Hier après-midi, samedi 26 février, plus de 3 000 personnes se sont rassemblées place Kléber pour protester contre l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et montrer leur soutien aux ukrainiens. Une marche émouvante, qui a rejoint le Consulat de Russie en fin d’après midi et jusqu’à 17 heures. Reportage.




Il est 15 heures pile place Kléber. Un drapeau ukrainien surplombe l’Aubette et plus de 1000 personnes sont déjà sur place. Les discours s’enchaînent : « Strasbourg est et sera à vos côtés, la Ville est là pour vous aider, nous étudions les possibilités pour une aide d’urgence », assure Jeanne Barseghian, acclamée par la foule. « On pensait que la guerre était loin, elle est à nos portes », enchaîne Yegor Boychenko, avocat au barreau de Strasbourg.

Un rassemblement comme une thérapie




Après une minute de silence et quelques chants en ukrainien, la foule, hétéroclite, se met à marcher. Avec émotion, les manifestants entament des slogans tels que « Poutine fasciste » ou « Poutine assassin ». Alors qu’Emmanuel Macron annonçait au salon de l’agriculture que « cette guerre durera” et qu’il faudra s’y préparer avec détermination, selon le Huffington Post, Strasbourg résonnait de chants et de tambour.

Ania et Yuliia sont meilleures amies. La première est ukrainienne, la seconde, russe. « Le rassemblement d’aujourd’hui est une vraie thérapie pour moi », confie Ania. Car à force de voir l’évolution de l’invasion dans les journaux, elle avoue se sentir très seule et impuissante. « On veut montrer qu’on est beaucoup, qu’il ne s’agit pas que de la situation en Ukraine mais que ça nous concerne tous », complète Yuliia.


Pour Nathalie, il est à la fois « très dérisoire et très important d’être là ». Essentiellement pour montrer sa solidarité, mais surtout pour créer un moment ensemble dans une période qui peut être difficile à comprendre ou à assimiler, et faire se sentir impuissant.

« Depuis quatre jours je ne dors pas, je ne mange pas, j’envoie des messages à tout le monde… » résume Tatiana, les larmes aux yeux. Si ça fait trois ans qu’elle est en France, toute sa famille habite l’Ukraine. « Il y a la guerre dans ma ville natale, je suis ici aujourd’hui pour dire à l’Europe qu’il faut arrêter Poutine », poursuit-elle.


Unis contre Poutine et avec les Russes




Kapitolina, 29 ans, est russe : « Je me sens très proches des ukrainiens car cette guerre n’est pas notre guerre, je ne supporte pas Poutine car je n’ai jamais eu la chance de pouvoir choisir quelqu’un d’autre ». Sur les pancartes et dans les slogans, c’est très clair : les personnes qui marchaient hier dénoncent le président russe comme un fasciste, très loin de sa population.

Troy rejoint cette idée. « C’est comme si Poutine se cachait derrière son peuple, qu’il le prenait en otage en l’entraînant dans la guerre », estime-t-il. Depuis plusieurs jours, des manifestations contre l’invasion de l’Ukraine ont lieu en Russie, malgré les nombreuses arrestations lors de celles-ci.


Alexandre est là avec ses deux parents, qui ne parlent pas du tout français : « Ils sont venus me rendre visite il y a dix jours pour mon anniversaire, et entre temps notre pays est envahi », explique-t-il, encore un peu incrédule. Son père et sa mère sont donc restés avec leur fils, car leur vol a été annulé, et que toute la vie civile en Ukraine s’est arrêté. « On doit montrer que c’est inacceptable, c’est pour ça que nous sommes là contre l’invasion Russe en Ukraine », estime-t-il.

