Chaque année, le festival musical des Sacrées journées favorise le dialogue interreligieux à Strasbourg. Depuis le 12 juin, des concerts interculturels ont pris place dans les lieux de culte strasbourgeois. Un événement qui rappelle le statut particulier de la ville, qui abrite en tout seize cultes. Pour comprendre l’importance et le rôle de leur cohabitation, nous sommes partis à la rencontre de quelques acteurs et actrices qui participent à cette multiconfessionnalité bien strasbourgeoise.




De Strasbourg vue du ciel, se détache en premier l’immense clocher de la cathédrale. Mais, à y regarder de plus près, il est accompagné d’autres flèches et dômes, appartenant aux nombreux lieux de culte présents sur le territoire. Ils marquent le paysage strasbourgeois par leur architecture, mais aussi par les personnes qui les visitent, pratiquants ou pas, religieux ou non.

Strasbourg a également une autre particularité, moins visible cette fois, qui est le concordat de 1801, toujours en vigueur : c’est une partie de ce qu’on appelle maintenant le droit local (qui concerne l’ensemble de l’Alsace-Moselle). Dans notre ville, la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 n’est pas appliquée. En d’autres termes, le régime concordataire d’Alsace-Moselle reconnaît trois cultes : le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme. Les religieux de ces cultes sont donc fonctionnaires de l’État et certains sont nommés directement par le gouvernement comme les évêques. Pour les cultes qui ne sont pas reconnus, des prérogatives existent. Par exemple, les communautés religieuses peuvent se rattacher juridiquement au statut d’association de droit local alsacien-mosellan et bénéficier d’aides, privées ou publiques, selon les cas.

À Strasbourg, le rapport entre les acteurs politiques et les acteurs cultuels sont ainsi bien différents que dans le reste de la France. Et si ce point historique est nécessaire, c’est parce qu’il explique en partie la cohabitation particulière des cultes à Strasbourg. Comme le rappelle Jean Werlen, conseiller municipal chargé des cultes de Strasbourg, « notre travail est vraiment lié à l’histoire de la ville, il y a toujours eu une cohabitation entre les cultes même si elle a été parfois difficile ». Cette cohabitation subsiste encore aujourd’hui, puisqu’ « en tout seize cultes sont présents dans la ville et on travaille avec eux sur l’interreligieux » explique le conseiller municipal, avant d’ajouter « il n’y a pas de clivage politique sur cette question ». L’interreligieux est donc au cœur du travail du conseiller municipal, une fonction qui « n’est pas que spirituelle mais aussi sociologique et sociale ». Son action se traduit par des événements officiels comme le forum des religions qui a lieu chaque année, mais aussi sur le terrain où il « découvre tous les jours des travaux interreligieux ».

Et justement, pour parler de cette cohabitation entre les différents cultes présents à Strasbourg, quoi de mieux que d’aller directement à la rencontre de ces femmes et de ces hommes, actrices et acteurs actifs au sein de leur communauté religieuse, qui travaillent quotidiennement à enrichir ces relations. Par souci de lisibilité, nous avons choisi de donner la parole à 5 d’entre eux. Mais il existe bien sûr beaucoup d’autres cultes dans la ville, comme l’hindouisme ou l’orthodoxie par exemple. Pour plus d’informations sur le dialogue interreligieux et les religions dans le Grand Est, rendez-vous sur cette page pour trouver de nombreuses ressources et conférences sur le sujet.  


