Suite à l’apparition d’un grand campement de demandeurs d’asile à Strasbourg, et l’augmentation générale du nombre de personnes à la rue, y compris des enfants, un collectif de citoyens annonçait ce 8 septembre, l’occupation d’un bâtiment vide à la Meinau, au 12 rue Eugène Imbs. Les militants souhaitaient y loger autant de personnes que possible. Finalement, le lieu a été évacué en fin d’après-midi par la police, et 5 personnes présentes sur place ont été logées par la Ville. Reportage.



Un collectif composé du collectif La Roue Tourne (à distinguer avec l’association La Roue Tourne Strasbourg), de l’association Uni’dons67, et de citoyens, déclarait, ce 8 septembre, la création de l’Hôtel de la Rue 2. Le but : loger des sans-abris dans un bâtiment vide. Le nom fait référence à l’Hôtel de la Rue, un squat d’hébergement à Koenigshoffen. La tentative d’occupation n’aura finalement duré que quelques heures : la police nationale a évacué les lieux aux alentours de 18h, en utilisant des bombes lacrymogènes.

L’immeuble de 4 niveaux se trouve au 12 rue Eugène Imbs, au sud du quartier de la Meinau. Propriété du bailleur social Ophéa, il est en instance de démolition. « Il y a trop de monde dehors. On ne peut pas rester sans rien faire », annonçait une militante sur place, en début d’après-midi : « L’État ne fait rien alors on s’en charge nous. On appelle toutes les associations de solidarité, les instances publiques et les autres militants pour les sans-abris à venir aider. Il faut faire du ménage, sécuriser les lieux. Nous aurons aussi besoin de dons de matelas, de produits d’hygiène. Les plombiers, les menuisiers, les électriciens sont les bienvenus. »

© Thibault Vetter

« On veut loger autant de personnes que possible »

Vers midi, les occupants annonçait qu’ils étaient là depuis plus de 48h : le délai d’expulsion sans décision de justice serait passé. Cela n’a pas empêché l’expulsion effective. À l’intérieur, le bâtiment est délabré. Par endroits, des bouts de verre jonchent le sol. Edson, fondateur de l’association La Roue Tourne, vers midi, reconnaissait : « Oui il y aura du travail, mais on l’a fait à l’Hôtel de la Rue, on peut aussi le faire ici. » Il aurait aimé loger « autant de personnes que possible dans le bâtiment ».

Une quinzaine de sans-abris, dont 6 enfants, qui vivent dehors, au camp de demandeurs d’asile de Montagne Verte, étaient sur place pour observer les lieux, et potentiellement venir dormir le soir même. Tous souhaitaient rester anonyme. L’une d’entre elle, âgée de trente ans environ se disait heureuse d’avoir la perspective de ne plus dormir sous tente. Une autre semblait plus sceptique devant l’état des lieux : « On va y réfléchir. »

Enfin, un homme expliquait qu’il allait essayer de venir avec des amis du camp de Montagne Verte pour nettoyer et s’installer. Venu d’Albanie avec sa famille, il expliquait avoir quitté son pays parce qu’il était « menacé de mort là-bas ». Selon lui, les services de l’État ne lui répondent pas, ni pour héberger sa famille, ni pour prendre en compte sa demande d’asile.

L’ouverture d’un squat pour pallier l’État

Au moins 122 personnes vivent sous des tentes, dans des camps, à Strasbourg, d’après un décompte datant du 2 septembre, réalisé par des associations. Depuis l’été 2019 et l’occupation du squat Bugatti et de l’Hôtel de la Rue, deux bâtiments ouverts par des citoyens, qui ont logé des centaines de personnes, on n’avait plus vu un tel phénomène dans la capitale alsacienne. Aussi, pendant la pandémie, de nombreux sans-abris ont été logés par l’État dans des hôtels vides.

© Thibault Vetter

Mais aujourd’hui, d’après Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge des solidarités, « la préfecture ne répond pas aux sollicitations de la Ville pour loger les personnes qui vivent dans le camp de Montagne Verte », alors que les demandeurs d’asile y ont droit. De plus, selon la directrice de l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) du Grand Est, 12% des 10 000 places d’hébergement de la région pour les demandeurs d’asile sont vacantes.

Après négociation avec les responsables d’Ophéa, le collectif a tout de même obtenu l’hébergement de 5 personnes présentes sur place. Elles sont prises en charge par le centre communal d’action social (CCAS) de la Ville de Strasbourg.

© Thibault Vetter

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