L’heure est grave : cette satanée pluie est en train de gâcher la fête. Dans notre imaginaire, l’été ne devait pas ressembler à celui que nous vivons en ce moment, car il faut bien avouer que cette année, les éléments semblent se déchaîner contre nous. Pluie, vent, orages, les gouttelettes s’installent et humidifient un peu trop le tableau verdoyant de nos vacances. Et si l’on en croit les prévisions météo, elles devraient squatter l’Alsace jusqu’au moins mi-juillet. Vraiment ? Mi-juillet ? Si c’est le cas, tout cela mérite une explication. On a demandé à Julien Werckmann, l’un des membres-fondateurs du réseau Météo Suivi Alsace, s’il fallait vraiment que l’on garde notre k-way sous la main, et pourquoi la météo, c’est autant le bordel en ce moment.



Après des mois de confinement forcés, on s’attendait tous à se dorer la pilule ici et là pour emmagasiner tout le soleil qui nous a manqué ces derniers mois. Et bien, il va falloir être patient. En voyant le déluge arriver et le ciel s’assombrir durablement pour les prochaines semaines, on s’est demandé sil y avait de réelles explications scientifiques à ces phénomènes météorologique instables, et à priori durables, ou si c’est juste la faute à pas de chance. Julien Werckmann, membre de l’association Météo Suivi Alsace, a bien voulu répondre à nos questions, en étroite collaboration avec les prévisionnistes Florian Knoll et Loïc Alter.

Julien Werckmann © Pietronave Bastien / Pokaa


Pourquoi il pleut souvent en ce moment ? La faute à la « Goutte Froide »

En ce moment, à pas moins de 5000 mètres d’altitude, une masse humide de basse pression que l’on appelle plus grossièrement « goutte froide » (représentée en bleu sur l’animation ci-dessous) stagne au-dessus de nos têtes en tournoyant. Elle a du mal à avancer vers l’Est, à cause des hautes pressions présentes tout autour de nous dans l’atmosphère (en rouge), comme on peut le voir juste ici.

© GFS


Cette « goutte froide », tourne sur elle-même et apporte en tournoyant l’air chaud venu du sud (en rouge), notamment en provenance d’Afrique. Cet air chaud arrive vers nous en directement du Maghreb et crée ce que l’on appelle des conflits de masse d’air, qui créent eux-mêmes des orages à répétition. Généralement, ce genre d’épisode est rapidement balayé par des vents forts, mais la masse est actuellement bloquée au-dessus de nos têtes et ne semble pas vouloir se déplacer, car elle est en quelque sorte encerclée par l’air chaud autour de nous. En plus, fait notable, tout cela provoque un « effet douche » : il pleut donc beaucoup et très fort, sur un territoire précis.


Un niveau de pluviométrie rarement enregistré à Strasbourg

Julien nous explique que dans certains endroits précis de Strasbourg, notamment au Jardin des deux Rives où il a installé l’un de ses pluviomètres, il a plu dimanche 4 juillet l’équivalent de 15 jours de pluie en 40 minutes. Au centre-ville, du côté de Grand’Rue, il a plu trois fois moins au même moment. On comprend mieux à quel point les pluies sont intenses, courtes, et très localisées. Pour preuve, la pluviométrie de ce mois de juin 2021 a été excédentaire dans le Bas-Rhin de 60 à 145%. Dans le Haut-Rhin, cet excédent est compris entre 15 et 130%.

Cette masse de pluie orageuse reste statique et continue d’être active, c’est ce qui crée notamment des coulées de boue ou des glissement de terrain à certains endroits, notamment à Ferette (Haut-Rhin) le 9 juin dernier. Mais le reste de la France est aussi touché, car avec plus de 167 000 impacts de foudre durant le mois de juin, le territoire français n’a pas été autant foudroyé depuis 1984.

Impacts de foudre sur le mois de juin en France © Météo60.fr



Une situation exceptionnelle en plein mois de juillet ?


Une situation dépressionnaire comme celle-ci n’est pas exceptionnelle en elle-même, mais c’est sa durée qui peut être qualifiée ainsi. On parle ici de récurrence, comme l’explique Julien. « On se souvient que début juin, nous étions dans la même situation dépressionnaire. Une goutte froide a créé beaucoup de pluie, puis nous avons eu une grosse vague de chaleur. Ensuite, une grosse pulsion venue du sud a réussi à dégager cette goutte froide, puis une autre est revenue et ainsi de suite. Habituellement, on a peut-être deux ou trois gouttes froides par été, là on les enchaîne en très peu de temps. Pour exemple, le mois de juin que nous venons de vivre est le deuxième mois de juin le plus pluvieux depuis 1924. La situation météo en elle-même n’est pas exceptionnelle, mais le fait qu’elle se répète, ça, c’est exceptionnel. »

Image Satellite d’une « Goutte Froide »/ 27 juin 2021 © Terra


Selon Julien, difficile de savoir si le mois de juillet est bel et bien flingué pour de bon à cause de la pluie. Cependant, il nous explique que, le temps que la goutte d’eau aille s’isoler et se résorber au-dessus de l’Allemagne, on peut encore compter au moins dix jours de mauvais temps. À vos parkas !


2 COMMENTAIRES

  1. Eh bien, à tout prendre, personnellement je suis ravi de cette situation ! Entre le mois de juillet que nous vivons et celui que vivent les Canadiens à 49,6°C avec des incendies partout, je préfère largement notre météo. Au moins, la nôtre n’est pas mortelle ni insupportable.

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