ce qui demeure, selon eux, la responsabilité de la direction de leur établissement : « À partir du moment où les cours de la journée sont annulés, on arrête le blocage et on part manifester. Ils refusent. Rien que discuter avec eux serait bien, mais ce dialogue nous est refusé. »
Milan, que l’on avait croisé plus tôt, indique s’être joint aux blocus du lycée des Pontonniers et de celui de Fustel-de-Coulanges. Il positive : « On n’a pas été gazés, c’est déjà bien ! »
Faut-il s’attendre à d’autres actions lycéennes dans les prochains jours ? On a vu passer des appels pour des blocus circulant parmi les élèves d’autres établissements pour la fin de la semaine. L’appel dénonce des locaux et un matériel dégradés ainsi que des emplois du temps inadaptés.


