Assddine dormait dehors depuis plusieurs jours à Strasbourg avec ses deux enfants. Devant le centre commercial des Halles, dans la soirée du 13 octobre, il s’est recouvert d’essence. Des témoins de la scène sont intervenus avant qu’il ne s’enflamme avec son briquet. Le coiffeur d’origine algérienne dit avoir agi sous le coup de la détresse, pour montrer sa situation. On lui a refusé l’hébergement d’urgence plusieurs jours consécutifs. Arrivé en France il y a quelques semaines, il répète que son unique objectif est que ses enfants aient « une vie meilleure ».


À quelques mètres de l’entrée principale du centre commercial des Halles, Assddine, 50 ans, verse de l’essence sur son corps et sur des affaires qu’il vient de jeter au sol. Il est 20h15, le mercredi 13 octobre. Avec un briquet, il met feu aux objets devant lui, des vêtements et des fournitures scolaires. De grandes flammes apparaissent immédiatement. Plusieurs passants accourent et l’empêchent, in extremis, de s’immoler. Des agents de sécurité du centre commercial l’agrippent et essayent de le raisonner.

Le regard dans le vide, ses enfants, Yacine et Miloudi, âgés respectivement de 9 et 12 ans, sont à côté. Les trois viennent d’Algérie et dorment dehors à Strasbourg depuis une semaine. « Ils n’ont presque pas dit un mot », se rappelle Hanane, témoin de la scène. Elle leur donne des biscuits qu’elle garde dans son sac. « Ils se sont jetés dessus, ils étaient affamés et frigorifiés », raconte t-elle : « J’essayais de leur parler, de les rassurer. Yacine, le plus jeune, est allé pleurer tout seul dans un coin à un moment. Puis je l’ai pris dans mes bras. On est restés comme ça longtemps. C’était la première fois que je voyais cet enfant. Il y avait dans l’air, une odeur très forte d’essence. »

« Je suis en détresse, je dors dehors avec mes enfants, je ne veux pas de ça pour eux »

Pendant ce temps, Assddine, coiffeur de profession, se calme en parlant avec les personnes qui sont restées autour de lui. Il leur explique qu’il appelle le 115, le numéro pour demander l’hébergement d’urgence, depuis plusieurs jours, sans réponse positive.

Au bout de 20 minutes, des policiers arrivent sur place. Ils constatent la situation et appellent les pompiers. Ces derniers concluent que personne ne présente de blessure. La famille s’apprête à dormir dehors à nouveau. Finalement, un policier décide de faire hospitaliser le père en psychiatrie. Les enfants sont placés dans un autre service pour la nuit. Il est un peu plus de 22h quand ils sont emmenés.

© Thibault Vetter

Le lendemain, jeudi 14 octobre, Assddine, Yacine et Miloudi sortent de l’hôpital à 19h. C’est la fin de leur prise en charge. Rencontré à 19h30 sur le parvis de la gare centrale, l’homme reste vague : « On a juste vu une assistante sociale. Elle n’avait pas de solution pour nous. » Il explique avoir agi sur le coup de la détresse la veille, « parce que c’était le seul moyen d’être entendu ». D’après lui, il est seul avec ses enfants depuis le décès de leur mère il y a quelques années. Il insiste : « Si je suis ici avec Yacine et Miloudi, c’est pour qu’ils aient une vie meilleure. En Algérie, ils sont condamnés à la misère, à travailler très dur pour quelques dinars. Je ne veux pas de ça pour eux. »

En seul recours, l’association Les Petites Roues

Après leur arrivée en Espagne, ils sont passés par Montpellier, puis Paris. Le périple a duré quelques semaines avant qu’ils arrivent à Strasbourg, « il y a 40 jours sur les conseils d’un ami », se souvient Assddine. Selon lui, ils ont dormi quelques nuits chez une connaissance. « Ce n’est plus possible depuis une semaine. C’est trop dur de voir mes enfants dormir dehors », dit-il, les yeux brillants. Miloudi et Yacine ont commencé des cours de français au collège Fustel de Coulanges vendredi 15 octobre.

Sabine, de l’association Les Petites Roues, est présente également devant la gare. Elle s’apprête à leur financer des nuits d’hôtel, grâce à des dons sur une cagnotte Leetchi, « avant qu’une solution ne soit trouvée ». Depuis plusieurs mois, l’association est obligée de gérer, de cette manière, des situations très difficiles, de loger des femmes isolées, parfois enceintes, accompagnées d’enfants, ou encore des personnes handicapées. Les dispositifs d’hébergement d’urgence sont saturés.

© Thibault Vetter

« Je ne pensais pas qu’en France on laisse des enfants dormir dehors »

Hanane a aussi essayé d’appeler le 115 depuis l’événement dont elle a été témoin, pour demander l’hébergement de la famille : « Ils disent qu’ils n’ont pas de place, qu’il n’y a pas de solution. Moi, depuis, je fais des insomnies. Je ne pensais pas qu’en France on puisse laisser des enfants dormir dehors comme ça. La seule solution, c’était d’appeler Les Petites Roues. »

Remerciée vivement par Assddine, Sabine le prévient que cet hébergement est très temporaire. Elle s’insurge d’être obligée, en tant que bénévole, de prendre en charge de telles situations : « Assddine est peut-être instable psychologiquement. Les services de l’État devraient trouver une solution pour s’assurer rapidement de la sécurité de Miloud et Yacine. Ce n’est pas à des bénévoles de gérer ça, mais à des professionnels, des travailleurs ou des travailleuses sociales. On sait que l’État a les moyens, c’est juste une question de volonté politique. Ils attendent quoi nos élus ? Qu’il y ait un drame ?« 

Lien vers la cagnotte : Cagnotte : Aidez-nous à mettre des familles à l’abri – Leetchi.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here