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grève enseignants

Hier à Strasbourg, plus de 1000 personnes contre le manque de moyens de l’Éducation Nationale

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À l’appel de plusieurs syndicats, plus de mille Strasbourgeoises et Strasbourgeois se sont rassemblés hier pour manifester contre les mesures prises par le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer. Multiplication des protocoles, informations données au dernier moment, manque de personnel et de moyens pour que le système éducatif fonctionne correctement… C’est surtout le mépris du ministre à leur égard que les manifestants semblaient dénoncer hier après-midi. Reportage.


Devant le 65 avenue de la Forêt-Noire, qui abrite l’Inspection Académique de l’éducation nationale, plusieurs dizaines de manifestants sont déjà présents. Parmi eux, François, professeur d’histoire géographie et membre de la CFDT. « La grève d’aujourd’hui, c’est pour dire qu’on n’en peut plus. Notre ministre cristallise le mécontentement par son mépris, ses petites phrases et son manque de soutien : depuis cinq ans, mais surtout depuis qu’il y a le Covid » résume-t-il. Il constate que la solidarité intersyndicale a rarement été aussi forte. « Vraiment tout le mode est en colère, même les inspecteurs, le premier et le second degré, les chefs d’établissements…« 

Michel, professeur d’histoire géographie au lycée, est parmi les premiers manifestants à se retrouver au lieu de départ de la marche. © Camille Balzinger / Pokaa

Un peu plus loin, Tonio vient apporter son soutien. « Je suis à la retraite, mais je trouve ça important d’être solidaire contre les politiques de ce gouvernement » explique-t-il. Militant du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Tonio poursuit : « je pense qu’il faut continuer la mobilisation car une journée, ça ne suffira pas« .


Dans les écoles primaires et élémentaires, des besoins matériels essentiels




Olivia est directrice d’école maternelle. « Je fais grève car la surcharge de travail pour s’ajuster aux protocoles sanitaires est très lourde, que j’aimerais pouvoir rassurer les parents d’élèves et parce qu’on est les derniers informés des règles à mettre en place » résume-t-elle. Elle a reçu la veille de la rentrée les consignes sanitaires, par voie de presse. « Ce n’est ni logique, ni valorisant » regrette-t-elle. Ce fameux protocole sanitaire a par ailleurs déjà été modifié trois fois depuis la rentrée. « Heureusement qu’on a des parents compréhensifs » ajoute-t-elle.

Mireille acquiesce. Enseignante en classe de CP, elle doit apprendre à lire à ses élèves, mais ne réussit pas à avoir des classes complètes. « C’est comme ça depuis des semaines, et c’est extrêmement compliqué« . Virginie poursuit : « On nous demande d’assurer la continuité pédagogique, mais sans nous en donner les moyens« .

Mireille, Virginie, Olivia et Mélanie (de gauche à droite) ont fait grève hier, pour demander plus de moyens matériels et financiers afin de pouvoir exercer leur métier dans de meilleures conditions et pour demander plus de reconnaissance. © CB / Pokaa

C’est grâce à leurs téléphones, leurs ordinateurs et leurs connexions internet que les enseignantes et la directrice peuvent exercer leurs métiers. « Ça fait deux ans qu’on nous dit qu’on est prêt : ils l’étaient peut-être dans notre hiérarchie, mais nous pas. » estime Virginie. « Le protocole sanitaire qui change trois fois, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » poursuit Mélanie.

En désignant son masque blanc de tissu, Mélanie explique que les enseignants qui ont des masques chirurgicaux ou FFP2 ont dû se les procurer eux-mêmes. « Ce n’est pas acceptable: on ne demande pas de fermer les écoles, on comprend qu’il faut faire évoluer le protocole car la situation évolue tous les jours, mais il faut qu’on nous donne les moyens de continuer à enseigner correctement » estime-t-elle.

Manque de masques, absence de gel hydroalcoolique, pénurie d’auto-tests… Les moyens matériels font partie de leurs revendications, pour assurer la santé des enseignants comme des élèves.

Mélanie, directrice d’école maternelle à Brumath, décrit une situation « chaotique » sur le terrain. © CB / Pokaa

Mélanie explique quant à elle que la situation sur le terrain est devenue chaotique depuis début janvier. « C’est devenu ingérable, je ne fais que suivre le protocole qui change tous les trois jours et vérifier les tests des élèves » explique-t-elle. « Aujourd’hui, je suis là pour les élèves car on ne s’en sort pas, et les parents non plus« .


Dans les lycées, une réforme critiquée et le souhait de reporter les épreuves de spécialités du Bac en juin




Il est 14h30, le convoi se met en marche. Plusieurs centaines de personnes occupent désormais toute la largeur de l’avenue de la Forêt-Noire, direction le Rectorat, derrière la place des Halles. Miguel enseigne dans les collèges et les lycées. « Je ne sais pas si Jean-Michel Blanquer a été professeur, mais il ne se met pas à notre place » entame-t-il. « J’ai l’impression qu’il se met dans la peau d’un gestionnaire, plus intéressé par l’économie que par l’humain ou la pédagogie« .

