On pourrait passer à côté sans la voir. Semblant encore abandonnée depuis la piste cyclable qui passe tout près, il suffit pourtant de s’approcher pour voir que depuis quelques mois, ça grouille de vie et d’énergie dans cette maison éclusière. Au bout de l’impasse de l’Écluse, à 5 minutes seulement du centre-ville de Strasbourg, va sortir de terre le nouveau tiers-lieu culturel, solidaire et écoresponsable qui va bientôt bouleverser ton agenda. Resto-bar, programmation culturelle au taquet, ferme urbaine, ateliers en tous genres, aux côtés d’assos strasbourgeoises et d’acteurs locaux… Encore en plein dans les travaux, le jeune trio qui porte ce joli projet nous a présenté ses ambitions et ses valeurs. Ça va bouger, à la plaine des Bouchers !





La petite maison dans la prairie

Le long de l’eau, à côté de l’écluse n°85, sur un chemin qui mène à la plaine des Bouchers, on croise une paisible petite maison sur deux étages, qui paraît inoccupée. Logée dans son écrin de verdure, c’est « l’Orée 85 ».

À quelques coups de pédales à peine de la Petite France et du Heyritz, après avoir dépassé la Grande Mosquée, des bateaux et des canoës, ce tiers-lieu en construction, dont l’ouverture est prévue pour l’automne, offrira bientôt une pause bucolique à nos quotidiens frénétiques. De son jardin encore un peu en friche, taillé à la faux quelques jours auparavant, on entend l’eau qui dégorge au loin, les petits oiseaux qui vont et viennent, et le tintement occasionnel de sonnettes de vélos passant sur la piste cyclable qui longe la maison éclusière. Un cadre des plus agréables pour rencontrer et interviewer le trio dynamique derrière ce chantier ambitieux.

L’équipe de L’Orée 85 (de g. à d. : Lola, Manon et Maxime) © FS




Les trois font la paire

Aux manettes de ce tiers-lieu culturel, solidaire et écoresponsable, on retrouve Manon, Maxime et Lola. À 27 ans, les trois ont déjà l’expérience d’un premier début de carrière, et l’énergie de la jeunesse d’en dessiner une nouvelle, ensemble, plus en accord avec leurs principes.

Maxime, à l’étage de la maison encore en plein chantier © FS



À la naissance du trio : Maxime, la caution administrative du projet. Strasbourgeois un temps exilé à Paname, il a laissé tombé la fast-life de la capitale pour monter un projet plus proche de ses valeurs, dans sa « ville de cœur ». Formé en gestion d’entreprises, et passé par une école de com’, il a bossé 3 ans dans l’industrie musicale, au sein de gros labels internationaux. Mais c’est dégoûté du « grand théâtre social […] et [du] manque de sincérité dans les relations humaines » de ce milieu, qu’il a rejoint Strasbourg, avec pour ambition de monter un projet hybride, aux côtés de ses deux amies.

Manon, responsable restauration, au pied de l’écluse © FS


Manon, prend, elle, la tête du pôle restauration-bar de l’Orée 85. Après une école hôtelière (à Illkirch), et quelques expériences en restauration, elle réalise rapidement que les rapports hiérarchiques, ou les modes de production et consommation qu’elle rencontre, ne lui correspondent pas. Une licence d’anglais plus tard – où elle fait la connaissance de Maxime –, et des voyages, elle est rappelée par ce dernier, qui lui propose son projet. Bingo, elle trouve enfin une manière de « faire correspondre l’amour qu'[elle a] du service et [s]es valeurs ».

Lola, quant à elle, est à la tête de la prog’ culturelle. Diplômée d’un master en médiation culturelle de la Sorbonne, passée par le design graphique, et un échange universitaire à Barcelone, elle ne retiendra de son court passage d’un an en école de communication, que sa rencontre avec Maxime et la découverte de Strasbourg. Et c’est un voyage de 6 mois en Amérique du Sud qui lui ouvre les yeux sur les valeurs humaines qu’elle souhaite retrouver ou transmettre dans son cadre pro. Appelée par Maxime, elle le rejoint alors sans hésiter, rajoutant la patte arty au trio.

Lola, responsable de la programmation © Fanny Soriano



En leur permettant ainsi de réunir leurs différents corps et cœurs de métiers dans une démarche à taille humaine, le projet de ce tiers-lieu culturel au cœur de la ville de Strasbourg est vite apparu comme une évidence pour le trio. Après une formation à Paris en 2019 sur la création et la gestion de tiers-lieu, organisée par Sinny&Ooko (à l’origine de plusieurs établissements tels que La REcyclerie, Le Bar à Bulles, etc.), les trois portent toutefois un regard critique sur ces grosses machines parisiennes un peu marketées, qui attirent majoritairement une population aisée, l’idée étant, pour eux, de s’éloigner de la franchise, et de créer un vrai lieu de « mixité, un carrefour des publics qui divergent ». Car de l’aveu de Maxime, au vu de leur expérience des établissements parisiens, ce n’est « pas une évidence de tendre vers ce tiers-lieu idéal pour tout créateur de tiers-lieu, [sans que cela] tourne vite en lieu bobo et assez homogène », explique Maxime… « Surtout quand on est soi-même un peu des bobos », rajoute Lola dans un sourire.




