Grand projet strasbourgeois, la Coop, dans le quartier du Port du Rhin, ne finit pas de dévoiler de nouvelles choses. Lorsqu’on était allé y faire un tour en octobre dernier, on vous avait détaillé tous les projets en cours dans le quartier. Aujourd’hui, l’un d’entre eux commence tout juste à faire parler de lui. Son nom : KaléidosCOOP, un projet de tiers-lieu transfrontalier de coopération, ouvert à tous pour travailler, entreprendre et consommer autrement. On vous en dit plus.

KaléidosCOOP, qu’est-ce que c’est ?

Si l’on pourrait s’arrêter quelques minutes sur le jeu de mots de qualité qui lui donne son nom, KaléidosCOOP est, de l’avis des personnes ayant copiloté le projet depuis 2015, un lieu ressource, pour expérimenter des choses nouvelles par rapport à l’emploi. En d’autres termes, un tiers-lieu transfrontalier entre les bassins d’emploi de Strasbourg et de l’Ortenau, tirant partie des atouts du quartier Port du Rhin, situé entre la France et l’Allemagne. Parmi ses soutiens, on compte les fonds européens, la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, la Région, la Collectivité européenne d’Alsace et même la ville de Kehl, montrant toute la dimension transfrontalière du lieu. 

Le projet compte ouvrir ses portes au printemps 2022 si tout va bien, dans la partie Administration du projet Coop. Une réhabilitation de friche industrielle par le cabinet d’architecture strasbourgeois Un1on, qui a gagné l’appel à projets. Leur crédo ? Une volonté de co-construire avec les porteurs du projet, en tentant de garder le plus possible les traces de l’existant, sans les déguiser dans du neuf. De plus, ils ont utilisé des matériaux bio-sourcés (bois, caoutchouc naturel), des matériaux issus du recyclage, des briques de textile recyclé et enfin des matériaux plus industriels, comme des habillages métalliques, pour faire écho au passé du lieu, tout en veillant à ce que chaque matériau garde sa propre autonomie. Afin que les matières puissent être isolées les unes les autres.

© Nicolas Kaspar/Pokaa


À qui KaléidosCOOP s’adresse-t-il ?

KaléidosCOOP compte s’adresser à tous les habitants du quartier Port du Rhin, notamment dans le domaine de l’emploi, en proposant une nouvelle offre de service. Là-dessus, le projet s’axe sur les atouts des forces qui le composent : on y trouvera de l’emploi, de l’entrepreneuriat et de l’économie sociale et solidaire (ESS). Le tout, précisent les acteurs du projet, en contact avec les associations de quartier et les acteurs du Port du Rhin.

Pourquoi ces trois forces en particulier ? Tout simplement parce que KaléidosCOOP provient de la coopération entre trois copilotes, qui cherchaient à trouver des locaux communs pour mieux travailler ensemble. On y retrouve la Maison de l’emploi, la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire Grand Est (CRESS) et COOProduction, outil de développement créé par les Coopératives d’Activités et d’Emploi Artenréel, Coopénates et Antigone. Pour la petite anecdote, la Maison de l’emploi ainsi que la CRESS étaient toutes deux installées à l’époque sur le site de la Coop Alsace : de 2006 à 2012 pour la première et de 2003 à 2013 pour la seconde. Comme un retour aux sources.


On y trouvera quoi exactement ?

Parlons désormais concret. Sur ses 2 800 m2, KaléidosCOOP promet d’offrir plusieurs types de services aux habitants du quartier, mais également à toutes les Strasbourgeoises et tous les Strasbourgeois.


Le rez-de-chaussée

Au rez de chaussée on trouvera d’abord l’espace d’accueil, qui se veut accueillant et proche de son quartier, et qui servira à s’informer sur l’emploi en France et en Allemagne. Ensuite, il y aura le Kafé. D’une centaine de mètres carrés, il accueillera les habitants du quartier mais aussi les autres Strasbourgeoises et Strasbourgeois. On y retrouvera de la petite restauration, qu’on pourra consommer dans le jardin juste à côté, mais également un bar, réalisé en terrazzo de plastique recyclé. Il reste encore à choisir un exploitant pour le Kafé, mais les conditions recherchées sont celles du bio, de l’équitable mais surtout de l’accessibilité en termes de prix.

Très attendue par le Centre Socio-Culturel et les habitants selon les porteurs du projet, la vitrine de l’ESS, située dans l’ancienne boulangerie de la Coop, consistera en un mélange de produits et de services. Ce sont en tout 11 structures qui mutualisent cet espace de vente pour offrir une offre de consommation responsable. On peut notamment citer Emmaüs, Envie, le jardin de la Montagne Verte, les jardins de Gaïa pour le thé et Relais Est pour les habits de seconde main. Il y aura également des ateliers de sériegraphie, ainsi que d’auto-réparation de vélo, avec Vélostation. En somme : faire une sorte de « Marché Off », dans une dimension pédagogique autour de la consommation responsable et à moindre frais.

La vitrine de l’ESS. © KaléidoscCOOP – Document remis

Enfin, pour clôturer ce tour du rez-de-chaussée, l’espace événementiel de 300 mètres carrés est prévu pour être un lieu d’échange et d’interaction, pouvant vivre le jour et la nuit. Il peut se diviser en trois parties grâce à des parois acoustiques. Les porteurs de projet l’imaginent devenir un lieu d’accueil d’exposition, de conférence, mais aussi une salle modulable, pour pouvoir expérimenter autour de la recherche de l’emploi. Avec notamment l’idée de formations de cours d’allemand, financés par la Région, vers des décrocheurs scolaires, grâce à la présence d’une salle équipée d’une cabine de traduction.

Espace évenementiel. © KaléidoscCOOP – Document remis


Le premier étage

Le premier étage ne sera pas accessible à tous, puisque ce sera l’espace où se trouveront les bureaux. Inspiré du projet Darwin à Bordeaux, ce premier étage sera composé de trois espaces partagés. Où, là encore, le but était de préserver les qualités de l’existant. Cela passe notamment par une récupération de mobilier, par exemple celui de l’ancienne COOP et du pavillon Blum de l’Hôpital Civil en cours de destruction. 

Chaque structure amène son propre mobilier, et l’espace sera aménagé au besoin des structures. En effet, selon les porteurs du projet, il y a eu un parti pris pour que ce soit les structures qui travaillent dans le lieu qui l’aménagent, et non le contraire. Par ailleurs, d’autres structures sont agrégées au projet, comme URSIEA, Terre d’Est, une agence de voyage solidaire, Zinga, qui accompagne des réfugiés vers l’entrepreneuriat, et bien d’autres encore. Par ailleurs, avis aux intéressés, il y a encore 700 m2 de bureaux encore disponibles, soit la moitié des espaces de travail.

KaléidosCOOP devrait ouvrir ses portes au printemps 2022. Et c’est peu dire que le projet est prometteur. Un tiers-lieu qui permettrait de consommer autrement. Qui permettrait d’inventer de nouvelles perspectives liées à l’emploi dans un quartier pauvre de la Ville en bénéficiant de la proximité avec l’Allemagne. Un lieu pensé pour les habitants du Port du Rhin. Comme toujours néanmoins, avec ces grands projets dans les QPV, il faudra voir si, en définitive, KaléidosCOOP apportera vraiment quelque chose à la population du quartier, ou s’il rejoindra la longue liste de projets hors-sol qui se feront sans les habitants. Au vu de ce qui est pour le moment présenté, on peut avoir espoir que la première possibilité l’emporte.

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