© CB / Pokaa

Camille et Augustin sont professeurs de sciences économiques et sociales (SES) au lycée. Pour eux, la priorité est de remettre à juin les épreuves du Bac, qui sont pour l’instant prévues en mars. « Ça creuse les inégalités sociales : avant les élèves en difficultés, on pouvait les accompagner jusqu’en juin alors que comme c’est prévu cette année, ça n’est plus possible » déplore Camille. « C’est de la maltraitance«  estime-t-elle. Pour un programme au contenu inchangé, les professeurs ont moins de temps pour le transmettre aux élèves. « On a l’impression de les laisser sur le bord de la route« .

Augustin et Camille, professeurs de SES, craignent que les épreuves anticipées en mars ne défavorisent des élèves déjà en difficulté. © CB / Pokaa

« La gestion du Covid est catastrophique : beaucoup d’élèves sont absents pendant dix jours voire deux semaines et dans six semaines, c’est le Bac » explique Augustin. « J’ai un tiers de la classe qui n’est jamais là. » Comme dans les écoles primaires, les enseignants ne se sentent pas en sécurité dans leurs conditions de travail. Ils auraient aimé avoir un moment d’école en distanciel à nouveau au début de l’année.

Eux aussi regrettent de ne pas avoir été directement informés des protocoles sanitaires. « C’est comme si je donnais les devoirs à mes élèves en les publiant dans un journal local privé, la veille de la rentrée » poursuit Augustin. De manière générale, les deux professeurs auraient aimé être concertés dans les décisions prises vis-à-vis du Covid, mais aussi de la réforme du Bac. Ils critiquent une politique verticale et éloignée de la réalité du terrain. « Notre voix n’est jamais écoutée, comme si elle n’avait aucune valeur, alors que nous sommes avec les élèves et que nous essayons de les faire réussir » conclut Camille.


Au-delà des revendications des enseignants : infirmières et AESH se mobilisent




Julien est assistant d’élèves en situation de handicap (AESH). « Je suis payé environ 800 euros par mois, et je fais 24 heures par semaine, ça ne suffit pas pour vivre«  explique-t-il. Pourtant, il est présent durant toute la journée d’école et ne peut donc pas faire plus d’heures que ça, mais ce n’est pas son unique raison de manifester. « Je suis mobilisé à cause des protocoles qui nous font perdre du temps d’apprentissage, c’est inapplicable » estime-t-il.

© CB / Pokaa

Armelle est infirmière scolaire : « Les conditions de travail sont déjà compliquées en temps normal car on n’est pas assez nombreux, mais là le protocole est complètement inadapté« . Elle n’a pas encore reçu les documents lui expliquant comment ce dernier fonctionne, même s’il est en place depuis le début de semaine. Sa mission principale depuis quelques jours : faire du traçage de cas contact au sein de son établissement. « On est devenus une hotline, on passe la journée au téléphone, ça aurait été plus simple qu’on teste les élèves nous même » estime-t-elle. « Les élèves ne sont pas en classe car ils courent après les tests et les parents ne sont pas au travail car ils courent après les tests. » Elle regrette aussi l’absence de moyens de protection du personnel, comme les enseignantes de l’école maternelle (masques, auto tests et gel hydroalcoolique).

Armelle et Eveline, infirmières scolaires, regrettent de ne pouvoir plus effectuer leurs missions d’écoute auprès des élèves à cause du protocole sanitaire, dans un moment où le mal-être est plus présent que jamais selon elles chez les jeunes. © CB / Pokaa

Eveline poursuit : « Pendant tout ce temps, on ne fait pas nos missions d’écoute alors que les élèves sont en grand mal-être« . Également infirmière scolaire, elle veut alerter sur les risques que cela présente pour les jeunes. « Je constate une augmentation des pensées suicidaires, c’est maintenant qu’on devrait être là pour eux, et c’est très douloureux de devoir faire du traçage à la place«  conclue-t-elle. Si elles travaillent en collaboration avec l’Agence régionale de santé, qui s’occupe de tracer les cas contact en dehors de l’école, c’est souvent vers elles que les parents se tournent lorsqu’ils ont des questions, alourdissant encore leurs tâches quotidiennes.

Il est presque 16 heures, les manifestants longent le quai Kleber et invitent les passants à les rejoindre.


À l’issue de la marche, des représentants syndicaux reçus par le rectorat




Arrivés au Rectorat, la foule entame un chant haut et fort : « Blanquer, démission« . La rue est étroite et les manifestants nombreux. De l’autre côté, des policiers barrent le passage. Lorsque les chants se calment, de petits groupes se forment. Pendant ce temps, huit représentants syndicaux pénètrent dans le Rectorat, tous issus d’établissements publics. « On a les mêmes revendications dans le public que dans le privé, mais je ne comprends pas qu’ils ne nous aient pas laissé aller avec eux » déplore alors Mme Schnell, du Spelc (Syndicat professionnel de l’enseignement libre catholique).

Enfin, plusieurs manifestants collent sur la façade du bâtiment des déclarations sur l’honneur attestant qu’ils sont « mal payés et méprisés par [leur] ministre« . La foule se disperse peu après 16 heures. Mais l’affaire est à suivre dans les prochains jours.

Certains représentants syndicaux sont reçus au rectorat à l’issue de la manifestation.
© CB / Pokaa

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