Influenceuse de trentenaires qui s’assument et s’amusent, Jessica rassemble autour de son compte La Trentaine Tmtc une large communauté pleine d’autodérision. Parisienne d’origine, elle a rejoint à l’automne dernier notre région. Rencontre avec une Alsacienne de cœur, aux 130 000 followers. Une belle bande de millenials qui fantasme sur des BG parfois moins âgés, s’exclame sur de l’électroménager, et parle tisane, sextoys et jeux de sociétés. Bienvenue dans La Trentaine Tmtc : le club privilégié des natifs d’avant 1992, un compte mais aussi un livre, aux références que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître.


C’est par une belle journée de printemps que l’on se retrouve avec Jessica à une terrasse ensoleillée de la Petite France. Une interview bien matinale, entre deux rendez-vous d’un agenda bien blindé pour l’une comme pour l’autre, avec nos cafés et des spéculoos dans les coupelles : difficile de faire plus trentenaires. Elle a 32 ans, et la trentaine, ça lui connaît


La crise de La Trentaine

Tout commence il y a cinq ans. En couple depuis 8 ans, embarquée dans un CDI dans le marketing et proprio d’un appart à Paris, Jessica se sent à l’étroit dans son quotidien trop rangé et sa vie toute tracée. « Je me disais qu’à part les gosses et la Scénic, il ne restait plus grand chose. Je me sentais coincée ». En pleine rupture, elle envoie alors tout balader pour mieux s’écouter, et abandonne son boulot, sa routine : elle a soif d’aventures. Elle prend ses cliques, ses claques et son backpack et s’en va pour un voyage de 6 mois en Amérique du Sud.

De retour de son voyage, elle revient à Paris où elle a déjà passé dix ans. Elle rejoint un nouveau boulot, toujours dans sa branche, mais rapidement, ne s’y reconnaît plus et « repose [sa] dem’ ». À l’approche de ses trente ans, elle ne sait plus trop ce qu’elle va et veut faire de sa vie : une classique crise de la trentaine. Elle décide alors de créer un compte dédié sur le sujet, « en 5 minutes à l’arrache ». Pour elle, d’abord. Elle qui griffonnait déjà à côté, s’impose de sortir une illustration par jour, en s’interrogeant sur des « questions sur le sens de la vie : qui suis-je ? Que fais-je ? Où vais-je ? ». « Un peu pour évacuer, pour rigoler cette crise de la trentaine ». Une thérapie personnelle, aux allures de « carnet de bord ».


La Quarantaine Tmtc

En parallèle, elle prend un aller simple pour le Costa Rica, pour y passer un diplôme de prof’ de plongée. Alors qu’elle sort doucement de son burn-out, avec le dessin, plonger est « l’un des seuls trucs qui [lui] font du bien ». On est fin 2019, et le compte Instagram commence à prendre.

Et un certain 5 mars 2020 : « Je décide de lâcher mon appart à Paris, je plaque tout et je pars définitivement avec un sac à dos au Costa Rica avec pour but de remonter jusqu’au Mexique ». Sauf que, hasard du calendrier, une semaine plus tard, le monde s’arrête et se confine : plus de plongée, elle perd son job, et les frontières ferment. « Je me suis retrouvée coincée », confie-t-elle.

Elle profite alors du compte pour distraire les gens, avec des jeux, des blagues et des dessins. Une manière pour elle de s’occuper l’esprit et oublier sa solitude, en « rigolant avec des inconnus complets à l’autre bout du monde ».. « La Trentaine Tmtc » devient le temps du confinement : « La Quarantaine Tmtc ».

« Hyperactive » à partager du contenu au quotidien, elle se fait relayer par d’autres plateformes comme un « compte à suivre pendant le(s) confinement(s) » et gagne de nombreux followers (de 1000 au premier à 15 000 au second). Pour marquer le coup, elle organise un concours avec une célèbre marque de sextoys. Un partenariat occasionnel qui débouche sur une collaboration fidèle qui lui permet aujourd’hui d’avoir un taff régulier d’illustration, à côté. L’histoire est lancée.


Bienvenue au club

Née à la capitale, elle a pourtant grandi comme expat’, entre les Philippines, la Corée du Sud, la Thaïlande et la Martinique. Mais malgré son enfance aux quatre coins du monde, et quelques références qui lui échappent parfois, elle se rend compte que « la plupart du temps, tout le monde a les mêmes réf’, c’est ça qui est drôle : tu mets quelque chose sur les années 90, et tous les gens sont là à dire « full bingo, je me suis senti concerné par tout ». On a quand même tous la même enfance ».

Elle est là, la force de son compte : il unit une communauté issue d’une même génération, un poil nostalgique, à la recherche d’un espace bienveillant.



Point de débats de société clivants, même si quelques sujets abordés permettent aussi de se libérer de la pression mise sur les trentenaires comme le schéma mariage-enfants-maison-bagnole. Que cela passe par des publications sur les pires répliques sorties lorsque l’on n’est pas – par choix ou non – parents, ou les différents sondages qu’elle poste, elle donne une voix et des outils de communication à sa communauté. Entre deux blagues, ces derniers atteignent parfois 40 000 personnes : des recensements plus larges que certaines études Ipsos. L’idée étant de comprendre, interroger et donner de la place à son lectorat.

On y retrouve du vécu et on se sent d’un coup, moins isolé. Jessica a, par exemple, découvert que pas loin de 35% des femmes qui suivaient son compte ne souhaitaient pas avoir d’enfant, à une période où elle-même sentait et subissait, dans sa vie, le « trente ans et pas d’enfants ».