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Alexandre est là avec ses deux parents : ils n’ont pas pu rentrer chez eux car leur vol a été supprimé, et au’au moins en France, ils ne craignent pas pour leur vie. Ils ne savent pas ce qu’il en est de leur maison, en Ukraine. (© CB / Pokaa)




Pour les ukrainiens de Strasbourg, rester en contact avec leur famille




« Lorsque je suis arrivée Place Kléber, à 15h, ma sœur qui est en Ukraine m’a écrit pour me dire que l’alarme à la bombe s’était mise à retentir« , Yuliia. S’il est très important pour elle d’avoir des nouvelles de ses proches, faire le lien entre un quotidien normal à Strasbourg et une situation d’invasion pour les personnes qui lui sont chères est très compliqué. « Ma famille se cache, et je ne peux rien faire », achève-t-elle avant de regarder son téléphone.

Olga, 33 ans, est en appel visio avec sa mère qui est toujours en Ukraine. « On s’appelle chaque jour, là je lui montre le nombre de personnes qui sont ici. Je travaille en France depuis longtemps, j’espère que la France va nous aider« , explique-t-elle. Comme pour Yuliia, faire le lien entre sa famille coincée et son quotidien strasbourgois lui « fait mal au coeur ».

« J’appelle mes amies tous les matins pour voir si elles sont encore vivantes, c’était impensable il y a quatre jours, ce n’est pas normal », assène-t-elle. Si la manifestation est calme, la colère et la tristesse se font ressentir. « Parfois ils n’ont même pas de réseau, donc on doit attendre », explique Tatiana. C’est d’un pas rapide que le cortège se déplace sur les Quais des Bateliers, avec comme but d’atteindre le Consulat de Russie.

Parmi les marcheurs pressés, Daniel et Bohdan, deux frères français nés de parents ukrainiens. « La plupart de notre famille est encore là-bas, ils ont dû quitter Kiev car des bandits les envahissent », explique Daniel calmement. Bohdan poursuit : « J’espère qu’il n’est pas trop tard ».

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Daniel et Bohdan, nés en France, savent que ce que leur famille qui habite en Ukraine craint le plus : les menaces militaires, qui se concrétisent ces derniers jours mais qu’ils sentent planner depuis 2014. (© CB / Pokaa)




« J’ai peur que ce ne soit que le début »




Pour Claudie, « c’est l’histoire qui se répète ». En 1968, elle a vécu le printemps de Prague. Si elle est là en solidarité avec les ukrainiens, sa voix se serre lorsqu’elle évoque l’invasion qui a lieu depuis quatre jours. « Je suis surtout là contre Poutine, il devra être jugé un jour par un tribunal international », estime-t-elle.

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Au delà du printemps de Prague, c’est un parallèle avec le début de la seconde guerre mondiale qu’évoque Claudie lorsqu’elle parle de l’invasion russe. (© CB / Pokaa)

Beaucoup de nationalités et beaucoup de drapeaux étaient représentés hier après midi. « En Géorgie, on a la même relation avec la Russie que l’Ukraine », explique Giorg. En 2008, 20% du territoire géorgien avait été envahi par la Russie. « On a peur d’être les prochaines, si l’Europe ne réagit pas, Poutine n’aura plus de limite », explique-t-il nerveusement.

« Si l’Ukraine tombe, le prochain pays qui sera envahi sera la Moldavie », imagine quant à lui Alexandre. Il regrette l’inaction directe de l’OTAN et de l’Union Européenne. Après 2014, il estime que les ukrainiens ont fait leurs preuves et devraient être acceptés dans les organisations internationales. « Des ukrainiens sont morts sous le drapeau de l’Union, ça serait juste que nous puissions y être intégrés, notre peuple veut un autre avenir que celui présenté par Poutine », explique-t-il.

L’évolution de l’invasion est à suvire dans les prochains jours, mais Vladimir Poutine annonçait hier en même temps que la marche vouloir « élargir l’offensive » sur tout le territoire ukrainien, selon Les Echos.

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Giorg et sa femme sont mobilisés par solidarité et parce qu’ils ont peur : la Géorgie pourrait être le prochain pays à être envahi selon eux. (© CB / Pokaa)

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