Au fil de l’eau, implanté dans son quartier et ouvert aux autres

Une fois les bases posées, il fallut trouver le petit éden, où déposer les valises. En cherchant dans le patrimoine oublié de la SNCF et des écluses, les trois trouvent l’annonce de la Ville pour cette petite maison éclusière à reprendre. La deadline est proche – deux mois, seulement pour monter le dossier – et le trio sort à peine de sa formation. Coup du destin : Covid oblige, elle est repoussée d’avril à octobre. Tout juste le temps nécessaire pour asseoir le projet. Coiffant ainsi au poteau trois autres candidatures, c’est le jour de Noël 2020 que la bonne nouvelle tombe. Leur idée de valoriser le quartier, jugé prioritaire, dans une démarche à la fois environnementale et sociale séduit la municipalité qui valide L’Orée 85.

Situé entre Entraide le Relais (un centre d’insertion vers l’emploi, d’accompagnement social et éducatif), et le village ADOMA des Berges de l’Ain (un centre d’hébergement des personnes sans-abri et de leurs animaux de compagnie), L’Orée 85 se veut un lieu de rencontre. En s’ouvrant donc à la fois aux populations aux proches alentours, issues de la Plaine des Bouchers ou de la Meinau, comme aux publics d’autres quartiers strasbourgeois. Être un lieu de mixité sociale, générationnelle, ouvert vers l’autre, dans toute sa diversité.

© FS



Du local au menu

Côté restauration, Manon s’est dirigée vers de la production locale, et de l’agriculture bio ou raisonnée. Dans ce bar-café-restaurant, ouvert midi et soir, on y trouvera des petits plats ou en-cas sains, frais et de saison, avec une spécialité : le samoussa choucroute accompagné de son petit bibeleskaes. Le concept : reprendre les codes de la cuisine tradi’, avec un soupçon de modernité, et des plats du quotidien, pour un côté « comme à la maison » (le maître-mot de L’Orée 85), mais avec de la maîtrise. Sur la carte des boissons : en vin, de l’accessible pour les petits budgets et de la réf plus pointue, et dans l’ensemble, « le plus local possible ».

Pour permettre aux autres pôles d’exister, le resto-bar sera au cœur de leur modèle économique, créant ainsi un cercle vertueux : rester aux activités après le déjeuner, ou venir aux ateliers et en profiter pour boire un verre. Car entre deux bières au comptoir, même les plus citadins d’entre nous pourront plonger les mains dans la terre : entre le potager et l’énorme jardin où trône déjà une cabane de plantes tressées, il y aura de quoi faire. Mais on pourra aussi y découvrir leur ferme pédagogique, avec des ruches et un poulailler : la campagne à deux minutes du centre. Quant à la prog’ culturelle, elle s’annonce tout autant appétissante.

Le trio à côté de la cabane en feuillages tressés © FS




Au programme : rencontres et diversité

Pour les événements, on retrouve la même volonté de rassembler les publics. L’accent est mis sur la diversité. Expos, concerts, ateliers en tous genres, groupes de discussions, projections ciné, marchés d’artisanat et de création… Aucune limite n’est posée. Lola, aux commandes, sera là pour dynamiser le lieu, entourée d’acteurs locaux portants les mêmes valeurs. On retrouvera Gaby, responsable du jardin de l’Euroasis pour les ateliers de permaculture et activités du potager.

© FS



Pour les événements musicaux, L’Orée 85 invitera l’incoutournable Pelpass et le collectif La Finca (qu’on te présentait ici). On y verra de l’impro avec La Spetzi, on y réparera des vélos avec Bretz’selle, on y découvrira la céramique ou la teinture végétale avec les quatre créatrices – « géniales humainement » – de l’atelier Bouillons… Et tant d’autres.

Et puis, toujours dans une démarche de s’ouvrir à l’autre et de transmissions des savoirs, le trio s’est rapproché de La Braise, une coopérative d’éducation populaire, une notion au cœur du projet. Le point d’honneur de l’équipe, et de ce lieu qui se veut solidaire, est de n’exclure personne, d’éviter toute forme de verticalité, et d’encourager les prises de parole et d’initiative, d’ouvrir les dialogues, développer son esprit critique, le tout dans la bienveillance et la tolérance. Faire rencontrer les expériences, et « penser collectif » en mettant l’ego de côté


Militante, L’Orée 85 ? Peut-être mais pas que.

L’Orée 85 n’a pas de visée directement militante ou politique, mais le trio propose un modèle différent qui donne de la place à d’autres pour s’exprimer. En invitant des acteurs divers et variés (du collectif artistique Bouillons, à l’association Alternatiba mobilisée contre le réchauffement climatique, par exemple), Manon explique que « [leur] forme de militantisme, c’est d’accepter toutes ces formes de militantismes, d’être un hébergeur pour que ces initiatives existent ». Lola rajoute qu’il n’y a pas de « formatage dans la forme du militantisme ou d’activisme : que chacun trouve la sienne ».

© Fanny Soriano



Le but du lieu étant surtout de créer « un contexte de rencontre de quotidiennetés différentes » (entre les personnes qui séjournent à ADOMA, celles qui travaillent dans le quartier, celles qui viennent de la ville, etc). En valorisant l’économie circulaire, en sensibilisant à l’écologie, aux questions environnementales, de société, du genre tout en n’oubliant pas le divertissement, en venant simplement se poser et profiter. « Même si nous, on a envie d’aborder toutes ces questions, on a aussi envie d’offrir du fun aux gens, qu’ils soient bien, qu’ils passent un bon moment et qu’ils ne soient pas contraints de discuter de tel sujet. […] C’est important. », conclue Lola.

Alors si toi aussi tu te reconnais dans les valeurs de L’Orée 85, tu peux :

  • Soit attendre patiemment l’ouverture prévue à l’automne
  • Soit les aider dès aujourd’hui via leur campagne de financement participatif (en partenariat avec Meteor et Quonex-Alsatel) lancée mi-juin et encore en cours (ici)


L’Orée 85

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Le financement participatif sur Okoté


Fanny Soriano

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