Depuis la crise sanitaire, les difficultés pour trouver un emplois ont augmenté. Dans le même temps, certaines entreprises peinent également à recruter. Pour tenter d’innover et de résoudre une partie du problème, Pôle Emploi et la Ligue d’athlétisme régionale du Grand Est ont mis en place une idée pas banale : une rencontre entre employeurs et demandeurs d’emploi, le temps d’une journée sportive. On vous raconte tout ça.

« Du sport vers l’emploi », c’est une initiative commune entre Pôle Emploi et la Ligue d’athlétisme régionale du Grand Est, afin de créer une dynamique dans l’optique des Jeux de Paris 2024. En quelques mots : organiser une journée de rencontre entre employeurs et demandeurs d’emplois, le temps d’une journée sportive. Née dans les Hauts-de-France en 2019, elle est rapidement adoptée dans la région, comme l’explique Rémi Stangret, directeur de la Ligue d’athlétisme régionale du Grand Est : « Quand l’initiative a été présentée en réunion nationale, à la ligue Grand Est, on a eu envie de partager ces valeurs du sport et de l’intégration. On a trouvé l’opération extrêmement pertinente par rapport aux programmes de la fédération d’athlétisme. »

Néanmoins, elle n’aurait pas pu se faire sans une intense collaboration avec Pôle Emploi, comme l’explique Frédérique Mangold, responsable de l’équipe entreprise du Pôle Emploi Strasbourg-Hautepierre : « On a organisé tout l’événement avec la ligue d’athlétisme. Il fallait chercher des entreprises qui accepteraient de tester de nouvelles méthodes de recrutement. Mais également réussir à mobiliser les demandeurs d’emplois autour de cette démarche particulière et de les faire se rencontrer ».

© Sylvain Bedouet – Pôle Emploi Grand Est


Casser les codes

Effectivement, la démarche peut sembler particulière, comme le souligne Céline Feldmann, responsable du service partenariat pour Pôle Emploi Grand Est : « L’approche qui est particulière dans ce projet, c’est la façon de transposer les valeurs du sport (travail en équipe, dépassement de soi) en termes de savoir-être dans la relation demandeur d’emploi-employeur ». En quelque sorte, essayer quelque chose de nouveau : « On souhaitait innover et casser les codes du recrutement. Faire quelque chose d’un peu différent, quelque chose de sportif autour de l’emploi ».

Il faut dire que la réalité du monde du travail aujourd’hui se révèle complexe, entre des entreprises qui ont du mal à recruter et des demandeurs d’emploi qui ont du mal à se vendre. Selon Frédérique Mangold : « Les entreprises ont beaucoup de difficulté à recruter et elles recherchent de la vraie motivation ». Une réalité difficile, alors que certains ne savent pas comment montrer leur motivation lors d’un entretien, selon Céline Feldmann : « Depuis pas mal de temps, des demandeurs d’emploi ont du mal à décrocher un entretien, ou alors se vendre en entretien, parce qu’ils n’ont pas forcément les clés. »

© Sylvain Bedouet – Pôle Emploi Grand Est


Concilier valeurs sportives et valeurs du monde du travail

D’où l’intérêt de l’initiative, qui permet de brouiller les pistes et de se concentrer sur des valeurs humaines. En effet, l’une des particularité de « Du sport vers l’emploi » réside dans le fait que lors de la matinée, personne ne savait qui était qui entre employeurs et demandeurs d’emploi. Une façon, là encore, de casser les codes, selon Céline Feldmann : « Ça leur donnait l’opportunité de finalement se retrouver dans un contexte où l’on ne savait pas qui était qui. Un contexte où, à travers une matinée sportive avec plusieurs challenges, on développe un regard sur comment être perçu par un recruteur au-delà d’un CV. »

Ces valeurs sociétales ont joué un grand rôle dans l’intérêt de la ligue d’athlétisme régionale du Grand Est : « C’est clairement la partie « sport et développement modèle associatif français » qui nous a intéressée. Notre coeur de métier c’est la pratique de l’athlétisme pour tous les âges et sports, et cette idée ouvrait un nouvel axe sur les valeurs sociétales ». Lorsque Rémi Stangret a contacté les différents clubs pour l’organisation de la journée strasbourgeoise, il a rencontré un accueil enthousiaste : « Lorsque j’ai présenté l’initiative aux dirigeants des 7 clubs concernés, ils étaient tout de suite convaincus par les valeurs sociales. Parce que ces clubs vivent leur territoire. Ça m’a conforté sur les valeurs que l’on défendait tous et toutes ; que le sport peut contribuer à la société sous différentes formes, notamment celle de l’inclusion. »

