Près d’un an après les élections municipales qui ont amené Jeanne Barseghian à la mairie de Strasbourg, les électrices et électeurs étaient appelés aux urnes ce dimanche 20 juin, pour un double scrutin : le premier tour des élections régionales et départementales. Après l’abstention record dans le Grand Est au premier tour, les habitants de la région se sont à nouveau déplacés aux urnes afin de voter pour leur prochain président ou présidente de région. Qui l’a emporté ? On fait le point.

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Joue la solo : dans le Grand Est, aucune alliance formée dans l’entre-deux-tours

Contrairement à d’autres régions françaises, l’entre-deux-tours dans le Grand Est n’a pas été très animé. En effet, quatre listes étaient passées au second tour : la liste LR de Jean Rottner, celle du RN de Laurent Jacobelli, celle de l’union de gauche et des écologistes (EELV) d’Eliane Romani et la liste LREM de Brigitte Klinkert.

Très vite, Jean Rottner, sorti largement premier, a déclaré qu’il ne ferait pas d’alliances au vu du second tour, se déclarant « prêt à mener la bataille pour battre le Rassemblement national au second tour« , comme il l’a annoncé dans un communiqué de presse. Dès lors, pas d’alliance avec Brigitte Klinkert. En outre, alors qu’on aurait pu penser que Florian Philippot, crédité de 6,95 % des voix, pouvait nouer une alliance avec Laurent Jacobelli, cela n’a pas été le cas. Le candidat RN a tout de même appelé à ce que les électeurs de Florian Philippot et ceux d’Unser Land votent pour sa liste.

À gauche, il y a eu quelques espoirs de voir les listes d’Eliane Romani et d’Aurélie Filippetti, ayant reçu 8,64 % des voix, s’allier, afin de former enfin un vrai pôle de gauche au sein du conseil régional du Grand Est. Cela n’a pas été le cas, dans les grands classiques de la division de la gauche. Eliane Romani a donc fait campagne au second tour seule.

© Nicolas Kaspar/Pokaa


L’affaire de l’entre-deux-tours

Une affaire a animé l’entre-deux-tours en Alsace : celle de la distribution des professions de foi des différents candidates et candidats du deuxième tour. Vous avez sans doute remarqué que, dans les enveloppes envoyées à votre adresse, ne se trouvaient peut-être pas tous les candidats. Certains ont reçu LR et RN, d’autres RN, LR et LREM, pas toujours avec listes et/ou professions de foi, alors qu’une partie n’a rien reçu du tout. Une seule absente dans tous les cas : celle d’Eliane Romani, la candidate écologiste. Loin de crier au complot, la raison est autre : un délai trop court de dépôt du matériel électoral entre les deux tours, comme le rapporte France 3 Grand Est.

Alors bien sûr, les professions de foi sont disponibles sur internet et il est possible d’aller les lire. Néanmoins, le fait de sous-traiter cet envoi à une entreprise privée, Adrexo, et le fait que le résultat est tout sauf réussi, n’a pas du tout joué en la faveur de la participation à ces élections régionales. Sans même parler des départementales, où le chaos était encore plus grand. En ne recevant pas les professions de foi, on peut avoir l’impression matérielle que les décisions se prennent sans nous. Renforçant peut-être une sensation qu’on ressentirait déjà. Dès lors, pourquoi aller voter, alors qu’ils ne sont pas fichus de nous faire parvenir leurs programmes ?

Il manque des documents. © Nicolas Kaspar/Pokaa


Une abstention toujours extrêmement élevée dans le Grand Est

Tout ce qui a été évoqué ci-dessus, additionné ) un climat de division et de polarisation de la société n’a évidemment pas aidé à ce que la participation décolle au second tour. Le Grand Est avait été le recordman de l’abstention lors du premier tour, le 20 juin dernier, avec 70,8 % d’abstention. Une semaine plus tard, l’abstention est restée peu ou prou la même, confirmant le désintérêt pour ces élections.

Selon une estimation d’Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions et Radio France, l’abstention dans le Grand Est est encore une fois la plus élevée de France. Ce sont 70 % des électeurs inscrits sur les listes qui ne se sont pas déplacés, soit 7 électeurs sur 10. Au niveau national, le taux d’abstention s’élève à 65,7 %, soit un tout petit peu plus faible qu’au premier tour.

Les résultats : Jean Rottner (LR) gagnant

Le Grand Est aura à nouveau le même président pour les six prochaines années. C’est en effet la liste menée par Jean Rottner (LR) qui a largement emporté le deuxième tour. Le président sortant arrive en tête avec 40,30 % des voix, récupérant au passage 94 sièges sur 169. Il arrive ainsi bien devant la liste RN menée par Laurent Jacobelli, qui obtient 26,30 % des voix et 33 sièges, soit 13 de moins qu’en 2015, signant une petite défaite. Derrière, la liste EELV-PS menée par Eliane Romani, obtient 21,22 % et 27 sièges, tandis que la liste LREM menée par Brigitte Klinkert atteint quant à elle les 12,17 % et 15 sièges, clôturant la marche.

© Ministère de l’Intérieur

Par ailleurs, si Jean Rottner l’a emporté dans le Grand Est, il perd d’une courte tête dans les résultats à Strasbourg. En effet, c’est la liste EELV-PS d’Eliane Romani qui l’emporte dans notre ville, avec 36,12 % des voix. Contre 35,04 % pour Jean Rottner. Brigitte Klinkert termine de son côté sur le podium, avec 15,89 % des voix, tandis que Laurent Jacobelli clôture la marche avec 12,95 %.

Ces résultats, avec une participation qui « s’élève » à 30,23 %, montrent que notre ville est désormais une place forte pour les forces politiques écologiques. Un résultat en adéquation avec celui des départementales, qui a vu les écologistes gagner deux cantons sur six, soit autant que la droite et un de plus que les socialistes.

Qu’est-ce qu’il faut tirer comme conclusion de ces élections ? Déjà, que la participation citoyenne est en véritable crise, et personne ne semble tirer une once de conclusion. Ensuite, contrairement à il y a six ans, il y aura quatre forces politiques différentes siégeant au conseil régional. La liste écologiste fait d’ailleurs bien mieux que celle de gauche il y a six ans, gagnant 8 sièges de plus, malgré les impossibilité à s’entendre avec une partie de la gauche. Malgré une perte de 13 sièges qui ressemble à une déconvenue, le RN reste toujours la deuxième force politique régionale, tandis que LREM a toujours autant de mal à s’implanter localement. Enfin, comme depuis toujours, l’Alsace, à travers le Grand Est, reste à droite. Une tradition qui durera encore 6 ans de plus, au moins.

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