Depuis sa réouverture à la fin du printemps, le TNS (Théâtre national de Strasbourg) n’a pas chômé. Après une saison estivale remplie avec sa deuxième édition de la Traversée de l’été (pas moins de 250 rendez-vous théâtraux gratuits dans la ville), il a, ce mois-ci, inauguré sa saison 2021-22. Une programmation riche avec 25 spectacles, dont 12 déjà annoncés pour la période s’étirant de septembre à janvier. On fait le point sur cette rentrée, avec une sélection pour bien attaquer l’année.



Un retour au théâtre, enfin !




À époque particulière, « année particulière » comme l’écrit Stanislas Nordey, actuel directeur du TNS (Théâtre national de Strasbourg) dans son édito. Après plusieurs saisons entachées par la crise sanitaire, avec de nombreux mois de fermeture forcée, le TNS s’adapte encore une fois et propose une saison 2021-22 plus flexible, parée à toute éventualité. En tout, 25 spectacles seront proposés, soit 9 de plus que les 16-17 habituels : ce sont des reports des saisons précédentes que le théâtre souhaite honorer.

Rothko, untitled #2 de Claire ingrid Cottanceau et Olivier Mellano présenté début septembre
© Félicien Cottanceau



De plus, le TNS n’a, exceptionnellement, pas imprimé de brochure de saison, traditionnel outil de communication pour les structures culturelles… Pour éviter son « obsolescence » en cas de « nouvelles turbulences ». En parallèle, pour davantage de souplesse dans des temps encore soumis aux aléas d’une crise sanitaire sans précédent, un nouveau système de réservation sera mis en place.

Il permettra une meilleure accessibilité au théâtre, afin d’y faire revenir ses spectateurs habituels, ou tout simplement inviter un nouveau public. Au moyen d’une carte d’adhésion (plutôt que l’habituel abonnement), le public aura accès à des spectacles à prix réduit (13€ plutôt que 20€) et à nombre d’avantages : déplacer sa réservation jusqu’à 24h avant le spectacle, revoir gratuitement une pièce qui nous a plu, accéder à des visites du théâtre, des réductions dans d’autres lieux culturels strasbourgeois… À noter : la carte sera même gratuite pour les moins de 28 ans qui pourront voir des spectacles pour 8€, un prix vraiment très doux.

En bref : le TNS est bien décidé à retrouver du monde dans ses salles et s’en donne les moyens.



Une saison en deux temps

Autre changement majeur que l’on peut noter : celui de sa saison qui se déroulera en deux volets avec une première salve de spectacles déjà annoncés, qui vont de septembre à janvier ; suivi d’une deuxième. Présentée le 21 novembre, elle s’axera sur le deuxième tronçon, de février à juin. En attendant la suite des informations, on fait un point sur ces premiers mois de programmation.

Alors, on y verra quoi, cette saison ? Du théâtre politique, de la diversité sur scène, de la jeunesse, aussi. …Sans surprise puisqu’il s’agit d’une démarche entamée depuis plusieurs saisons au TNS. Le théâtre strasbourgeois continue de marquer son intérêt pour les grands enjeux actuels, tout en invitant de jeunes talents du théâtre contemporain (écriture ou mise en scène). Désir de révolution par ici, chute du totalitarisme par là, et plus surprenant : une vampire et un dragon dans des fables politiques aux notes fantastiques. En sus, des invités de marque, comme la cantatrice Natalie Dessay que l’on aura plaisir à entendre dans Hilda (Élisabeth Chailloux), ou le beau casting de Quai Ouest (Ludovic Lagarde).

La cantatrice Natalie Dessay dans Hilda
(texte de Marie NDiaye, mise en scène Élisabeth Chailloux)
© Jean-Louis Fernandez



Ouvrez vos agendas, la sélection, c’est par là

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Nous entrerons dans la carrière :
liberté, égalité, fraternité ?

Phrase sortie tout droit des paroles de la Marseillaise, « Nous entrerons dans la carrière » donne son nom à la nouvelle création de Blandine Savetier, librement inspirée du roman Le Siècle des Lumières d’Alejo Carpentier et de la vie de Jean-Baptiste Belley, premier député noir élu à la Convention, au cours de la Révolution française.

Dans un spectacle de près de 4h, dans des décors et costumes réalisés par les ateliers du TNS, Blandine Savetier « interroge le désir de révolution dans un monde en crise ». Réunissant des jeunes acteurs et actrices de toutes origines, la metteuse en scène, artiste associée au TNS (à l’instar de Pauline Haudepin, également au générique) met en parallèle les aspirations d’autrefois – le « liberté, égalité, fraternité » hérité de la Révolution française – et les désillusions de notre société actuelle. L’autrice et metteuse en scène voit le théâtre comme un lieu de révolte, de parole : une place publique.

Alors… Au théâtre, citoyens, formez vos bataillons.

Du 29 septembre au 9 octobre 2021
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Nous entrerons dans la carrière de Blandine Savetier
© Jean-Louis Fernandez


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Ce qu’il faut dire :

quand le langage doit apprendre à se déconstruire

Que dire de Ce qu’il faut dire ? …Que c’est une pièce qui déconstruit le langage. Un spectacle autour de la parole colonisatrice : le poids des mots, leur origine, la mémoire et l’idéologie qu’ils véhiculent. Sur un texte de l’écrivaine camerounaise Léonora Miano, mis en scène par Stanislas Nordey, viennent se poser les voix de trois actrices afropéennes, dans des chants poétiques et politiques.

