Le gymnase Branly, réquisitionné en novembre par la préfecture du Bas-Rhin pour ajouter 80 places d’hébergement d’urgence temporaire à son dispositif, a été évacué ce matin. Le gymnase avait déjà été ouvert en février, dans le cadre du plan grand froid. Reportage.


« Le but est de passer d’un hébergement précaire à un hébergement pérenne » explique vaguement l’Officier Aubry, de la Police aux frontières. Contactée par écrit, la préfecture du Bas-Rhin justifie l’évacuation du gymnase par le changement des conditions météorologiques : « Le plan grand froid cesse d’être activé ». Le gymnase avait effectivement été ouvert car les températures étaient trop basses, et rendu habitable par une quarantaine de bénévoles de la protection civile. Mais, pour rappel, c’est la compétence exclusive de la Préfecture, ainsi que sa responsabilité que de proposer un hébergement d’urgence à toute personne qui en a besoin, sans condition.


Une évacuation surprise

« Il était 7 heures, on nous a réveillés en allumant les lumières, et la police était là » raconte F., une jeune femme qui y dormait jusqu’à ce matin. Cette évacuation n’était pas prévue : une famille logée là-bas depuis trois semaines avait reçu une confirmation du 115, prévoyant que l’hébergement au gymnase leur serait assuré jusqu’au 19 décembre, soit trois jours plus tard. Leurs deux enfants sont scolarisés à Strasbourg, et sans hébergement d’urgence, ils sont à la rue.

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Le gymnase Branly ce matin, où 80 places d’hébergement d’urgence ouverts pour le plan grand froid fin novembre viennent d’être fermées. (photo CB / Pokaa)

Vers 8h30, un car de tourisme est stationné devant l’établissement. Y sont conduites plusieurs familles avec des enfants en bas âge, des couples et une personne seule. « Je ne peux pas vous dire où on les emmène, mais le but est que le gymnase ferme » conclue l’Officier Aubry. Pendant ce temps, les personnes sont envoyées vers le bus pour y ranger leurs affaires – valises, poussette, sacs plastiques… Le chauffeur du bus, à quelques mètres de là, discute avec d’autre policiers : « C’est la première fois que je fais ça ». Parmi les personnes du bus, une famille iranienne dont les deux enfants sont scolarisés au centre-ville de Strasbourg.

Difficile de croire que la police aux frontière soit mobilisée pour reloger ces familles. Parmi ses missions, la police aux frontière est notamment chargée de « mettre en oeuvre l’éloignement effectif des étrangers en situation irrégulière » tout comme « d’assurer des missions de police générale ». Lorsque le bus est rempli d’une quinzaine de personnes environ, une dame y fait l’appel, et les portes se ferment. « On escorte le bus de migrants en direction de Bouxwiller » entend-t-on un motard dire à ses collègues. Une information confirmée par les DNA.


Des personnes classées selon trois catégories

« Ils nous ont mis des bracelets, rouge, verts ou bleus, je ne sais pas ce que ça veut dire » continue F. Elle a été réorientée vers un autre hébergement temporaire, comme c’est le cas pour plusieurs autres personnes qui ont été dirigées, en minibus ou a pieds, vers des hôtels de la ville.

Le gymnase est évacué petit à petit. Une femme et sa fille s’en vont à pieds, les larmes aux yeux, et leurs sacs à la main. « J’ai peur d’être déportée » explique-t-elle. « Et il est l’heure pour ma fille de se rendre à l’école ». Elle et sa fille ont eu le choix : partir pour Bouxwiller avec le premier bus, ou partir seules, mais sans solution d’hébergement. Le père de famille, joint par téléphone, complète : « J’ai appelé le 115 plusieurs fois aujourd’hui, ils ne peuvent rien faire pour nous » déplore-t-il.

Devant le gymnase Branly un homme arrive : il cherche sa mère. Mais ne pouvant y entrer, il repartira sans information précise. Quelques minutes plus tard, c’est une professeure du collège du Stockfeld qui interpelle le policier à l’entrée de la cour : elle cherche son élève, qui dort là depuis quelques semaines. « Elle n’est plus ici » répond-t-il simplement.

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Plusieurs familles sont envoyées à bord d’un bus de tourisme, en direction de Bouxwiller. (photo CB / Pokaa)


Un futur incertain

Les personnes relogées restent dans le circuit du 115 : elles sont réorientées par l’institution dans d’autres hébergements temporaires. Mais que se passera-t-il pour les personnes emmenées à Bouxwiller ? « Il y a un centre d’aide au retour là bas » explique Sabine, de l’association Les Petites Roues. Sans certitude que c’est à cet endroit que le bus les a emmenées ce matin, cela voudrait dire que des familles en fin de droit, donc qui ont été déboutées de leurs demandes d’asile, devront signer des obligations de quitter le territoire français (OQTF).

« Les situations des personnes prises en charge […] ont fait l’objet d’un examen attentif des services de l’Etat afin que des solutions adaptées soient proposées à chacun. Les personnes qui le souhaitaient ont été prises en charge dans divers dispositifs adaptés à leur situation administrative. »

Service de la Communication Interministerielle, par email ce matin.

« C’est un centre où les personnes peuvent partir » explique Sabine, c’est-à-dire que les personnes ne sont pas obligées, a priori, d’y rester. Mais le père de famille est formel : « On m’a dit que soit on allait à Bouxwiller, soit on ne pouvait plus demander l’hébergement d’urgence au 115 ». L’incertitude règne donc pour cette famille, dont les deux enfants sont scolarisés à Strasbourg. Sans accès à l’hébergement d’urgence, leur seule solution, c’est de dormir dehors.

Plus tard dans la journée, la prefecture indique que, sur les 53 personnes restantes au gymnase, 50 ont été « orientées vers des dispositifs de mise à l’abris adaptées à leurs situations », une famille de deux personnes « a refusé l’orientation qui lui a été proposée », et « une personne susceptible de représenter une menace grave pour l’ordre public a été placée au centre de rétention administrative ». La Ville dans un communiqué a indiqué, au nom de Jeanne Barseghian et de son adjointe Floriane Varieras, qu’elle « prennait acte de cette décision unilatérale » et relevait « l’engagement de l’État de proposer des solutions d’hébergement à toutes [c]es personnes ».

3 COMMENTAIRES

  1. Ça fait très mentalité Dachau tout ça.

    « Ils nous ont mis des bracelets, rouge, verts ou bleus, je ne sais pas ce que ça veut dire » continue F. »

    Je veux bien qu’on puisse pas gérer toute la misère du monde. Mais il y a quand même un minimum.

    Jeter les gens à la rue et les parquets comme du bétail – la dernière fois que ça tourné comme ça, c’était un certain génocide à l’encontre des juifs, des immigrés et autres gens du voyages. Et c’était il y a moins d’un siècle !

  2. Merci de ne pas confondre les tenues, il n’y a jamais eu de motard de la Protection Civile sur cette opération.
    Les bénévoles de la Protection Civile étaient en charge de la gestion, de l’accueil et de la logistique de ce centre d’hébergement.
    Ils ne sont en rien concernés par la fermeture du centre et n’ont été informés de la présence policière qu’au même moment que les hébergés

    • Ok. Donc la protection civile qui assurait bénévolement la gestion quotidienne du gymnase a été mise devant le fait accompli jeudi matin… aucune communication ou information préalable sur la sortie/fermeture de ce dispositif temporaire de mise à l’abri initialement?

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