Après avoir replacé la France en confinement le 31 mars dernier, Emmanuel Macron revient dans l’actualité. En effet, selon des informations du média Europe 1 sorties de jeudi 8 avril au matin, il va annoncer la suppression de l’École nationale d’administration, plus connue sous le nom d’ENA cet après-midi à un parterre de hauts fonctionnaires. On fait le point sur ce qui devrait être dit à ce moment-là, et le futur de l’ENA à Strasbourg.

L’ENA à Strasbourg, une bien jolie histoire d’amour

Vous ne le savez peut-être pas, mais l’ENA se trouve à Strasbourg. Juste à côté du barrage des Faux-Remparts, dans le quartier de la Petite France, et du musée d’art moderne dans le quartier Gare. Au niveau de la commanderie Saint Jean, anciennement une prison et un bâtiment qui a connu plus d’une vie. Pourquoi cette école, dans l’esprit si parisienne et élitiste, est venue à Strasbourg ? Cette décision a été prise par la seule femme qui ait été Première ministre de France : Édith Cresson. En 1991, dans son plan de décentralisation, elle décide donc de faire déménager l’ENA de Paris à Strasbourg. Dans le but « d’ouvrir » davantage les élites au-delà de la capitale. C’était également pour rapprocher les futurs énarques des institutions européennes.

Immédiatement, on assiste à une levée de boucliers des énarques et plus généralement du milieu parisien. Des énarques ont même fait un sitting, que n’aurait pas renié Nuit Debout en d’autres temps, et ont dormi dans leurs locaux rue de l’Université. L’élite de la France, c’est plus ce que c’était. Que les énarques de l’époque se rassurent toutefois : à l’ouverture en 1993 de l’antenne strasbourgeoise, ils continuaient de partager leur cursus entre la capitale – Paris – et ce qu’il voyait comme sa succursale – Strasbourg. Ce n’est qu’en 2003 que Jean-Paul Delevoye, ministre de la Fonction publique, de l’Aménagement du territoire et de la Réforme de l’État met un terme à cette mesure qui partageait l’ENA en trois : les élèves français et étrangers des autres cycles de formation de l’ENA effectuent désormais l’intégralité de leur scolarité à Strasbourg.

C’est la promotion Simone Veil (2004-2006) qui est donc la première à effectuer toute sa scolarité dans notre ville. Dans la promotion suivante, on retrouve Alain Fontanel, ancien premier adjoint à la mairie de Strasbourg, et quelques années plus tard Sylvain Waserman, député bas-rhinois et vice-président de l’Assemblée nationale. Des profils plus locaux qui ont sans doute été encouragées par cette décentralisation accrue.

La Commanderie Saint-Jean, vue des ponts couverts. © Claude Truong-Ngoc – Wikimedia Commons – CC BY-SA 3.0


Emmanuel Macron va annoncer la suppression de l’ENA

Pur produit de l’ENA lui-même, entre 2002 et 2004, Emmanuel Macron va, selon les informations d’Europe 1 ce jeudi 8 avril au matin, confirmé plus tard par France Info, acter la suppression de l’ENA. Si vous avez l’impression d’en avoir déjà entendu parler, c’est normal : le président de la République l’avait annoncé dès avril 2019, lors de la conclusion du Grand Débat National suivant la crise des gilets jaunes. Deux ans plus tard, il semble donc qu’il tienne sa promesse, dans le cadre de la réforme de la fonction publique qu’il souhaite mener à son terme avant la fin de son quinquennat, dans un peu plus d’un an.

Là encore, tout est dans l’effet d’annonce : on apprend que l’ENA va disparaître… pour laisser sa place à une nouvelle école. Selon Europe 1, « Emmanuel Macron souhaite ouvrir à de nouveaux candidats les grands corps de l’État, qui administrent aujourd’hui le pays, dont les plus connus sont l’Inspection des finances, le Conseil d’État ou encore la Cour des comptes. » En d’autres termes, une volonté de voir des profils plus variés, donc pas que de Sciences Po, au sein des administrations les plus hautes de l’État. Il est d’ailleurs également annoncé que, pour la formation, il doit aussi « annoncer un tronc commun à tous les hauts fonctionnaires, pour les confronter aux nouvelles réalités du terrain : laïcité, pauvreté, écologie, discours scientifiques. »

L’ENA est mort, vive l’ENA. Pour le reste des annonces, il faudra attendre ce jeudi 8 avril après-midi. Toutefois, cette suppression de l’ENA donne davantage pour l’instant l’impression d’un toilettage en règle de la fonction publique. À voir ce qu’il se passera au niveau des modalités de concours pour rentrer dans cette nouvelle école, sachant que les concours dans leur forme favorisent toujours le même type d’élèves. En outre, le profil des enseignants sera également à observer, puisque même si des profils plus variés arrivent à l’école, si le moule dans lequel il sont formés reste le même, là encore le changement sera minime. Enfin, la nouvelle école va-t-elle quitter notre belle ville ? Beaucoup de questions, auxquelles Emmanuel Macron se devra de répondre, et peut-être dès cet après-midi. 

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