Lilia Bensedreine Thabet, musulmane et spécialiste de l’interreligieux

« Dans le cadre de l’interreligieux, la rencontre de l’autre dans sa différence n’est jamais simple et dans sa religion encore moins, car ça convoque beaucoup de sensibilités. »

Lilia Bensedreine Thabet est musulmane. Elle intervient au sujet de l’interculturalité auprès des ONG du Conseil de l’Europe et de l’École supérieure européenne des travailleurs sociaux. Elle nous explique vivre « dans la foi musulmane et la rencontre de l’autre ». Une religion qu’elle voit et vit comme « un chemin de miséricorde, une manière de se relier à un mystère »

La rencontre, c’est le mot d’ordre de Lilia. « Je me suis engagée, très jeune » se rappelle-t-elle alors qu’elle évoque ses souvenirs d’enfance en Tunisie, où elle a grandi.  Dans son quotidien, elle œuvre à faire se rencontrer des gens différents. Un travail difficile dont elle a parfaitement conscience : « Dans le cadre de l’interreligieux, la rencontre de l’autre dans sa différence n’est jamais simple et dans sa religion encore moins, car ça convoque beaucoup de sensibilités ». Puis, elle ajoute en souriant : « Mais bon, plus c’est difficile, plus c’est nécessaire »

Selon elle, Strasbourg favorise la rencontre. Les nombreux événements interreligieux organisés dans la ville sont pour elle « une richesse de la ville qu’il faut préserver et cultiver ». Pour autant, elle veut aller encore plus loin : « Il faut aussi qu’on passe à la vitesse supérieure en s’appuyant sur la pédagogie, l’enseignement, l’éducation à l’altérité et la diversité des convictions, qu’elles soient religieuses ou pas ». 

© Tamara Leroy / Pokaa


Mendel Samama, rabbin de Strasbourg

« On ne peut pas aimer quelque chose qu’on ne connaît pas, mais on peut le détester. »

Mendel Samama est rabbin à la synagogue de la Meinau à Strasbourg et travaille aussi auprès du Conseil de l’Europe. Il nous explique son rapport à sa religion : « Le judaïsme aide à donner un sens à ce que je fais, ça permet de donner un sens à ma vie mais aussi à celle des autres qui ne sont ni religieux ni juifs d’ailleurs ». Pour cette raison, il rappelle que le dialogue et la connaissance de l’autre sont importants : « On ne peut pas aimer quelque chose qu’on ne connaît pas, mais on peut le détester »Il rencontre lui-même, à intervalles réguliers, les acteurs des différents cultes à Strasbourg pour discuter de leurs actions en cours notamment avec Claude Heckel, à la tête de l’association qui gère le jardin interreligieux de la Meinau. « Nous avons des relations très franches et elles permettent qu’on respecte les différences des autres » précise Mendel Samama. 

Il voit sa fonction comme « une aide sociale qui n’est pas financière, mais intellectuelle »Lui et les autres représentants des cultes « travaillent tous ensemble dans [cette] direction commune ». 

© Tamara Leroy / Pokaa


Thomas Wender, curé de la paroisse universitaire Bernanos

« En voyageant, j’ai vu d’autres religions et je me suis rendu compte qu’elles avaient la même valeur que la mienne »

Thomas Wender est le curé de la paroisse universitaire catholique Bernanos, à l’Esplanade, où il accueille de nombreux jeunes de toutes confessions. Quand il parle de sa religion, il explique avoir très tôt compris « le besoin de la complémentarité, car on est rien sans les autres ». « En voyageant, j’ai vu d’autres religions et je me suis rendu compte qu’elles avaient la même valeur que la mienne ». Une vision du monde qui lui a permis d’élargir son regard encore aujourd’hui. 

Il précise, cependant qu’« il faut garder son identité, mais aussi tendre la main aux autres car les religions apprennent des choses ». Selon lui, la cohabitation entre les cultes à Strasbourg est notamment visible lors d’inaugurations de nouveaux lieux de culte. Thomas évoque notamment celle de la Grande mosquée en 2012 : « Il y avait tout le monde et c’était magnifique que ce soit les autres qui inaugurent le lieu ». Il reconnaît, tout comme Lilia, la difficulté de ce travail pas toujours évident. Mais il ajoute, avec espoir : « J’ai l’impression qu’avec la génération plus jeune ça ira, car ils tendent vers ça ». 

© Tamara Leroy / Pokaa


Olivier Wang-Genh, président de la communauté bouddhiste d’Alsace

« Depuis des années, les cultes fonctionnent de façon très indépendante, mais le dialogue interreligieux est toujours très présent ».

