Julien Santini, voici un nom que vous devriez retenir. À la fois petit génie de l’impro et maestro du stylo, il souffle un sacré vent de fraicheur sur le monde de l’humour francophone. Comme nous l’avions fait il y a quelques semaines avec l’humoriste Dédo, on s’est incrusté à son spectacle dans la cave du Fat, avant de l’interviewer. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on a pris une belle claque.



Une certaine bienveillance, une folie assumée, des décibels, de grands gestes et une technique rodée au millimètre : voici certaines des caractéristiques que l’on prête à notre humoriste du jour. Après avoir foulé les planches du Montreux Festival et après être monté sur des scènes de café-théâtre pendant près de 7 ans, il continue de débiter ses vannes partout en France, notamment sur les ondes terriblement sous-cotées de Rire et Chanson. À la fois un peu zinzin, faussement étourdi et terriblement attachant, ce Corse de 40 ans propose un humour qui dénote et qui tranche clairement avec ce que l’on a l’habitude de voir. Il oscille entre théâtre, one man show, impro et seul en scène, et c’est ce numéro d’équilibriste qu’il réalise lors de ses spectacles qui rend ses prestations si particulières. Mais s’il a quelqu’un de bien placé pour en parler, c’est monsieur Santini lui-même. 


Comment tu qualifies ton humour en trois mots ?

Génie, beauté, et charismatique… Non, plus sérieusement, c’est compliqué de répondre, d’ailleurs c’est souvent une question que les gens posent au public, alors c’est difficile. Mais mon moteur dans l’humour que je pratique, c’est d’être et de rester fidèle au théâtre de boulevard qui m’a fait bouger le cœur quand j’avais 13 ans. Quand j’ai vu mes premières pièces de théâtre, quand j’ai été pris par mes premiers films de Philippe de Broca, je me suis dit wouaw… Je veux moi-même procurer aux gens les émotions que je suis en train de vivre là. Je veux être sur ce registre un peu décalé, un registre où il y a un jeu fort, très prononcé, qui a l’air un peu faux en amont c’est vrai, mais qui ne l’est pas du tout au final. Pour moi, ce style-là, c’est la pureté même, c’est ce qui me fait vibrer et qui correspond à ma ligne de conduite actuelle.  

L’humoriste francophone qui te fait le plus kiffer ?

Je pense directement aux humoristes avec lesquels j’ai des prod ou des attachés de presse en commun… Faudrait pas foutre la merde. Ce n’est vraiment pas facile d’en citer un ou une en particulier. Alexandre Kominek par exemple m’a mis une claque, totalement. Il m’enchante par la précision de son jeu, par la drôlerie ultime dont il fait preuve, et par la personne qu’il est, tout simplement parce que c’est un gars extraordinaire. Pour moi, il est au-dessus, et je dis ça aussi parce que je l’ai eu il y a dix minutes au téléphone. 

Qu’est ce qui te fait le plus vibrer quand tu es sur scène ?

C’est lorsque les choses m’échappent, lorsque les gens rient bien évidemment, mais aussi quand les onomatopées et les bruits s’enchaînent et montent crescendo. J’aime plus que tout lorsque l’on part tous ensemble dans une folie commune, mais qu’on se comprend, tu vois ce que je veux dire ? Quand on vit cet instant-là, quand on sait qu’on se comprend, c’est tellement jouissif. Forcément, on veut étirer ces instants-là, on veut que ça dure toujours, alors on prend du plaisir à s’y prélasser. Tu les sens quand ils sont là, alors tu en profites avec tout le monde au maximum, juste histoire de créer le souvenir le plus net possible. 

Quelle est la chose dont tu es le plus fier dans ton travail ?

C’est de m’être construit une famille d’humoristes très talentueux et reconnus dans le monde de l’humour, avec des gens comme Artus, Alex Vizorek, Guillermo Guiz, Monsieur Fraize… Tous ces gens qui m’ont donné quelque chose et qui me disaient « on croit en toi, on veut te donner et on te souhaite le meilleur ». Toutes ces mains tendues-là ont changé ma vie, quand Artus me fait faire Montreux, ça change ma carrière et ma vie. Quand Alex Vizorek m’offre de lui donner la réplique dans Télématin, avec les audiences que l’on connaît, je me dis que c’est juste magnifique, et ça me touche énormément. 

Pourquoi tu as accepté de venir dans ce petit caveau de 40 personnes ?

Pour l’amour de la scène que portent Maurizio et Zohar (les deux humoristes qui organisent les soirées Plato). Franchement, quand j’ai vu qu’ils me voulaient vraiment, la motivation qu’ils avaient à me faire venir, je me suis dit que j’irai n’importe où avec eux, et quelles que soient les conditions. Et en plus ce soir elles étaient bonnes. 

Ton meilleur souvenir de scène ?

Ça restera ces fameux moments de communion assez indescriptibles que tu partages avec le public. Quand j’ai fait Montreux par exemple, quand je me suis donné les moyens de le faire, j’avais beaucoup de pression, mais j’avais le niveau, alors je me suis lancé. Et franchement, pour moi, ça a été la récompense de toutes ces années passées à arpenter les cafés-théâtres et à faire toutes les premières parties que je pouvais. Des gens sont venus me voir, ils étaient des milliers, je me suis surpris à sortir des choses imprévues avec précision et tout le monde se marrait, ça a tout lancé et ça m’a laissé en vie. 

Quelle est la place de l’impro dans tes prestations ?

Le fait que ce soir, j’ai essayé de jouer avec le décor par exemple, c’est la première fois que je joue devant des armoires à saucissons, et si la porte avait été ouverte, crois moi, on aurait fait un apéro tous ensemble en direct. J’aime jouer de ça, j’arrive dans la salle avant le spectacle, je me dis que si je foire un truc, je peux me rattraper sur tel ou tel élément, ça fait partie du jeu. Mais si la porte ouvrait, j’étais parti pour 10 minutes d’impro magique, ça prenait avec le public en plus, dommage…


Comment tu fais pour réagir aussi vite aux imprévus ?

Je ne sais pas, ça me semble forcément naturel, sinon ça se verrait que je suis pas à l’aise. Tu sais, j’ai beaucoup souffert et beaucoup galéré pour en arriver là, je voulais faire ce métier mais je ne me trouvais pas. Je voulais faire du théâtre par-dessus tout et un jour mon père a accepté, alors j’ai bossé, j’ai tout donné et tout fait pour ne pas jouer dans un registre scolaire. Je me suis toujours retenu, j’ai toujours suivi les règles et les courants, notamment à l’école. Là, avec la scène, je pouvais être moi et proposer ma vision, tout était possible et ça pouvait payer. Tu te rends compte, les gens me paient pour rigoler à mes vannes… À partir de là, tu lâches les freins et tu y vas à fond. Pour moi, c’est donc naturel parce que je m’autorise, justement, à être le plus vrai possible, sur scène comme dans la vie. J’aime ça, je dois faire ça et il faut travailler pour y arriver. Le reste ne me parle pas. 

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