© Sylvain Bedouet – Pôle Emploi Grand Est


Une expérience riche, pour les employeurs et demandeurs d’emploi

La première journée de l’initiative s’est tenue à Strasbourg, le 21 septembre. Sous un grand soleil, ainsi que dans la joie et la bonne humeur. Il faut dire qu’après deux reports dus au covid, l’attente était longue. Céline Feldmann l’explique, non sans une certaine émotion : « On était à Hautepierre, c’était la première de la série, il y avait beaucoup d’espoirs mais aussi d’incertitudes. On arrivait enfin au démarrage alors c’était assez particulier en termes d’attentes et d’émotions ». La matinée était consacrée aux jeux sportifs, qui ont permis d’observer les qualités de chacun. Selon Frédérique Mangold : « On était que sur du savoir-être, il n’y avait pas cette formalisation qu’il y a d’habitude. La matinée permettait d’observer les savoir-être, la prise d’initiative en cas de difficulté, la gestion du stress, le dépassement de soi. Aussi bien pour les candidats que pour les employeurs. »

Puis vint le moment de la pause déjeuner, prise tous ensemble. Et surtout, la fin de l’anonymat, avec les employeurs qui se révélaient, comme le souligne Frédérique Mangold : « Les employeurs se sont présentés et on a fait des stands de manière informelle, dans l’herbe, dans les gradins… Et les personnes faisaient leur entretien, entièrement basé sur la motivation ». Le tout dans une atmosphère conviviale, qui a ravi tout le monde : « C’était une journée conviviale. On s’oublie quand on est dans quelque chose de sportif et ludique. On est ce qu’on est, on ne peut pas le cacher ». Céline Feldmann rajoute : « C’était assez magique. Les sourires des personnes heureuses d’être là, ce sont des moments privilégiés, qu’on n’avait jamais connus au sein de Pôle Emploi. » Finalement, 16 offres d’emplois ont été réalisées le jour-même, avec promesse d’embauche immédiate.

© Sylvain Bedouet – Pôle Emploi Grand Est


Une nouvelle expérience l’année prochaine ?

Après l’expérience strasbourgeoise, six autres ont été réalisées dans la région. Une volonté de la région Grand Est de s’impliquer au maximum dans l’initiative selon Céline Feldmann : « On est la première région à faire autant d’événements en si peu de temps. On souhaite que l’ensemble des agences puissent profiter de cette période de reprise économique pour proposer des candidats à des entreprises qui recrutaient ». Grâce au « franc succès » de l’opération, selon les mots de Rémi Stangret, l’objectif envisagé est désormais de la répéter dès l’année prochaine. Jusqu’en 2024, pour les Jeux. Afin que le sport continue de servir des valeurs sociales et sociétales, pour que tout le monde puisse en profiter.

1 commentaire

  1. C’est complètement grotesque comme évènement. Une société ou des gens ont besoin d’un boulot plus pour survivre que vivre, au vu des salaires insuffisants qui permettraient à tous de vivre dignement. Que fera-t-on par la suite? Des hunger games entres chômeurs?
    Tout ceci me rappel mes expériences dans mes recherche de jobs étudiant où j’ai vu des offres absurdes sur les qualifications pour des postes qu’un élève de primaire pourrait occuper sans soucis où encore des prérequis d’années d’expérience farfelus, encore une fois dans des postes plutôt aisément appréhendables, etc…

    Il serait temps que ce monde du travail et cette société en général cessent d’infantiliser les demandeurs d’emplois et les traitent avec l’égard qu’ils méritent.
    Une refonte des structures de mises en relations des employés et des employeurs serait bien venue, à l’heure de la prédominance du numérique sur l’accompagnement humain, bref de nombreux sujets de fonds et sérieux, mais bon, c’est bien plus marrant de faire courir et sautiller des chômeurs n’est-ce pas ?

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