Ils et elles sont Strasbourgeois et Strasbourgeoises mais ont mis les voiles loin de leur terre d’origine. Désormais installés dans un pays étranger, ils nous racontent leur vie d’expatriés, en temps de crise sanitaire. Parmi eux, Claude-Eve, gouvernante dans un hôtel à Fribourg, raconte son quotidien à la fois si proche et si éloigné de l’Alsace.


Claude-Eve vit en Suisse depuis 2017 et est aujourd’hui installée à Fribourg. Si Strasbourg n’est qu’à trois heures de route de là, pour Claude-Eve, alsacienne d’origine, la vie est bien différente de l’autre côté de la frontière.

Depuis le territoire Suisse, la jeune trentenaire a vu sa famille et ses amis alsaciens se faire confiner, dans l’attente de jours meilleurs. « Ici, c’était vraiment différent. Les magasins et restaurants étaient fermés mais on pouvait sortir, on n’avait pas de « lockdown » comme en France. On était assez libres, on pouvait bouger. On ne pouvait juste pas être en groupe de plus de cinq. À l’époque, on vivait dans un petit intérieur, on se disait que si on avait dû rester à l’intérieur comme en France, on serait devenus fous », se souvient Claude-Eve. En Suisse, les mesures sont assouplies à partir du mois de mai 2020 et jusqu’au mois d’octobre, arrivée de la deuxième vague et de nouvelles restrictions.

Les Suisses se plient eux aussi aux nombreux gestes barrières depuis maintenant un an : distributeurs de gel hydroalcooliques, panneaux de recommandations, port du masque dans certains lieux. Mais pour Claude-Eve, l’ambiance n’est pas la même que de notre côté de la frontière : « Ici, même s’ils n’imposent pas certaines mesures, les gens le font. Par exemple, les gens portent le masque dans la rue alors que ce n’est pas obligatoire. On ne se sent pas forcés à faire les choses. Quand on voit les autres faire, on a envie de faire pareil. On se dit que c’est pour protéger les autres et soi-même. » Et d’ajouter : « Je pense qu’en Suisse que ça a été assez respecté, parce que les Suisses sont comme ça. Et même quand on est étranger, ici, on adopte cette mentalité assez rapidement. »


Les spécificités de l’État fédéral

Les mesures imposées en France, surprennent d’ailleurs l’entourage suisse de Claude-Eve. « Autour de moi, les gens disaient que c’était exagéré , que c’était dur que les Français ne puissent pas sortir de chez eux. Pour eux, c’était un peu un monde à part », raconte la jeune femme.

Malgré tout, Claude-Eve reconnaît que la situation peut aussi être bien différente d’une ville suisse à l’autre qui est, rappelons le, un Etat fédéral. « Quand on va dans un autre canton, c’est comme si on allait dans un autre monde, s’amuse Claude-Eve. J’ai trouvé que ça avait été mieux accepté en Suisse alémanique que dans les cantons romands. » Les mesures appliquées pouvaient d’ailleurs différer d’un canton à l’autre. « À un moment, la Suisse romande avait plus de cas, donc les restaurants et magasins avaient fermé. Du coup, les gens prenaient le train pour aller dans le canton de Berne à 15 minutes. C’était écœurant pour certains de ne pas pouvoir travailler et de voir ceux du canton d’à côté pouvoir. »

Thun © Claude-Eve / Doc remis

L’autre particularité que relève la Française dans son pays d’adoption, c’est la participation de la population à certaines décisions politiques. « Le peuple suisse est très concerté quand il y a des choses qui le concernent, notamment grâce à des votations. Ça change de chez nous. Quelque part, le citoyen se sent peut-être plus écouté. » À titre d’exemple, le Conseil Fédéral et le parlement ont élaboré la loi Covid-19 pour prolonger les mesures d’aide mises en place pour face à la perte d’activités de nombreux secteurs. Or, un référendum a été lancé contre la loi, certains estimant qu’elle avait été créée sans consultation des citoyens et qu’elle présentait des inconvénients. Le 13 juin, la population suisse devra donc décider du maintien ou non de cette loi.


Si proche et si loin à la fois

La crise sanitaire a surtout rappelé à Claude-Eve que, si elle ne vivait qu’à quelques heures de Strasbourg, elle était belle et bien séparée de sa famille par une frontière. Les mesures pour lutter contre l’épidémie ont rendu plus difficiles ses retours en France. « Avant, on ne prenait pas le temps de rentrer, on se disait qu’on le ferait plus tard. Mais là, on en a envie. Je suis rentrée une fois en Alsace l’année dernière et j’avais besoin d’en profiter parce que je ne savais pas quand je pourrai revenir. Pourtant, en trois heures je suis à la maison. » Outre la frontière, Claude-Eve explique que le test PCR demandé pour voyager est payant en Suisse (ce qui n’est pas le cas, en cas de suspicion de Covid-19 ou de contact avec quelqu’un de malade). « C‘est assez cher et puis il faut prendre rendez-vous », précise-t-elle. « Dans ma famille on a tous nos anniversaires au même moment de l’année. J’attends encore de pouvoir fêter mes 30 ans avec eux. On devait le faire en avril 2020 mais on n’a pas encore pu. »

Zurich © Claude-Eve / Doc remis

La Strasbourgeoise en a malgré tout profité pour découvrir un peu plus la Suisse. « Même certains Suisses ont redécouvert leur pays », constate Claude-Eve, gouvernante dans un hôtel de luxe, qui a constaté une part plus importante de clients locaux.

Aujourd’hui la Suisse a pris le chemin d’un retour à la normale. Les terrasses ont rouvert le 19 avril. « C’était le rush. On était à Zurich pour le week-end on a tourné au moins deux heures pour trouver un endroit où manger. Même s’il fait moche, les gens cherchent les terrasses couvertes. Ils veulent être dehors, profiter. Ça fait du bien au moral. »

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