En ce moment, la compagnie de danse Marino Vanna est en résidence à La Pokop. Pendant cinq jours, la compagnie qui souhaite renverser les codes prépare son spectacle Man’s Madness. Une restitution publique est prévue ce vendredi 11 février à 19h mais en attendant, on vous emmène avec nous dans les coulisses des répétitions.

« Et un, deux, tac, tac. Tu es placée où toi ?». Grâce aux gestes des quatre danseurs, le plateau de La Pokop, nouvelle salle de spectacle strasbourgeoise, s’anime pour la première fois. Tandis qu’ils répètent inlassablement les même pas, la musique résonne parmi les sièges vides, dont le rouge tranche avec la sobriété des murs et rideaux noirs.

Parmi les interprètes, cheveux attachés, col roulé et chaussettes remontées, se trouve Marino Vanna. La compagnie, qui porte son nom, travaille à la création de son nouveau spectacle, Man’s Madness.

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Marino Vanna a débuté la danse à l’âge de 7 ans. Après avoir été recruté comme interprète dans différentes compagnies, a grandi en lui l’envie de créer sa propre pièce avec plusieurs danseurs. Mais tandis qu’il travaillait à l’émergence de sa propre compagnie, le chorégraphe décide en 2020 de faire de cette envie un projet plus collectif. Il rencontre alors Marion Fouquet, travaillant dans différentes structures culturelles et passionnée de danse. Ensemble, ils font naître la compagnie telle qu’elle existe aujourd’hui. « On a monté une structure ensemble. J’ai repensé ma méthode de travail pour mettre plus en avant l’équipe avec qui je travaille, pour que l’on travaille vraiment ensemble », se souvient le chorégraphe.

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Le sens du collectif

La jeune compagnie revoit alors les codes. « On est vraiment un binôme, insiste Marion Fouquet. Moi, je ne suis pas artiste, même si je suis passionnée par la danse et que ça m’anime au quotidien. Je suis administratrice de la compagnie, donc je gère plutôt tout ce qui est montage de projet, animation, production etc. Mais on mélange nos compétences pour ne faire plus que un.  Ça peut surprendre, parce qu’il y a souvent un artiste à la tête d’une compagnie et ensuite les interprètes puis les équipes techniques et administratives. Nous, on a renversé tout ça pour fonctionner autrement, sans hiérarchie. »

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Marino Vanna et Marion Fouquet collaborent ainsi main dans la main avec un compositeur, une régisseuse, trois interprètes. Et c’est tous ensemble qu’ils créent ce spectacle. Sur le plateau de La Pokop, sous la lumière dure des néons, le chorégraphe écoute l’avis des interprètes. Chacun leur tour, ils s’assoient dans les fauteuils molletonnés pour regarder la scène et partager ce qu’ils en pensent. « Je veux mettre tout le monde en avant, passer du « je » au « nous », explique Marino Vanna. Une compagnie c’est comme un navire, il y a un capitaine mais aussi un équipage et sans équipage le navire n’avance pas. » Et d’ajouter : «  En étant interprète pour d’autres compagnies j’ai ressenti qu’on nous utilisait juste pour danser. Pour moi, le but ce serait d’accompagner les danseurs pour qu’ils deviennent tous aussi des chorégraphes. »

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Briser les codes

La compagnie est actuellement en pleine création du spectacle Man’s Madness. Une création originale que le chorégraphe a pensée et imaginée ces derniers mois. « C’est quatre individus qui dansent et mélangent leurs vécus, leurs émotions et qui essaient d’avancer avec toutes les difficultés qu’on vit en ce moment », présente le chorégraphe. En revanche pas question de catégoriser le spectacle dans un style spécifique : « C’est un grand mystère, moi-même je ne sais pas. Je dis que c’est de la danse tout court. » Une nouvelle fois l’artiste cherche à s’émanciper des règles : « J’aime casser tous les codes, déconstruire ce que j’ai appris. Perturber les sens du spectateur, c’est mon type de travail. » Et Marion Fouquet de préciser : « Marino est issu de tellement de styles différents qu’on ne voit plus les frontières. »

Et en effet, Marino Vanna veut s’adresser à tous. « Mon rêve, ce serait de créer une gestuelle universelle, qui parle à tout le monde. Que dans le public il y ait un danseur classique, un de hip-hop, un contemporain ou quelqu’un qui ne sache pas danser, j’aimerais toucher toutes ces personnes. J’ai envie de leur transmettre des émotions. »

© Mathilde Piaud pour Pokaa

C’est d’ailleurs pour avancer dans la création du spectacle que la compagnie investit La Pokop du 7 au 11 février, dans le cadre d’une résidence. « Être en résidence c’est être avec son équipe artistique pendant une ou plusieurs semaines dans un lieu mis à disposition par une structure culturelle, avec des moyens financiers, techniques, logistiques, dans le but de créer. Le partenaire qui accompagne la résidence nous donne aussi de la visibilité », décrypte l’administratrice de la société.

Au cours de ce processus créatif, la compagnie a réalisé plusieurs résidences, dans divers endroits : au Ballet de Lorraine, à Pole Sud à Strasbourg, dans un centre socio-culturel à Aix-en-Provence, au Laboratoire Chorégraphique de Reims. « L’idée c’est aussi de s’imprégner de ces lieux-là et de leurs publics », commente Marion Fouquet.

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Restitution publique ce vendredi

Et si cette résidence sur le campus strasbourgeois dure cinq jour, elle s’inscrit dans un programme beaucoup plus vaste. « C’est une résidence sur une année universitaire », précise Marion Fouquet. Au cours de celle-ci des échanges sont organisés avec les étudiants : ateliers pratiques, présentations d’extraits, conférences, interventions de professionnels de l’art su spectacle. Dans le cadre du dispositif appelé L’Atelier Culturel, porté par le Suac (Service universitaire de l’action culturelle), un groupe d’étudiants y participe tout en validant des crédits d’enseignement. « Le but c’est aussi de les accompagner dans leurs questionnements et leurs doutes, puis de leur donner des clefs très concrètes. Enfin, leur donner envie et leur dire que c’est possible », songe Marion Fouquet.

© Mathilde Piaud pour Pokaa

À la fin de ces cinq jours de résidence à La Pokop, la compagnie présentera une restitution publique. Celle-ci aura lieu ce vendredi 11 février, toujours à La Pokop, à 19h.

« Une restitution c’est une partie du spectacle qui n’est pas tout à fait finie, explique Marino Vanna. Pour cette résidencelà, le but, ce serait de finir le spectacle, sauf qu’il n’y aura pas tout ce qu’il y a derrière, les jeux de lumière, la scénographie…» Et d’ajouter : « La résidence c’est aussi un moyen d’échanger avec le public. D’avoir des retours et de continuer à s’inspirer de ces retours-là. » Une façon d’avancer un peu plus leur création finale. La première représentation de Man’s Madness est prévue au printemps.


Restitution publique « Habiter l’Université »

Le 11 février à 19h
La Pokop
19 rue du Jura
67000 Strasbourg

© Mathilde Piaud pour Pokaa

*Article soutenu mais non relu par La Pokop

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