L’autrice, un pied en Afrique, l’autre en Europe, a longuement vécu en France et vit depuis au Togo. Un parcours entre deux continents et deux Histoires, qui la fait se questionner sur les récits forgés et transmis par une Europe colonisatrice« Que signifie se déclarer « blanc » et désigner d’autres personnes comme étant « noires » ? Qui a décidé que « l’Afrique » se nommerait ainsi ? » lit-on sur le programme. Ce qu’il faut dire commence par ce qu’il faut savoir entendre et écouter. Une pièce à ne pas rater.

Du 6 au 20 novembre 2021
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@JeanLouisFernandez


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Quai Ouest :
pour découvrir Koltès

Dans une zone portuaire désaffectée et désertée en marge de la ville, sorte de no man’s land loin des yeux de la société, un homme est conduit là en jaguar par sa secrétaire Monique qui ne sait pas bien ce qu’elle fait ici. Il s’agit de Koch, administrateur de biens qui a choisi d’y finir ses jours en se jetant à l’eau. Aussitôt sauvé de la noyade, Koch se retrouve rapidement confronté à des individus qu’il ne fréquente habituellement pas. Des « déclassés ».

Avec cette pièce de 1985, Bernard-Marie Koltès – auteur français incontournable, traduit et joué internationalement et mort du sida en 1989 – raconte et questionne les rapports sociaux et de classe et le désir de reconnaissance dans une société mondialisée. On y croise la misère et la violence, dans une langue riche, propre à son auteur, qui se lit autant avec plaisir qu’elle se voit jouer, comme ici, dans cette nouvelle mise en scène de Ludovic Lagarde.

Et pour couronner le tout, Lagarde réunit un beau casting au service de cet auteur incontournable : la grande Dominique Reymond, Micha Lescot et le génial Laurent Poitrenaux (acteur associé au TNS, que l’on aperçoit ici dans Providence, une autre mise en scène de Lagarde), pour ne citer qu’eux.

Du 8 au 16 décembre 2021
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La troupe de Quai Ouest de Ludovic Lagarde © Christophe Beauregard


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Cœur instantanément dénudé :
aux frontières du désir


Dans un univers un peu plus barré : Cœur instantanément dénudé. Une histoire de désir, décliné sous toutes ses formes : de l’amour à la reconnaissance, de la passion à la possession… Lazare, auteur, metteur en scène et improvisateur, adapte le mythe de Psyché. Celui d’une jeune mortelle que Cupidon, fils de la déesse Vénus, désire et rend amoureuse en retour, grâce à ses pouvoirs.

Avec sa compagnie Vita Nova, Lazare – également artiste associé au TNS – invite sur scène pléthore de personnages pour illustrer tout ce que le désir a à dire de nous, de notre société, de notre humanité. Une fable contemporaine aux doux accents de mythologie.

Alors, qui se laissera séduire par Cœur instantanément dénudé ?

Du 11 au 22 janvier
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Le Dragon : qui sont les monstres ?

Qu’est-ce que ce Dragon qui s’apprête à brûler les planches du TNS ? Eh bien, une fable politique pour adultes. Une pièce qui s’annonce aussi spectaculaire et populaire, qu’engagée, écrite par Evgueni Schwartz (1896-1958). Et si l’auteur russe utilisait les codes du fantastique, c’était pour mieux dénoncer : interdite au lendemain de sa première mise en scène en 1944, Le Dragon s’attaquait alors au totalitarisme stalinien.

L’histoire raconte celle d’un village sous l’emprise depuis plusieurs générations, d’un dragon despotique. Un peuple soumis, asservi, et qui a depuis bien longtemps accepté son sort, qui lègue une partie de ses récoltes et de son bétail, et se doit de sacrifier, comme chaque année une jeune femme, dans l’indifférence générale. Jusqu’à ce qu’un étranger, un « héros professionnel », Lancelot, débarque dans la ville et défie le dragon devant le scepticisme de la communauté et l’opposition de ses politiciens corrompus. Avec la mort du dragon naissent de nouvelles interrogations : comment réorganiser une société quand son tyran a disparu ? Qui sont, au fond, les vrais monstres ?

Un combat d’idées, entre la liberté et la « servitude volontaire ». Un thème d’actualité pour son metteur en scène Thomas Jolly – jeune prodige de la scène française – après cette « période troublée où toutes nos libertés ont été requestionnées, […] notre façon de vivre ensemble, de se questionner ensemble, de réinventer ensemble le monde que l’on aurait envie d’avoir, ou auquel croire ». Il ne manque pas d’également replacer sa pièce – prévue pour le début 2022 – dans l’agenda politique de ces prochains mois, rappelant le « contexte électoral [et] les élections qui vont être décisives ».

Sans aucun doute, avec Le Dragon, ça va chauffer, en janvier !

Du 31 janvier au 8 février
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Des dragons et des révolutions : sacrée programmation pour cette nouvelle saison !


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Le programme 2021-22 jusqu’à février


Fanny Soriano

*Article soutenu mais non relu par le TNS

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