Une dose de bonne humeur

Au-delà de ça, ses stories « boule magique » lancent d’autres débats inattendus, sortes de cartes blanches posées pour la communauté : « La paille a-t-elle un ou deux trous ? », et autres « Les céréales : avant ou après le lait ? » ; tout en dézinguant les Pim’s, les After Eight, les Mon Chéri, les pizzas à l’ananas et autres – sans rancune – « goût de chiottes ».

Les habitués attendent certains rendez-vous quasi-hebdomadaires, comme les « Mardis BG » où Jessica poste une flopée de beaux mecs croisés çà et là, ou encore les vidéos d’animaux ou les « Mercredis ménage » pour les maniaques qui se rincent l’œil sur d’impressionnants avant/après de canapés nettoyés, de vitres lavées. Enfin, « quasi-hebdomadaire » puisqu’elle souhaite toutefois fuir la contrainte d’une quelconque routine. À l’agenda bien organisé aux publications millimétrées, elle préfère la spontanéité, la bonne humeur et les échanges avec sa communauté.

Capture d’écran story Instagram @latrentainetmtc
© La Trentaine Tmtc



Elle explique n’avoir « aucun filtre » en story et simplement s’amuser. Ajoutant que puisqu’elle repartage « des screenshots des uns et des autres, que et [ça] reste bienveillant » : « souvent ils me disent qu’ils sont comme avec une bande de potes, alors qu’il n’y a que moi derrière mon téléphone ». C’en est si participatif que les gens lui envoient du contenu en avance pour les prochains rendez-vous BG ou autres kiffs électroménagers.

Si son compte a explosé en 2020, alors que le monde était plongé dans l’angoisse générale, et que tous les jours encore, les réseaux sociaux se retrouvent inondés d’un flot constant de mauvaises nouvelles, proche d’« une rubrique nécrologique », rien d’étonnant, donc. Elle voit son compte comme « une bulle de LOL », une « respiration » à mettre dans le quotidien des gens, qu’ils soient coincés dans le métro ou au petit coin, en solo.



Elle multiplie également les collab’ avec d’autres comptes dans la même veine qu’elle : La Célibataire La vraie, 90sMEMES, La vraie meuf cool, Le Baba au Rhum… Des créations à plusieurs mains, dans une communauté Instagram où la majorité des créateurs de contenu sont en réalité, des créatrices, relève-t-elle : « à part Yugnat999, c’est beaucoup-beaucoup de meufs ». En quelques heures, elles conçoivent un bingo, une publi’ ou une story à deux, et se font rencontrer les publics de chacune : « c’est un cercle vertueux, on ne se tire pas dans les pattes ». Un véritable esprit de sororité et d’entraide.


Un livre qui lui ressemble

Et quoi de plus millenial que de transformer un succès numérique en publication papier ? Contactée dès l’été 2020 par trois éditeurs, Jessica s’est décidée à éditer son premier ouvrage : Chroniques de La Trentaine (TMTC*) *toi-même tu sais » pour les boomers, paru en 2021 aux éditions Mango.

Résumé : « C’est grave si, à trente ans, on n’a pas le kit relationship parfaite, job de rêve, appart et baby en route ? Si on se met encore des cuites de l’espace un lundi soir (brillant) quitte à avoir besoin d’une semaine pour s’en remettre ? Si on a envie de tout envoyer bouler et de prendre un aller simple pour le bout du monde ? Tous et toutes les trentenaires se reconnaîtront dans ce livre adapté du compte Instagram @latrentainetmtc et y trouveront de quoi rire (beaucoup), réfléchir (pas trop quand même) et surtout soulager l’immensité de leur crise existentielle ».


Dedans, on y retrouve tout ce qui fait le succès du compte. Un mélange d’illus, de textes, de témoignages, de collabs… Un livre qui lui ressemble. Et derrière ? Beaucoup de stress, un syndrome de l’imposteur à gérer, beaucoup de larmes à l’approche de la deadline, et au final, une énorme satisfaction : « avoir un truc papier, c’est kiffant ».


Des goodies made in Alsace

Si elle ne souhaite ni accumuler les partenariats et réserve ses concours qu’à ce qui plaît à sa communauté (de l’électroménager pour continuer la blague ou des sextoys), elle vend de temps à autre ses propres créations. Des ventes éphémères, comme à Noël dernier, avec sa petite boutique qui proposait des T-shirts citant Céline – irremplaçable icône des 90s –, des mugs, un calendrier… Si vous êtes vous-mêmes tentés par un « J’irai où tu iras », comme cette activité reste occasionnelle car chronophage, il faudra se montrer réactif à la prochaine.

En phase avec les enjeux de notre monde, elle choisit d’ailleurs de ne produire que sur préventes, pour éviter le gaspillage, et qui plus est, en chaîne courte avec… Du 100% made in Alsace ! Installée alors dans la région depuis quelques mois – et qu’elle affectionne déjà – elle s’est entourée au maximum de petites structures du coin, pour participer à l’économie locale. À l’instar de la couturière d’Obernai de 55 ans qui a brodé les T-shirts, et « qui ne connaissait rien à La Trentaine et n’avait probablement pas Instagram ». Pour chaque création, elle y a d’ailleurs apposé un petit logo bretzel pour rappeler leur origine.

L’Alsace déjà bien au cœur, elle a préparé pour Pokaa et son lectorat, une petite dédicace sur nos petits pains. Et à sa lecture, on a bien envie de conclure : « TMTC ».

© La Trentaine Tmtc

Pour suivre La Trentaine TMTC

Son Instagram
Son livre Chroniques de La Trentaine (TMTC*)


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