Olivier Wang-Genh, président de la communauté bouddhiste d’Alsace, pratique le bouddhisme zen depuis 50 ans. Il est l’abbé du monastère bouddhiste zen de Ryumon-Ji à Weiterswiller et du centre zen de Strasbourg. « Le bouddhisme est une des plus vieilles religions de l’humanité, mais elle n’a jamais été aussi actuelle » explique-t-il. Selon lui, la pandémie a rendu les gens de plus en plus anxieux, ce qui a poussé certains à se tourner vers le bouddhisme. Ses différentes fonctions le placent au cœur du dialogue interreligieux à plusieurs échelles. Il précise qu’ici, les religions se parlent au niveau de la mairie, du département et de la région, mais aussi par le biais d’associations : « Depuis des années, les cultes fonctionnent de façon très indépendante, mais le dialogue interreligieux est toujours très présent ». Il explique que c’est en discutant régulièrement sur des thèmes précis que « les perspectives et les regards s’ouvrent ». 

Mais, d’après lui, cette dimension de l’interreligieux n’est pas suffisante : « Les discours restent des discours, mais en organisant des choses en commun d’autres types de rencontres fortes se créent et c’est ça le plus précieux ». Par exemple, des événements comme les journées des religions, qui proposent différents stands pour en apprendre plus sur les religions. Une particularité bien strasbourgeoise car, comme il l’admet, « je ne vois pas ça à Paris ». 

© Tamara Leroy / Pokaa


Agathe Chabbouh, aumônière de prison protestante

« La cohabitation entre les cultes est toute naturelle, c’est plutôt l’inverse que je trouve étrange »

Agathe Chabbouh est Allemande d’origine et vit en France depuis presque 30 ans. Psychologue, elle est bénévolement aumônière à la prison protestante de l’Elsau. Elle nous explique son rapport à la religion en souriant : « J’essaye de tout vivre dans l’amour de Jésus, donc par conséquent, j’aime les autres en retour, car la coupe elle déborde d’amour ». Ainsi, pour elle, « la cohabitation entre les cultes est toute naturelle », ajoutant même : « C’est plutôt l’inverse que je trouve étrange ». 

Lorsqu’elle va à la prison en tant qu’aumônière, elle collabore avec les représentants des autres religions. Tous ont un point commun : ils garantissent la liberté de culte pour les personnes qui vivent dans des lieux de privation des libertés. Ces dernières années, la prison leur a demandé d’organiser des événements interreligieux pour faire mieux connaître les différentes religions. Alors, « on a organisé des groupes de parole sur la fraternité ou encore le pardon où chaque représentant invitait des détenus » explique-t-elle. Elle reconnaît que ces événements, lorsqu’ils fonctionnent, aident à « mieux connaître l’autre et aussi bien connaître sa propre religion ». Mais, même s’il est « important de travailler ensemble intelligemment », Agathe rappelle qu’il y a des limites : « Si quelqu’un cherche un sens à sa vie, il ne passera pas par là ».

© Tamara Leroy / Pokaa

1 commentaire

  1. Agathe Chabbouh, est la représentante d’une secte, étroitement lien, suite de mes enquêtes journaliste avec la continuité de troisième monde de dictateur Tito de guerre froide ayant un seul objective, à détruire justement cette tolérance et cohabitation en passant par le lavage de cerveau de notre jeunesse. Il ne faut pas jouer avec son origine, car elle habite dans la
    ville frontalière de Kehl, mais elle n’est pas allemande. Demandant à elle, sa secte, sous son guide réel, il trouve ou l’argent? La foi n’est pas de manipuler les séances de consultation psychologique au sein d’éducation nationale, abusant avec les adresse et chantageant les familles soit en précarité, soit issu d’émigration avec un colis alimentaire. A sa secte, ose à ramener même les mineurs sans permission de ses responsables légale en les apprenant à se révolter envers leurs parents et par son statut de psychologue de lancer une machine entière judiciaire face à qui lui résiste… Elle est un vraie danger pur la société.

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