Des activistes du mouvement écologiste Extinction Rebellion Strasbourg ont versé de la fluorescéine dans sept fontaines de la capitale alsacienne le 9 octobre. Ils plaident contre le coulage du béton pour confiner définitivement 42 000 tonnes de déchets toxiques sous la nappe phréatique à Stocamine. Ces derniers menaceraient alors de polluer la plus grande réserve d’eau potable d’Europe. Reportage.

L’eau de la fontaine Janus, à côté de la place Broglie, est verte fluo en cette matinée du samedi 9 octobre. Vers 10h, une vingtaine d’activistes d’Extinction Rebellion Strasbourg ont versé, dans sept fontaines du centre-ville de Strasbourg, de la fluorescéine. Ils l’indiquent sur des affiches collées à proximité : « C’est un colorant totalement inoffensif pour les êtres vivants et biodégradable à la lumière. »

© Extinction Rebellion

Deux écologistes, Jean et Watson – leurs noms de militants, ndlr -, expliquent les raisons de l’action aux passants :

« L’État est sur le point de confiner 42 000 tonnes de déchets toxiques sous la nappe phréatique alsacienne, la plus grande d’Europe. Nous dénonçons cette action absurde qui menace directement notre ressource en eau potable. C’est celle qui coule de nos robinets. »

© Thibault Vetter

Si l’État parvient à confiner les déchets de Stocamine, la nappe sera polluée un jour

En effet, Barbara Pompili, ministre de l’Écologie, a annoncé le 18 janvier 2021, sa volonté de confiner avec du béton des déchets placés, entre 1999 et 2002, dans d’anciennes mines de potasse à Wittelsheim par l’entreprise Stocamine, détenue par l’État. Ils contiennent de l’arsenic, du cyanure ou encore de l’amiante.

© Stocamine

S’ils restent sous terre, malgré le confinement, du fait des mouvements du terrain et de l’eau, ils contamineront un jour la nappe phréatique. Aussi, de sérieux doutes résident sur la présence de déchets irréguliers dans la mine. Des fraudes ont d’ailleurs provoqué un incendie en 2002. L’événement avait mis fin aux activités de stockage sur le site.

Une action de sensibilisation

De 11h à 11h30, une soixantaine de personnes s’arrêtent devant la fontaine Janus et lisent les affiches, discutent avec des militants ou scannent un QR code installé pour permettre d’avoir plus d’informations sur Stocamine. Jean indique qu’il s’agit d’une action de sensibilisation :

« On a choisi des fontaines notamment parce qu’on sait qu’elles sont des points de chute, y compris pour les touristes. Beaucoup s’arrêtent, et l’endroit est propice à la discussion. On voulait ramener Stocamine aux gens, leur montrer que c’est une problématique très proche, qui pourrait avoir des conséquences directement sur eux et leur eau potable, ici à Strasbourg. La fluorescéine représente la pollution, elle attire l’œil et incite à poser des questions. »

© Thibault Vetter

« Qui n’est pas pour la préservation de l’eau potable ? »

Devant la fontaine de la fac de droit, un enfant et son père passent à vélo. Le petit demande : « Pourquoi l’eau elle est verte ? » Son père lui répond : « Je ne sais pas, on va voir ? ». Ici aussi, des personnes s’arrêtent et se renseignent sur Stocamine. « Le sujet est consensuel », selon Jean :

« Qui n’est pas pour la préservation de l’eau potable ? Pour le moment, tout le monde nous soutient. C’est évident qu’il y aurait des endroits plus appropriés pour ces déchets, qu’un emplacement où ils menacent directement la nappe phréatique rhénane. Nous sommes pour le déstockage. Selon plusieurs mineurs qui ont travaillé sur le site, c’est tout à fait envisageable. »

Les activistes vont se relayer, « jusqu’à 16 ou 17h », sur les différentes fontaines, pour sensibiliser le public. Il y a notamment celle de la place de l’Université et les bassins place Kléber. Pour Jean, l’objectif est aussi de pousser les personnes qui le souhaitent à s’engager dans un collectif écologiste. Il assure que si les travaux venaient à commencer, d’autres actions seraient organisées.

© Thibault Vetter

Lundi, le rapporteur demandera l’annulation de l’arrêté autorisant les travaux

Sur place, les centrales à béton sont déjà installées. Le début du coulage est prévu mi-octobre. Un arrêté préfectoral du 23 mars 2017 autorise le confinement illimité des déchets. Ce dernier a été attaqué en justice par la Collectivité Européenne d’Alsace, la Région Grand Est, la commune de Wittelsheim et Alsace Nature. Leurs recours ont été rejetés par le tribunal administratif de Strasbourg. Mais l’affaire a été portée devant la cour d’appel administrative de Nancy.

© Thibault Vetter

L’audience aura lieu ce lundi 11 octobre à 14h. Le rapporteur public, dont les conclusions sont très souvent suivies par les juges, va demander l’annulation de l’arrêté préfectoral autorisant les travaux. « C’est une très bonne nouvelle », selon François Zind, l’avocat d’Alsace Nature :

« Mais on en saura plus lundi, lorsque le rapporteur aura précisément indiqué pourquoi il demande l’annulation de l’arrêté. »

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